‹ L'ame humaineChapitre 52 sur 203 · De Veyetabilibus, tractat. I, - n · texte numérisé non relu

De Veyetabilibus, tractat. I, - n

de meme ses actes et ses propriétés. Appuyés sur ce principe inébranlable que tous, philosophes et savants, admettent et supposent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou qu’ils l’ignorent : tout effet, toute opération suit d’une cause, d’une nature qui lui est proportionnée, et pour savoir d’un être ce qu’il est, il suffit de savoir ce qu’il fait, nous avons dit : L’âme humaine pense ; donc, elle dépasse la matière et en est indépendante. l)e même nous dirons, s’il y a lieu : La vie organique nous présente des phénomènes qui ne peuvent s’expliquer sans l’intervention d’un principe supérieur aux forces de la matière brute ; donc, en tout vivant, outre les forces physiques et chimiques, il existe un principe vital transcendant.

Deux choses nous deviennent dès lors évidentes : la première, que la difficulté et les débats vont se concentrer sur un seul point : celui de savoir s’il se rencontre vraiment dans les vivants des phénomènes tels qu’ils impliquent nécessairementl’existencede ce principe vital transcendant; la seconde, qu’il faut, avant de procéder à l’observation des phénomènes et de formuler aucun raisonnement, définir quels caractères généraux ces phénomènes doivent présenter, pour qu’il nous -soit permis d’en inférer la transcendance du principe qui les cause. Il est clair, en effet, que si l’on ne convient d’abord de ces caractères, tous les arguments qu’on pourra produire, en faveur

LE PRINCIPE VITAL

d’une thèse ou d’une autre, ne reposant point sur un fondement certain et reconnu, seront réputés sans valeur. Voyons donc quels devront être ces caractères.

Ils peuvent se réduire à deux. Il faut d’abord qu’ils soient spécifiques, ou propres aux êtres vivants. Il va de soi, en effet, que, s’il ne se passait dans les êtres vivants d’autres phénomènes que ceux qui s’observent dans les corps inorganiques, il ne saurait être question de revendiquer pour les vivants aucun principe constitutif spécial. Ils doivent donc présenter des phénomènes qui leur soient propres et ne se rencontrent qu’en eux.

Mais, qu’on veuille bien le remarquer, ce fait que l’on observe dans les vivants des phénomènes spécifiques ne saurait, à lui seul, prouver la transcendance du principe qui les produit. Des propriétés ondes opérations spécifiques différentes, en effet, prouvent bien l’existence de principes spécifiques divers, mais elles ne prouvent pas que ces principes soient d’un ordre différent, les uns appartenant à un ordre supérieur, les autres à un ordre inférieur. Par exemple : de ce que l’oxygène, l’hydrogène, l’azoté, l’eau et le sulfate de fer ont des propriétés spécifiques diverses, l’ouest parfaitement autorisé à dire qu’ils ont une constitution essentielle différente, mais non pas qu’ils possèdent quoi que ce soit qui sorte du domaine de fa physique et do la chimie C’est qu’on effet, tous

ces corps ne manifestent aucune propriété d’un ordre plus élevé, et qui nous oblige à les regarder comme étant autre chose que les différents espèces d’un même genre. Cela nous lait comprendre quel est ce second caractère que doivent présenter les phénomènes dans les êtres vivants, pour qu’il nous soit permis d’affirmer qu’ils sont constitués par quelque principe supérieur aux forces physiques et chimiques. Les vivants ne doivent pas seulement manifester des propriétés telles qu’il ne s’en montre pas dans les autres corps composés, ils doivent apparaître avec des propriétés d’un ordre plus élevé , c’est-à-dire qui accusent une perfection, une noblesse d’un genre nouveau , dont l’ensemble des forces physiques et chimiques ne noué fournissent ni le type ni la raison.

De la sorte, voici que notre problème du principe vital se précise et se circonscrit encore, puisqu’il se ramène évidemment à ces termes : Existet-il dans les êtres vivants des propriétés ou des opérations d'un ordre supérieur , et par conséquent irréductibles aux propriétés ou opérations qui relèvent des forces physiques et chimiques? L’existence d’un principe vital transcendant sera démontrée ou ne le sera pas, suivant qu'on démontrera ou qu’on ne démontrera pas l’existence de telles propriétés.

J’ai cru essentiel de faire ces observations préliminaires, afin de marquer nettement le but à

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atteindre; et parce que, faute de les avoir faites, l’on a trop souvent vu, en cette matière, se produire des raisons qui n’en étaient pas, et qui n’ont servi qu’à obscurcir la question et à compromettre la vérité.

Car, il faut le dire, l’on a apporté beaucoup de raisons, sinon mauvaises au moins fort contestables, pour établir l’existence du principe vital. Dans ces derniers temps l’on raisonnait d’après Bichat. Le grand homme avait cru découvrir qu’entre les propriétés des corps vivants et celles des corps bruts, il existe non pas simplement une différence, mais opposition, antagonisme, lutte. C’est pourquoi il définissait la vie : « L’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » Ce qui * signifiait dans sa pensée : La vie est l’ensemble des propriétés vitales qui résistent aux propriétés physiques. L’antagonisme des propriétés une fois admis, l’on passait à conclure qu’elles ne pouvaient procéder du même principe; et l’on arrivait ainsi, avec toute l’apparence d’avoir raison, à dire que, outre les forces physiques et chimiques, il faut admettre une force vitale.

Malheureusement la science n’a pas consacré l’existence de cet antagonisme entre les propriétés vitales et les propriétés physiques et chimiques, sur lequel reposait tout l’argument. « Ce n’est pas un antagonisme qu’il faut voir entre les phénomènes chimiques et les manifestations vitales;

c’est, au contraire, un parallélisme parfait, une liaison harmonique et nécessaire. Dans toute la série des êtres organisés, l’intensité des manifestations vitales est dans un rapport direct avec l’activité des manifestations chimiques organiques... h » « L’opposition, l’antagonisme, la lutte admise entre les phénomènes vitaux el les phénomènes physico-chimiques par l’école vitaliste, est une erreur dont les découvertes de la physique et dé la chimie modernes ont fait amplement justice 2. » Les faits, comme la suite de ce chapitre le fera comprendre, donnent trop évidemment raison à M. Cl. Bernard pour que j insiste. J’aime mieux faire remarquer, en passant, combien la vieille école Péripatéticienne a été clairvoyante à cet endroit. ' ’

11 était bien à craindre que des esprits si faiblement lestés de. science expérimentale ne se laissassent emporter à quelque conception vitaliste exagérée, attribuant à l’àme seule tout ce qui se fait dans le vivant, et n’ayant cure de tout ce que nous appelons aujourd’hui forces physiques et chi iniques. Rien de semblable n’est arrivé. Les Péripatéticiens, depuis Aristote 1 2 3 jusqu’à Jean de St- Tliomas 4, loin d’isoler la vie des agents physiques, ou de les lui opposer, affirment unanimement et

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