De Anima, lib. III, chap. xiv
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
lento tentation que j’ai, invoquant ce principe dont Kant a fait un si maladroit usage : « Tout ce qui est reçu dans un être y est reçu conformément à la nature de l’être qui reçoit », de vous montrer que notre âme recevant en soi d’une façon immatérielle les êtres matériels, et leur communiquant l’immatérialité, doit être spirituelle *, vous ne vous montreriez pas trop sévères: vous me sauriez même quelque gré de m’en tenir aux seuls arguments que j’ai annoncés, et de ne plus vous exposer que celui qui se tire de la conscience que l’âme a d’elle-même.
11 est court et solide.
N’est-il pas vrai que votre esprit, quand il lui plaît, se replie complètement sur lui-même, à tel point qu'il voit ses divers états, qu’il aperçoit ce qui se passe dans ses derniers replis? Votre esprit voit sa pensée; fréquemment il sait quand et comment elle lui vient, le temps qu’elle demeure et l’instant où elle s’en va. Tous les hommes l’éprouvent comme vous, et c’est à cette faculté précieuse qu’ils doivent do pouvoir se communiquer mutuellement les sentiments intimes qui naissent dans leur âme, et de charmer le commerce de la vie par les épanchements de l’amitié.
Votre pensée se pense elle- même. Voilà le fait. Or, il y a une impossibilité absolue et constante, à ce qu’un être matériel opère sur lui-même