‹ L'ame humaineChapitre 58 sur 203 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

LE PRINCIPE VITAL

raît aussitôt comme la propriété commune de tout ce qui a vie.

Mais cette respiration, qu’est-elle en fin de compte? — Pas autre chose, qu’une absorption d’oxygène avec exhalation ou dégagement d’acide carbonique et production de chaleur. Quand un animal, un homme, respire, que se passe-t-il? — Le sang amené au poumon par la circulation, étant mis en contact avec l’extérieur à travers la paroi vasculaire, se charge d'oxygène : puis le sang, ainsi chargé d’oxygène, se distribue aux tissus. S’il se charge d’oxygène dans le poumon, c’est que l’une des deux parties qui compose ses globules, la matière colorante, ou hémoglobuline, a la propriété chimique de fixer J'oxygène en se combinant avec lui ; et s’il cède ensuite l’oxygène aux tissus, c’est que ces derniers ont une propriété chimique analogue qui leur permet de l’enlever aux globules et de se l’approprier. Le dégagement d’acide carbonique etla chaleur suivent, sans doute : mais ce ne sont là encore que des phénomènes chimiques. Lavoisier disait : « La respiration, c'est une combustion: » la physiologie moderne, corrigeant Lavoisier *, dit: La respiration est X équivalant d’une combustion, et probablement une fermentation : combustion ou fermentation, cela ne nous fait jamais sortir du domaine de la chimie.

C’est dire que nous n’en sortirons pas davan-

1. Cl. Bernard, Leçons sur les Phénomènes de la vie, t. II, p. 212, et t. I, p. ICO.

io8

tage avec la troisième condition que nous avons dit devoir être réalisée par le milieu vital : la chaleur. On nous rapporte des expériences curieuses autant que décisives, d’où il appert que chaque fonction vitale d’un organisme, élémentaire ou complexe, ne peut s’exercer qu’entre des limites de température étroitement déterminées. Ce n’est pas avec cela, évidemment, qu’on prouvera la nécessité ni l’existence d’un principe vital transcendant. Si l’on ajoute que la chaleur n’est pas seulement une condition de milieu, mais qu elle est aussi une source d’énergie, et qu’une partie en est employée, par l'être vivant, à la production de principes immédiats, qui, plus tard, en se détruisant, manifesteront cette force vive, soit à l’état de chaleur, soit sous quelque autre forme, il est encore manifeste que le vitalisme n’en sera pas plus avancé.

Mais nous avons dit que le milieu vital doit réaliser une quatrième condition : outre les conditions d’humidité, de chaleur et d’aération convenables, il doit renfermer, et présenter à l’élément vivant, certaines substances sans lesquelles ce dernier ne saurait se nourrir, a On a cru pendant longtemps que la composition de cette atmosphère était totalement différente lorsqu’on passait des animaux aux plantes, qu’elle variait infiniment d’un organisme à l’autre, de manière à échapper à toute systématisation. Mais, dans la réalité, cette composition est beaucoup mieux dé-

LE PRINCIPE VITAL

terminée qu’il ne semblait : elle présente des caractères universels, communs à tous les êtres vivants, uniformes, que des recherches récentes perm etten t d’ en trovo i r .

« Le milieu propre à la nutrition doit contenir des substances azotées, — des substances ternaires (sucre, graisse, etc.), — des substances minérales (phosphate de chaux) L » Ces substances participent à la composition du milieu en des proportions et sous des formes bien variées; mais, sous une forme ou sous une autre, dans une proportion ou dans une autre, il est essentiel que chacun de ces trois ordres soit représenté dans le milieu où baignent les éléments anatomiques. Mais esl-il aussi essentiel, pour expliquer la manière dont ces substances concourent à entretenir la vie, à construire et à réparer l’organisme, de faire appel à un principe distinct des forces physiques et chimiques? Telle est la question qui se pose et revient toujours. Toujours aussi, pour en trouver la solution, il nous faut suivre la même voie : c’est-à-dire analyser, décomposer, avec une précision croissante, le phénomène de la nutrition, le considérer à ses divers moments, et voir si tous et chacun ont leur raison suffisante dans les énergies communes de la matière brute.

La nutrition, débarrassée de tous ses accessoi-

Page 1