Sum. theol , p. I, q. 85, a. i, ad
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
Et notez bien qu’il n’est nullement particulier à cette idée du chêne, de renfermer en elle des concepts immatériels; la même chose s'observe dans toutes les idées que nous avons des êtres matériels. Vous le croirez sans peine, si vous voulez analyser l'idée, bien sûr la plus réfractaire à la loi que j’énonce, l’idée de corps ? Tournez et retournez tant qu’il vous plaira votre idée, il vous faudra toujours finir par répondre : « C’est un être réel , substantiel. » Et moi de faire, sur ces trois termes, le même raisonnement que je faisais tout à l'heure sur les quatre premiers termes de la définition du chêne.
Nos idées des êtres les plus matériels contiennent donc des concepts qui ne sont point matériels quant à leur objet, qui ne sont pas plus matériels que ne le serait celui d’un esprit pur.
Ce qui ne veut point dire qu'il n’y ait jamais aucune différence, dans nos idées, entre ce qui est corps et ce qui est esprit, fl existe une différence immense, etque voici : Quand on conçoit un être matériel, l’on arrive toujours à découvrir, dans son idée, un élément ou principe constitutif spécial dont Y étendue est la suite naturelle et nécessaire, au lieu que si l’on conçoit un esprit pur, pas un des éléments inclus dans son idée n’implique une pareille propriété.’ Vous vous souvenez comment, tout à l’heure, quand nous disions que le chêne est un végétal, aussitôt nous percevions, avec pleine évidence, qu’il lui convient non scu-
lenient d’avoir un volume, une masse, comme la pierre, mais des parties organisées pour la nutrition, l’accroissement, lareproduction, etce système spécial de branches, de racines, de feuilles, caractérisé par, etc. Si je nomme un esprit pur et queje vous le définisse, un être réel, substantiel , vivant , simple, spirituel , intelligent , libre, immortel, vous ne découvrez rien de pareil.
Notre pensée saisit donc et perçoit l’immatériel, dans le matériel même. Comment cela se fait-il ? L’idéologie des grands Docteurs scolastiques a jeté une merveilleuse lumière sur cette question; mais ce n’est le temps ni de la poser, ni de la résoudre.
Ce qu’il me suffit et ce que j’ai le droit de conclure, après l’analyse que j’ai faite devant vous de nos idées des êtres matériels, c’est qu’en les concevant, nous posons un acte où le corps ne peut prétendre, qui dépasse la portée de tout organe : c’est que pour prouver la spiritualité de l’âme nous n’avons nullement besoin de montrer que nous concevons des êtres immatériels par nature; les idées que nous nous formons des êtres matériels y suffisent pleinement.
Vous allez trouver queje suis long; mais si vous saviez les bonnes raisons que j’omets, — j’en aperçois dix, bien comptées, dans un seul endroit des œuvres d’Albertle Grand1 ; — si voussaviez lavio-