De l’Intelligence, t. I, p. 37, 4* édit
Darwin éveillait dans son chien l’instinct de la quête, et quelquefois peut-être, par voie d'association, l’i mage de quelque animal déterminé.
En vous tenant, do la sorte, aux principes de psychologie, et à la méthode d interprétation que vous m’avez vu suivre tout à l'heure, vous expliquerez, sans aucune peine, toutes les actions les plus surprenantes des chiens, des singes, des éléphants; pourvu seulement: 1° que vous n’acceptiez que des histoires parfaitement authentiques, et dont les détails aient été rigoureusement contrôlés 1; 2° que les mœurs de l’animal dont il sera question, et celles de son espèce , aient pu être sérieusement étudiées et soient parfaitement connues 2; 3° que vous écartiez du récit proprement dit les suppositions qu’y introduisent souvent, à dessein ou non, les narrateurs 3.
Ces précautions prises, l'interprétation sera plus ou moins compliquée, selon les cas. maiselle vous amènera toujours à cette conclusion : que raison et raisonnement ne logent point en tète d’animal ; car il est un fait général éclatant, qui domine tous les faits particuliers plus ou moins douteux
1. Pas de récits de chasseurs! Et, je l’avoue, je soupçonne, non sans quelque raison, qu'il y a beaucoup de chasseurs parmi les Matérialistes.
2. Voir, dans le livre si intéressant de M. J. -II. Fabre: Souvenirs entomologiques , p. 124 et suiv., la bévue d’Erasme Darwin attribuant au raisonnement d’une guêpe un fait de pur instinct spécifique.
3. M. II. Joly, dans sa Psychologie comparée, justifie celte recommandation par un exemple fort instructif, p. 172 et suiv.
L’AME DES B ÊTES
qu’on allègue, ce fait, qu’a observé saint Thomas et que vous lui entendiez tout à l’heure exprimer en ces termes : « Tous les animaux de même espèce agissent de même façon » : l’animal ne progresse pas.
— Mais c’est précisément que les animaux progressent, et dans le vrai sens du mot, direz-vous peut-être, puisqu’ils apprennent et peuvent être enseignés.
Il existe, en effet, des chiens savants et des chevaux savants. Et même, — Albert le Grand en serait stupéfait, lui qui pensait que les petits animaux ne sont presque pas susceptibles d’être instruits, et regardait comme le plus grand succès en ce genre, qu’on eût appris à un rat à tenir droit, se tenant droit lui-même, un flambeau pendant le repas *, — il existe des oiseaux savants. Que disje? n’a-t-on pas vu, le printemps dernier, à Paris, d’humbles insectes, non pas courir, ma>s faire courir les gens de la capitale par leur renommée de savoir-faire?
Les animaux apprennent et on les instruit. Ils sont susceptibles de savoir et d’enseignement. — Mais de quel savoir et de quel enseignement? reprend de suite Albert leGrand. Car, savoir et enseignement sont de deux sortes : savoir et enseignement rationnels, « disciplina intellectiva », sa