Apologie de Raymond Sebond
des attributs divins, ou, àtout le moins, le concept d’une propriété qui ne convienne qu’à Dieu : comme* d’ôtre nécessaire, infini, immuable, éternel, maître souverain et absolument indépendant, etc. Qui n’a pas un tel concept n’a pas l’idée religieuse. n’est pas susceptible du sentiment religieux. Voilà pourquoi l’histoire et les réflexions de M. Vogt ne sont que pur badinage, et ne peuvent que faire sourire de pitié.
L’on a dit que la religion des sauvages, des Fuégiens, des Bo.schimans, par exemple, se réduisait à un sentiment de terreur causé par l’appréhension du mal quç pourraient leur faire certains êtres hostiles et invisibles : et qu’un tel sentiment ne diffère pas notablement de la crainte qu’éprouvent les animaux en présence de certains phénomènes extraordinaires..
Je réponds d’abord que cette assertion pourrait être à bon droit contestée. Je réponds en second lieu, que les conceptions et le sentiment religieux chez les sauvages, fussent-ils aussi nuis qu’on le prétend, il demeurerait toujours entre eux et l’animal une différence essentielle; puisque le sauvage peut arriver, par renseignement et la réflexion, à l’idée vraie de Dieuetdela loi morale, et que la bête en est absolument incapable. Ce que j’affirme ici, je puis le prouver par un témoignage qui ne sera pas suspect. Chacun sait que les Fuégiens occupent un des derniers degrés delà famille humaine. Or, Darwin raconte que trois Fuégiens,
L’AME DES BÊTES
ayant passé quelques années en Angleterre, parlaient la langue de ce pays, et avaient atteint un niveau intellectuel et moral qui n’était pas sensiblement inférieur à la moyenne des matelots anglais l.
C’est que dans le dernier des sauvages, par cela seul qu’il est homme, brille cette lumière exclusivement humaine et vraiment transcendante, qui s’appelle laraison, et rendaccessible, àquila porte, les sommets de la science, de l’art et de la vertu.
Voilà ce qui explique qu’on ait déjà pu voir un nègre, ou du moins un mulâtre, membre correspondant de l’Institut, de France; et ce qui permet d’espérer qu’avant qu’il soit longtemps, nous verrons des fils de Fuégiens ou de Boscliimans suivre les cours de nos collèges, y disputer les premières places aux fils des Européens, entrer dans nos Écoles supérieures, devenir professeurs de mathémathiques transcendantales ou de philosophie, et, du haut de quelque chaire de la Sorbonne ou du Collège de France, rappeler les savants trop amis des bêtes au respect de la dignité et de la personne humaine ; se présentant euxmêmes comme la preuve vivante, qu’entre la raison et l’instinct, l’homme et la brute, la différenceest irréductible.
Car personne, — pas même un professeur de 1 École d’anthropologie — ne concevra, bien sur,