Leçons sur les phénomènes delà vie, I, p
limites qui lui sont imposées, et ensuite le reprend et continue imperturbablement. « Partout, dit Claude Bernard, nous voyons des compensations, des compromis qui tendent à rétablir l'équilibre menacé. La machine vivante renferme son propre régulateur, l’animal n’a qu’à se laisser vivre. Il peut manger plus de cette substance, moins de celle-ci, pas du tout de cette autre; sa constitution ne suivra pas les variations de son goût; la compensation se fera seule L »
Mais le travail plastique terminé, l’être achevé, voici qu’un accident, traumatique ou autre, vient endommager une partie, un membre. Quelque restreint que soit le mal, tout l’organisme en ressent l’atteinte, mais tout l’organisme aussi s’émeut et travaille pour le faire disparaître; et des points les plus éloignés, par des chemins plus ou moins détournés et cachés, arrivent les secours et s’opère la réaction; à l’effet, ici, de rétablir la circulation un instant interrompue, là de cicatriser une plaie, ailleurs de réparer ou même de refaire un membre.
Telle est, à grands traits, l’œuvre étonnante de la nutrition. Elle nous montre la cellule primitive en travail de s’étendre, de s’agrandir, au moyen de ce qui l’entoure, de se constituer à l’état d’être complet et organisé; elle nous la montre poursuivant en elle-même et à son prolit la réalisation
J. Liçonssur les phénomènes de la vie, II, p. 368.
LE PRINCIPE VITAL
d’un type spécifique dont rien ne peut lui faire perdre ni la poursuite ni le dessin, douée d’uno puissance que les plus grands obstacles n’arrètent pas, d’une souplesse et d’une fécondité de ressources que presque rien ne déconcerte, d’une énergie d’absorption et d’assimiliation telle, que de toutes les parties du vivant il ne se fait qu’un seul être, où tout vibre, agit, souffre et prospère en commun et à la fois.
Nous connaissons désormais la vraie merveille de la nutrition, telle que l’explique si bien cette théorie cellulaire, que les Allemands, Virchow surtout, ont victorieusement établie; et qui restera, dans sa substance et dans la formule où elle se résume : « Omnis cellula e cellule t, » une des gloires de la science du xixe siècle. Voilà le fait scientifique qui domine la question du principe vital, et qui, bien compris et bien interprété, nous donnera la réponse au redoutable problème.
Mais puisque ce fait est si capital, et qu’il doit servir de base à notre démonstration, assuronsnous, avant de commencer nos raisonnements, que nous l’avons bien compris; et pour cela écoutons un instant le langage mémo de la Science.
Voici d’abord les paroles d’un éminent professeur de la Faculté de médecine de Paris :
« A l’origine de l’être, il n’y a qu’une cellule, l’ovule, et, par conséquent, une seule espèce cellulaire. Cette cellule, en se divisant et en se mul-
l i j ) liant sans fin, ne perd pas ses caraclères propres; elle garde son type primitif, et ce type devient celui de l’élément cellulaire, celui du tissu le plus répandu de l’économie, du tissu dit conjonctif ou connectif, que l’on rencontre dans la trame de tous les organes. La cellule plasmatique est l’élément de ce tissu ; on pourrait l’appeler avec plus de vérité cellule génératrice commune. Cette cellule à type primitif a, en effet, une puissance génératrice originelle etpersistante. C’est elle qui, suivant des conditions de temps et de lieu déterminées par le type spécifique de l’être, engendrera des cellules de forme et de fonctions spéciales, dérivées de la cellule primitive et commune, et cependant distinctes d’elle : ce sont les cellules des systèmes nerveux, musculaire, épithélial. Ainsi donc, cellule primitive, se multipliant, d’un côté, en conservant ses caractères originels et propres, et, d un autre côté, se multipliant sous des formes secondes, disposées pour des aptitudes fonctionnelles, spéciales, transformées, mais toujours soumises au type spécifique de l’être; la cellule première de l’être contenant en puissance, sinon en manifestation immédiate et visible, toutes les formes cellulaire^ qui vont évoluer et constituer l’être complet : telle est la loi générale du développement cellulaire b »