Ribot, Psych. angl., p
LES PREUVES DU MATÉRIALISME
Qu’on parle de cellules nerveuses tant qu’on voudra, aussi longtemps que le microscope ne nous y fera voir que ce que nous y voyons aujourd’hui, l’on sera toujours obligé de convenir qu’entre la pensée et la cellule nerveuse, l’anatomie la plus avancée ne nous montre pas plus de rapports qu’il n’en existe entre une pensée humaine et une pointe de sabre.
Mais, après tout, il suffirait aux Matérialistes de nous démontrer, au moyen d’une inférence rigoureuse, que certains faits observés par l’anatomie emportent que le cerveau est le principe de la pensée.
Voyons s’ils le démontrent, et quels faits ils apportent en preuve. Ils ont dit : les uns, que l’intelligenco était proportionnelle au volume du cerveau; les autres, à son poids; les autres, à sa forme; les autres, au nombre et à la profondeur de ses circonvolutions ; et ils ont conclu à l’unanimité : donc le cerveau est le facteur de la pensée.
Mais cette raison ne tient pas : pour deux motifs. Le premier, c’est que ces prétendus rapports entre la puissance de pensée et les diverses propriétés du cerveau que l’on allègue ne sont rien moins que sûrs — la division des Matérialistes le montre de reste — et souffrent les plus éclatantes exceptions.
Écoutez, à ce propos, une boutade assez piquante de Karl Yogt. Il voudrait absolument, lui, que l'intelligence lut proportionnelle au poids
du cerveau. Malheureusement, les tableaux où le célèbre Wagner a consigné le poids d’un si grand nombre de cerveaux pesés par lui ne s’accordent guère avec la thèse :
« Les tableaux de Wagner sont bien un peu embarrassants, dit Karl Vogt, car, dans ces tableaux, des hommes comme Haussmann (le minéralogiste distingué de Gœttingue) et Tiedemann, qui ont cependant occupé une place honorable dans la science, se trouvaient dans une position très inférieure, si l’on juge par le poids de leur cerveau. »
« Mais,- ajoute l’intrépide Genevois, — les exceptions confirment la règle ; — puis, leur cerveau s’était peut-être rétréci; — enfin * il me semble qu’une place de professeur à Gœttingue, ou de secrétaire perpétuel à l’Académie des sciences de cette ville, ne sont pas précisément une preuve de développement intellectuel extraordinaire h » Le spirituel et gracieux confrère!
Et le cerveau de M. Gambetta? Chacun sait que le poids moyen du cerveau de l’homme étant, environ de 1.300 gr., celui de la femme, de 1.200 gr., M. Gambetta n’avait que 1.160 gr. de cervelle.
.Qu’en aura dit M. Karl Vogt ? Je pense qu’il n’aura pas osé répéter que « les exceptions confirment la règle » : car il aura, sans doute, fini