‹ L'ame humaineChapitre 180 sur 203 · S. Thoni., Quœst. disput. de Ver., q. xxn, a. I · texte numérisé non relu

S. Thoni., Quœst. disput. de Ver., q. xxn, a. I

2. Traité de physiologie comparée, par G. Colin, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Alforc, t. I, 207-262.

De même donc que l’œil ne perçoit jamais la couleur abstraite, mais telle couleur sur tel objet, ainsi l'imagination de l’animal ne percevra jamais le carré abstrait, le losange abstrait, mais toujours tel carré de telles dimensions; el la mémoire lui rappellera toujours, non les concepts d'homme, de cheval ou de maison, mais cet homme, ce cheval, cette maison : et l’estimative à son tour ne percevra pas la convenance, mais la chose qui convient. En un mot, les facultés sensibles, les sens internes comme les sens externes, ne saisissent jamais les choses matérielles qu’enveloppées dans la gangue du fait et de l’individualité, « cum appendiciis mater iæ 1 ».

Au reste, les perceptions sensibles, de même que les mouvements passionnels, se produisent dans la bête, tout à fait suivant le même processus physiologique que dans l’animal humain. De là cette conséquence, — d’une importance extrême, car elle jette la plus vive lumière sur la vie animale, — que la grande loi de l’association des perceptions et des émotions a son application et obtient. ses effets, dans la bête tout aussi bien que dans l’homme.

Vous pouvez maintenant vous faire une idée très nette de ce que j’accorde et de ce que je refuse à l’animal.

1. Albert le Grand, de Anim., lib. II, c. iv. Comp. S. Thomas, Comment, in lum metap/i. Prolog.

L’A.ME DES BÊTES

Je lui refuse toute perception de l’immatériel :

Par conséquent toute idée morale et religieuse, tout concept abstrait et universel ; par conséquent tout jugement et tout raisonnement proprement dits; jugement et raisonnement proprement dits impliquant au moins un terme abstrait et universel; par conséquent la conscience, ou retour complet d’une faculté de connaissance sur elle-même1, et le vouloir libre ; puisque, d’une part, nul organe ne peut se replier sur lui-même et se percevoir ni percevoir son action, et que, d'autre part, la racine du libre vouloir, ce sont les concepts et les jugements universels.

J’accorde à l’animal qu’il voit, entend, odore, goûte, palpe les objets. J’accorde qu'il en garde les images et se les représente quand ils sont absents.

1. M. Flourens, dans ses deux livres « De la vie et de l'intelligence », p. 82, « De l'instinct et de l’intelligence (les animaux », p. 3‘J, affirme que « la réflexion , celte faculté suprême qu’a l’esprit de Thumme de sc replier sur lui-même, est la limite qui sépare l’intelligence de l’homme de celte des animaux. . Les animaux sentent, connaissent, pensent, mais l’homme est In seul de tous les êtres créés à qui ce pouvoir ait été donné... de penser qu'il pense >■.

L’illustre savant est dans le vrai, quand il affirmeque la réflexion, comme nous l’entendons ici, est la propriété exclusive de la raison humaine en tant qu’elle est de nature spirituelle ; mais il se contredit, quand, d’une part, il accorde que l’animal « pense » el, d’autre part, nie qu’il réfléchisse sur sa pensée ; car la pensée entraîne la réflexion.

Quand donc les savants seront- ils des philosophes, elles philosophes, des savants? Quand donc savantset philosophes consentiront-ils aller s’asseoir au pied des chaires les uns des autres ?

J’accorde qu’il se souvient.

J’accorde qu’il discerne les objets avantageux ou nuisibles, à rechercher ou à éviter, par un acte estimatif qui simule le jugement.

J’accorde qu’en vertu de la loi de consècution , qui est une suite nécessaire de l’association des perceptions et des émotions, l’animal passe, en certains cas, d’une représentation à une autre, et conséquemment d’une émotion, d’une opération à une autre, par un mouvement de connaissance qui simule le raisonnement.

Je lui reconnais une ébauche de conscience, dans le pouvoir qu’il a,- par le sensorium commune, de voir, en une certaine mesure, ce qui se passe aux divers points de son organisme ; et un semblant de liberté et d’élection, dans l’hésitation qu'il manifeste à prendre parti, quand il est sollicité en sens divers par plusieurs objets attrayants.

J’admets que l’animal contracte parfois des habitudes, ou mieux des instincts nouveaux, parfois môme les transmet : d’où résulte dans les individus et dans les races une apparence de progrès.

Enfin, si vous voulez avoir, résumée en un seul mot, toute ma pensée sur les'bètes, je vous dirai avec Leibnitz, qui, à cet endroit, a écrit une parole de génie :

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