S. Thom., De Ente et Essehtid, chap. v
une semblable conversion. Il est de la nature de la matière d’être à elle-même impénétrable. Voilà pourquoi les sens, qui sont des organes, n’ont point sureux-mêmes ce retour complet de l’esprit ; et pourquoi l’œil, par exemple, qui est le plus parfait des sens extérieurs, ne se voit point luimême, et ne voit pas davantage sa vision b
Du fait de la conscience comme du fait de la pensée, il résulte donc que l’âme humaine a une opération où le corps n’a point de part immédiate, où il n’intervient point directement, une opération libre, dégagée des conditions matérielles, transcendante.
Mais nous avons admis en principe qu’une opération transcendante, une opération libre et dégagée des conditions de la matière, exige une existence transcendante, une existence libre et dégagée du corps.
L’âme humaine tient donc sa subsistance d’ellemême, elle a donc une existence qu elle ne reçoit point du corps, et, partant, l’âme humaine est spirituelle au sens que nous avons expliqué.
Au moment de finir, je vois poindre dans l’esprit de tous mes lecteurs une même pensée, je devrais dire une même question : Qui sait, si, dans tout le cours de la démonstration que nous venons d’en-
1 Cont. Gent., lib. II, c. 60.
RÉALITÉ, SIMPLICITÉ, SPIRITUALITÉ
tendre, le professeur est resté fidèle aux lois tle cette méthode positive qu'il nous a exposée dans son premier chapitre, et dont personne ne peut s’affranchir sans renier l’évidence ?
Cette préoccupation, digne d’esprits sérieux, me réjouit, et m’inspire l’idée de vous encourager à faire la critique de ma thèse, en vous rendant tout ensemble facile et sûr le contrôle des arguments que j’ai apportés, et de tout le procédé rationnel que j’ai suivi.
Laissez-moi donc, comme un scolastique du vieux temps, plus fidèle à la Logique qu’à l’Eloquence, vous présenter, en quelque sorte, le « schème » de toute l’argumentation qui vous a été développée. De cette façon, vous pourrez juger, à l’aise, de la vérité des principes, des faits, des déductions.
La pensée dans l’homme est un fait réel. Donc le principe de la pensée, — l ame, — est une réalité.
Le principe de la pensée, — l’âme, — est partie intégrante de la nature de l’homme qui est une substance. Donc l’âme humaine est d’ordre substantiel .
Nous avons la perception sensible, totale et une, des objets matériels ; en outre, notre moi reste identique au milieu du renouvellement perpétuel et intégral des parties de notre corps. Donc notre âme est simple et incorporelle.
Notre âme pense des objets immatériels par nature, et des êtres materiels se forme des con-
cepts immatériels : de plus, elle a conscience d’ellemême et de sa pensée. Donc, elle est spirituelle-
Vous venez d’entendre les faits et comment j’ai raisonné sur les faits. Voici maintenant les principes sur lesquels je m’appuie,
Tout effet a sa cause proportionnée.
Appartient à l’ordre substantiel toute réalité entrant comme partie intégrante dans la nature d’un être qui subsiste par soi, ou n’a pas besoin pour exister d’être dans un autre comme dans un sujet.
Ce qui de soi est multiple et divisible, n'est et ne demeure un pour l’être et pour l’agir, qu’à la condition d’être pénétré et lié par un principe un et indivisible.
Une seule et même chose ne peut pas changer sans cesse et rester identique.
Telle opération, telle nature ; telle manière d'agir, telle manière d’être.
Voilaen raccourci toute ma thèse : à vous maintenant de la juger.
Me faut-il l’avouer, du reste, j’ai la plus entière assurance que si vous voulez bien réfléchir sérieusement aux preuves que je n’ai fait qu’ébaucher, vous trouverez qu elles méritaient d’être mieux présentées, et démontrent bien plus solidement que je ne l’ai fait voir, que l’âme de l’homme est vraiment une réalité, substantielle, simple, spirituelle.