Zigliara, Delta Luce Inleltettuale . lib. IV
tuitive , mais déduite. De plus, cette idée déduite a encore le défaut de n’être point, autant qu’il faudrait, propre ni spéciale à l’être auquel elle se rapporte. Examinez, en effet, les idées que vous vous faites des différents êtres, et vous verrez que vous les avez toutes constituées à l’aidedes notions transcendantales et communes de l’ontologie : notions générales d’être, do substance, de qualités, de cause, d’action, d’unité et de pluralité, de simplicité et de composition, de durée, d’espace, etc. D’après cela nos idées des choses matérielles sont donc comme autant de faisceaux, de concepts additionnés, réunis et groupés en autant de diverses manières que nous connaissons d’êtres matériels différents. Car ces idées ne diffèrent entre elles que par le nombre et le groupement des éléments communs qui entrent dans leur composition, de même que des maisons bâties avec des matériaux de même espèce ne diffèrent entre elles que par leur plan et la quantité des matériaux employés à les construire.
Or, voici la merveille : parmi les concepts dont sont formées nos idées des êtres matériels, il en est dont l’objet ne présente absolument rien de la matière et en fait totalement abstraction.
Pi ’encz l’idée de n’importe quel corps et soumettez-la à une analyse métaphysique. Vous verrez cette idée se résoudre en éléments dont plusieurs, pris à part, ne disent ni ne représentent absolument rien de matériel.
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
Comme l’expérience est facile, autant que décisive, je vais la faire moi-même devant vous, et même avec vous, si vous le voulez.
J’ai l’idée, et vous l’avez comme moi, du chêne, être matériel à coup sûr. Ce chêne que vous pensez n’est point celui que, tel jour, vous vîtes de vos yeux, et que votre imagination voit encore à cette heure peut-être, en tel taillis, sur telle haie, au milieu de telle prairie ; c’est le chêne en général, ce chêne abstrait que vous pensez, par exemple, quand on vous parle botanique. Eh bien ! prenons cette idée et décomposons-la.
L’analyse ne vous amène-t-elle pas, comme moi, à ce résultat que : le chêne, tel que vous et moi le concevons, est : un être , réel , substantiel, virant...?
Voilà déjà quatre concepts; et vous remarquez combien ils sont généraux. De combien d’autres corps ne pourrais-je pas dire ce que je viens de dire du chêne?
Mais ces concepts, pris à part, se réfèrent-ils à un objet matériel?
Que dit le concept à’être?eA quelle en est ladéfinition universellement acceptée ?Par être, l’on entend simplement « ce qui existe ou peut exister » . Vous le voyez, de la matière, il n’y en a pas trace dans ce premier concept.
Mais le concept d’être réel? — Il ne nous ramène pas davantage à la matière. Etre réel, en effet, ne signifie rien de plus qu’une chose qui existe ou peut
exister hors de l'esprit qui la conçoit : c’est l’opposé de ces choses qui n existent que parce que l’esprit les pense, qui ne sontque des fictions ; c’est 1 opposé du fameux « être de raison ».
C’est donc « être substantiel » qui va nous mettre en face des trois dimensions. — Pas davantage.
« Être substantiel », nous l'avons vu, désigne uniquement « ce qui subsiste par soi, ou ce qui n’a pas besoin, pour exister, d’être dans un autre comme dans un sujet ». Nous ne voyons point encore apparaître la matière.
Mais elle apparaîtra, sans doute, avec le quatième terme. — Nenni . Remarquez que ce quatrième terme est « vivant », mais vivant tout court. Or, tenant avec saint Thomas, à tort, ou à raison, que le propre delà vie est « l’immanence de l’action », vivant, selon cetteopinion qui est celle de beaucoup de monde et a pour elle de bonnes preuves, dit tout uniment un être qui a desactionsimmanentes.
Si j’ajoute que le chêne est un végétal, ou vivant de vie végétative, ce mot, je l’avoue, va susciter en nous un concept matériel, d’une certaine façon, dans son objet, mais ces quatre idées d’être, de réel, de substantiel, de vivant n’impliquent pas un atome, ni une ombre de matière. Ajoutons même que l’esprit ne voit pas la moindre contradiction, à ce que ces idées se réalisent en des êtres qui n’auraient rien de corporel, « Quœ etiam esse possunt absque omni mater id 1 . »