Cl. Bernard, Définition de la vie
LE PRINCIPE VITAL
« Ce qui se nourrit, dit Albert le Grand, ne saurait être sans âme, c’est-à-dire sans un principe supérieur aux forces physiques et chimiques, f/uidquid cibatur, non est sine anima G Donc, la simple vie organique suppose un tel principe, suppose une âme. »
Pour que ce raisonnement d’Albert le Grand subsiste, il faut évidemment qu’en tout ce qui précède nous n’ayons pas dit le dernier mot de la nutrition, et qu’il reste à signaler un ou plusieurs phénomènes dont l’existence implique celle du principe vital. Les paroles suivantes de M. Chevreul, une des grandes figures scientifiques de ce siècle, nous le donnent à comprendre. « En définitive, écrivait-il, je n’ai jamais aperçu aussi clairement qu’ aujourd’hui combien il y aurait peu de raison à supposer que celui qui aurait expliqué ladigestion, l’absorption, la respiration, la circulation et les sécrétions, serait en état d’expliquer la vie2. » Ces simples mots expriment une vérité profonde, comme nous allons le voir en étudiant de plus près les phénomènes de la nutrition.
Pour entendre quelque chose à la nutrition et en saisir tout ensemble le mystère et la grandeur, il faut prendre l'être vivant à ses premières origines et regarderies débuts de la vie. Ils sont bien humbles, il faut l’avouer, et le paraissent même de plus en plus à mesure que la science progresse.