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La Science expérimentale , p. 208 et s. 2e édit

LES PREUVES DU MATÉRIALISME

liant, la matière, faisant une chimie appropriée à un but, et mettant en présence les réactifs aveugles des laboratoires, à la manière du chimiste lui-mème. Cette puissance d’évolution immanente à l’ovule qui doit reproduire un être vivant embrasse à la fois, ainsi que nous le savons déjà, les phénomènes de génération et de nutrition ; les uns et les autres ont donc un caractère évolutif qui en est le fond et l’essence.

« C'est cette puissance ou propriété évolutive , que nous nous bornons à énoncer ici, qui seule constituerait le quid proprium de la vie; car il est clair que cette propriété évolutive de l'œuf qui produira un mammifère, un oiseau ou un poisson, n'est ni de la physique, ni de la chimie. »

Vous l’entendez; selon M. Claude Bernard, la physique ni la chimie ne peuvent expliquer la vie, la simple vie organique; parce que la vie suppose a une puissance ou une propriété » qui est hors de leur portée; parce que cette propriété évolutive qui constitue le quid proprium delà vie, ce n’est évidemment « ni de la physique ni de la chimie » .

Que si les Matérialistes ne trouvent pas ce langage assez précis, ni leur doctrine assez clairement visée par ces paroles, voici deux lignes du même auteur qui ne sauraient manquer de les satisfaire : « Je pourrais montrer facilement, dit encore M. Cl. Bernard, qu’en physiologie, le ma-

térialisme ne conduit à rien , et n'explique rien l.»

Après un démenti aussi formel infligé à l’assertion de M. Moleschott par un homme aussi compétent que M. Claude Bernard, il serait bien superflu de discourir longuement pour montrer que le matérialisme n’a point trouvé le secret de la vie, — à combien plus forte raison de la pensée, — dans les synthèses ou dans les analyses chimiques.

Mais je ne sais pas résister au plaisir de faire remarquer la divertissante manière dont raisonne le célèbre professeur allemand, en cet endroit.

Il doit prouver que la pensée humaine s’explique par le jeu des propriétés physiques et chimiques de la substance cérébrale, sans qu’il soit besoin de recourir à un principe immatériel, à une âme; et il nous dit :

« Si j’analyse, par les procédés de la chimie, le cerveau humain, je n’y trouve que des éléments matériels, et point d’esprit; avec la chimie, je décompose tout en ammoniaque, etc... Donc le principe de la pensée est de la matière, et point un esprit ! ! I »

En vérité l’argument ferait rire un hypocondriaque. Par les procédés de la chimie,

1. P. 3G1. Dix fois, dans ses ouvrages, -particulièrement dans ses Leçons sur les phénomènes de la vie, l’éminent physiologiste exprime le même jugement, dans les mêmes termes.

vous décomposez tout : tout ce qui est composé chimiquement, d’accord. Mais, par esprit, l’on entend justement ce qui. ne serait composé ni physiquement, ni chimiquement. Le monde pourrait donc être plein d’esprit, sans qu’il vous fût possible, par les procédés de Ici chimie, d’en trouver le moindre vestige. Voit-on d’ici notre illustre chimiste allumant ses fourneaux, disposant l’alambic et les cornues, pour extraire l’esprit! Vous oubliez, Monsieur Moleschott, que l’esprit, par définition, ne peut se prendre avec la main, et ne tient point dans un verre. Avec les procédés de la chimie, vous pourrez obtenir l’esprit de vin, mais l’aulre, non.

Et dire que cette formule: « Si j’analyse le cerveau, je n’y trouve que des éléments. matériels », aussi bien que cette autre : « Je n’ai jamais trouvé l’âme au bout de mon scalpel, » toutes les deux dignes de bateleurs et de charlatans, ont été écrites, répétées, et jetées fièrement à la face des Spiritualistes, comme décisives, par des hommes qui prétendent à représenter la Science !

Quand donc le matérialisme, pour défendre sa thèse, sur, ou mieux, contre l’àme humaine, se réclame de la chimie, il s’illusionne, ou il veut en imposer. La chimie laisse absolument intact le problème de la pensée.

Mais l’anatomie et la physiologie en disent peut-être davantage.

Pour ce qui est de l’anatomie, jè remarque, tout

de suite, qu’elle ne nous montre aucun rapport direct, aucune proportion rigoureuse et proprement dite, entre la pensée et les organes. Je regarde une lame de couteau , une hélice de navire : un physicien me fera voir, si je le veux, le rapport qui existe entre la forme de ces objets et l’effet qu’ils produisent, l’un dans le pain, l’autre dans l’eau. L’anatomiste ne pourra me faire voir rien de semblable entre la cellule nerveuse, organe présumé de la pensée, et la pensée elle-même.

Regardez votre pensée, à cette heure, et comparez-la avec cette définition, communément reçue, des cellules nerveuses : « Ce sont de petits corps solides, ronds, ovales, pvriformes, se prolongeant en forme de queue, ou présentant des rayons ou des pointes comme une étoile. Ils se composent d’une matière pulpeuse, avec un corps ou noyau arrondi et excentrique, qui contient un ou plusieurs noyaux plus petits, entourés de granules colorés. »

Évidemment, on ne retrouve rien en tout cela qui rappelle le moins du monde la pensée. Les savants, du reste, en tombent d’accord, et un anatomiste anglais disait assez spirituellement : « Nous ressemblons, devant les libres et les cellules du cerveau, à des cochers de fiacre, qui connaissent les rues et les maisons, mais sans savoir ce qui se passe au dedans h »

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