‹ L'ame humaineChapitre 63 sur 203 · CI. Bernard, Physiologie générale , p · texte numérisé non relu

CI. Bernard, Physiologie générale , p

ventriculaire s’abaisse ; quand le ventricule se contracte, le sang est chassé dans les artères, parce que la valvule sygmoïde ou artérielle s’abaisse pour laisser passer le liquide sanguin, en même temps que la valvule auriculo-ventriculaire se relève pour empêcher le sang de refluer dans l’oreillette l. »

D’où cette formule consacrée : le cœur est une véritable machine qui fonctionne comme une pompe foulante, dans laquelle le piston est remplacé par la contraction musculaire.

Cette formule nous donne le dernier mot de l’absorption dans les organismes supérieurs, et achève de nous convaincre que cet important phénomène relève en tous ses détails de la physique et de la mécanique.

Evidemment la situation du vitalisme devient de plus en plus critique. Son dernier refuge, avons-nous dit, était la nutrition ; et voilà que des trois moments que la nutrition comprend, les deux premiers, la digestion et l’absorption, ne lui fournissent aucun appui. L’assimilation seule lui reste. Mais lui sera-t-elle une retraite sûre, et ne va-t-il pas se trouver forcé' jusque dans ce dernier retranchement ?

Le sang va donc distribuer aux diverses parties de l’organisme, et jusqu’aux plus reculées, les principes nourriciers qui leur sont nécessaires:

L Cl. Bernard', Physiologie du cœur.

LE PRINCIPE VITAL

Ces substances, incessamment modifiées et élaborées, finissent par prendre place dans les tissus, où s’accomplissent de la sorte ces phénomènes de genèse organisatrice et de régénération qui sont le terme vers lequel marche, dès le commencement, tout le procédé nutritif. Mais cette assimilation, cette genèse vitale, à quelque endroit ou à quelque moment qu’on la regarde, que nousmontre-t-elle ? — Toujours et partout, des phénomènes de synthèse chimique. Or, poursuitla science : « En tant qu’ actions synthétiques, il est évident que ces phénomènes ne relèvent que des forces chimiques générales : en les examinant successivement un à un, on le démontre clairement. Les matières calcaires qu’on rencontre dans les coquilles des mollusques, dans les œufs des oiseaux, dans les os des mammifères, sont bien certainement formées selon les lois de la chimie ordinaire, pendant l’évolution de l’embryon. Les matières grasses et huileuses sont dans le même cas, et déjà la chimie est parvenue à reproduire artificiellement, dans les laboratoires, un grand nombre de principes immédiats et d’huiles essentielles qui sont naturellement l’apanage du règne animal ou végétal. De même, les matières amylacées qui se développent dans les animaux, et qui se produisent par l’union du carbone et de l’eau sous l’inlluence du soleil dans les feuilles vertes dæs plantes, sont bien des phénomènes chimiques les mieux caractérisés. Si, pour les matières

azotées ou albuminoïdes, les procédés de synthèse sont beaucoup plus obscurs, cela tient à ce que la chimie organique est encore trop peu avancée; mais il est bien certain néanmoins que ces substances seformentpar les procédés chimiques dans les organismes des êtres vivants b »

Après tout cela, il semble bien que la ruine du vitalisme soit consommée. Sans doute, les explications des diverses phases de la nutrition que nous venons de rapporter ne sont pas toutes aussi satisfaisantes que paraissent le croire leurs auteurs ; et il y aurait matière à de nombreuses réserves. Mais il suffit qu’un fait puisse être interprété d’une manière plausible, par la physique ou la chimie, pour que le vitalisme soit obligé de l’abandonner comme preuve. Voilà pourquoi le vitalisme s’étant appuyé, jusqu’au point où nous sommes arrivés, sur des faits d’une nature douteuse et de transcendance contestable, a toujours perdu du terrain et a toujours été obligé de reculer.

Mais le vitalisme ne reculera plus. S’il a dû le faire jusqu’ici, c’est qu’il s’était aventuré sur un mauvais terrain. Il s’était avancé imprudemment hors de ses lignes; on l’y a fait rentrer. Mais si, par son imprudence, il s’est attiré une leçon, il n'a pas subi une défaite. Chez lui, il reste inattaquable, et on ne le forcera point. C’est de quoi il faut maintenant nous convaincre.

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