Leçons sur l’homme, 2e édition, p
2, Ribot, Psijchol. allem., p. 222.
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
cette manière d’agir libre, transcendante, dégagée de la matière.
Vous me demandez quel est ce moment où je reconnais à l’âme humaine cette haute et caractéristique opération. Je réponds:
C’est quand l’âme humaine pense, et quand elle prend conscience d’elle-même et de sa pensée.
Veuillez bien suivre le raisonnement que je vais vous faire : Une opération est absolument immatérielle, c’est-à-dire exclut toute forme, toute actualité, toute condition intrinsèque prochaine ; matérielle, si elle a pour objet une réalité absolument immatérielle. Cela est hors de doute. C’est par l’opération, en effet, que la faculté atteint son objet. Supposez que l’objet soit d’un ordre supérieur à l'opération, qu’il soit par exemple immatériel et l’opération matérielle, l’opération ne pourra joindre ni atteindre son objet, pas plus que ma main ne peut toucher un plafond qui me dépasse de six pieds; l’objet sera, pour l’opération et pour la faculté qui opère, comme s’il n’était pas, l’opération demeurera éternellement empêchée. Si donc une opération se produit ayant pour objet une réalité tout immatérielle, cette opération est, par nécessité, tout immatérielle. C’est la conséquence palpable du principe de tout à l'heure, que tout effet doit avoir sa cause proportionnée.
Or, quels sont les objets où s’adresse et se porte de préférence votre pensée? N’cst-ce pas la justice, l’honneur, la vertu, le droit, le devoir,
le nécessaire, le contingent, l’absolu, l’infini?
Et ces objets que vous m’entendez nommer et que vous pensez, sont-ils matériels, oui ou non?
Le droit, le devoir, la moralité, la vertu, l’honneur, sont-ce des corps? Sont-ce des êtres à trois dimensions ?
Si vous me définissez le droit, la contingence, la moralité, la liberté, les notions de la logique ou de la métaphysique, parlerez-vous de hauteur, de largeur, de profondeur, de moitié, de tiers, de quart, de volume ou de poids?
Non, en tous ces objets, tels que vous et moi les concevons, vous ne retrouverez, vous ne pourrez signaler aucune des propriétés essentielles de. la matière.
Ces objets sont donc tout à fait immatériels. L’acte qui les atteint, la pensée qui les conçoit, est donc tout immatérielle .
Enfin, la force d’où notre pensée procède n’est donc point engagée tout entière dans le corps, mais le dépasse ; elle est dans le corps une force libre et transcendante dans son mode d’être comme dans son mode d'agir. Comme elle a une opération que le corps ne peut lui donner, puisqu’il n’y peut pas même atteindre, ainsi elle a une existence qu’elle ne tient pas de lui, mais d’elle-même et d’elle seule.
L’on a bien essayé d’infirmer notre preuve, en disant d’abord que toutes nos idées, même les plus sublimes, nous viennent des sens, et ensuite
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
que Parue ne peut rien penser sans le concours de l’imagination et de ses images : deux faits qui établissent, dit-on, qu’elle n’a point une opération, et par conséquent point une existence transcendante. Mais cette objection est sans valeur.
Qu’importe, dans la question présente, que les idées nous viennent des sens ou d’ailleurs, et suivent ou ne suivent pas de nos perceptions sensibles des objets matériels? Nous ne nous embarrassons nullement, à l’heure qu’il est, de savoir quelle est l'origine de nos idées, si elles sont acquises ou innées, si elles nous viennent d’en haut ou si elles nous viennent d’en bas, nous les prenons et les regardons telles qu’elles se trouvent actuellement en nous, et nous demandons si elles ontpour objet, oui ou non, l’immatériel. La réponse n’est plus à faire.
Le second fait qu’on nous oppose ne nous met pas plus en peine. — L’intelligence, dites-vous, ne peut penser, si l’imagination ne lui présente ses tableaux. — Soit. — L imagination fournit donc, selon vous, la matière première de nos idées. — Qu’en voulez-vous conclure ? Que l’objet de nos idées est matériel? Mais, vous dirai-je, regardez donc à quoi vous pensez tous les jours, et si vous ne pensez pas tous les objets absolument immatériels que je vousnommais il y a un instant. Un raisonnement ne peut rien conlre une observation directe. Que diriez-vous si j’argumentais de la sorte : quand je pars de Paris pour aller en
Corse, je voyage en chemin de fer : le commencement de mon voyage se faisant par terre, donc tout le voyage se fait par terre ; donc la Corse n’est pas une île. Vous m’enverriez voir la Corse, et vous auriez raison. Je suis heureux que vous n’ayez pas à aller chercher si loin votre pensée et son objet.
Mais peut-être vouliez-vous simplement conclure du fait que l'intelligence reçoit d’une faculté organique la matière première de sesidées, qu’elle ne peut subsister que par le corps. La logique vous empêcherait encore de conclure ainsi. Le fait que vous alléguez prouve bien que l’intelligence humaine est faite pour être unie à un corps ; mais il ne nous révèle rien sur les relations ou sur la situation respective du corps et de l’âme par rapport à la subsistance. Un être peut fort bien recevoir d’un autre l’objet sur lequel s’exerce son activité, sans en dépendre le moins du monde pour subsister. « Autrement, dit à propos de celte objection saint Thomas, l’animal lui-même ne serait pas un être subsistant, puisqu’il lui faut les objets extérieurs du monde matériel pour sentir. Alioquin animal non cssct aliquid subsistons , cum indigeat exterioribus sensibilibus ad sentiendum h
Nous pensons des choses absolument immatérielles de leur nature; et la conséquence qui suit de là inévitablement, inevitabiliter , comme parle