Dr Chauffard, la Vie. p
LE PRINCIPE VITAL
À un autre endroit, l'illustre professeur formule ses idées avec plus de netteté encore :
« La cellule primitive est une individualité, eL la plus puissante, la plus active qu’on puisse imaginer: car elle contient l'individu entier, avec toutes ses facultés natives, avec toutes ses fonctions diverses, avec son caractère spécial et inaliénable. L’ovule fécondé, voilà donc la cellule une, voilà l’être et l’individu dans son expression simple et première. Mais, à bien dire, qu’est l'être vivant, arrivé à son complet développement? ltien autre chose que cette cellule primitive, accrue par son activité propre, ayant engendré en elle d’autres cellules qu’elle vivifie de sa propre vie, qu’elle nourrit en sa propre substance. Ces cellules secondes se sont associées en tissus et en organes, ont acquis des aptitudes fonctionnelles spéciales ; mais sous ces formes, et dans ces activités nouvelles, ces cellules engendrées font toujours partie de la cellule engendrante, qui les soutient et les régit tantquelavie persiste. Tout être animé est donc comme une cellule unique, variable de type et de développement, et créant en elle tout un monde inférieur et soumis de cellules harmoniquement associées. L'unité de l’être est toujours dans la cellule primitive b »
Cl. Bernard enseigne la même doctrine avec la
même assurance. « C’est dans le protoplasma seul que nous trouvons 1 explication de toutes les propriétés des tissus. Le protoplasma possède, en réalité, à l’état plus ou moins confus, toutes les propriétés vitales ; il estl agent de toutes les synthèses organiques, et par cela même de tous les phénomènes intimcsdc nutrition. Le protoplasma, en outre, se meut, se contracte, sous 1 influence des excitants, et préside ainsi aux phénomènes de la vie de relation. Par suite de l’évolution des. organismes et par la différenciation successive de leurs tissus, chacune de ces propriétés primitives •et confuses du protoplasma se différencie ellemême, par une intensité relative devenue plus grande dans certains éléments organiques. Ainsi, l’autonomie des tissus n’est, au fond, qu'une différenciation protoplasmique... Dans certaines cellules, l’irritation extérieure produit des synthèses de matières ternaires, quaternaires, sous forme de sécrétion solide ou liquide; c’est alors la propriété synthétique du protoplasma qui a été mise en jeu : ailleurs, l’irritation externe produira une multiplication de cellules et mettra en activité la propriété proliférante du protoplasma, ailleuis ' enfin, l’irritation extérieure excitera la contraction musculaire et manifestera la propriété motrice ou contractile du protoplas'ma. \
« Telle est la conception que nous devons nous faire du protoplasma ; il est l’origine de tout,, il est la seule matière vivante du corps qui anime
LE PRINCIPE VITAL
toutes les autres. C’est d’une partie du protoplasma de l’ancètre que se développe le nouvel être, et c’est par la reproduction incessante du protoplasma que la vie se perpétue1 2. »
Après de tels témoignages rendus par de tels maîtres, il serait inutile de citer davantage. Nous avons la pensée, le mot même de la Science. Maintenant que nous avons entendu parler l’observation scientifique et la physiologie, voyons ce que vont dire la raison et la philosophie.
. Ce que la raison comprend et affirme tout d’abord, en présence des faits sur lesquels est établie la théorie cellulaire, c’est que cette théorie donne le coup de mort à l’organicisme mécanique. Oui donc oserait désormais répéter après Descartes : que les plantes el les animaux ne sont que des machines, telles « qu’un orgue ou un moulin »,' et que, dans les vivants, la vie suit naturellement de la disposition des organes, « ni plus ni moins que font les mouvements d’une horloge, ou autre automate, de celle de ses contre-poids et do ses roues -? » Si cela pouvait se dire autrefois, cela ne peut plus se dire aujourd’hui, que le micros-* eope nous a montré, non pas que les organes font la vie, mais que la vie fait ses organes.
« Quelques-uns ont cru, nous dit un célèbre physiologiste, que la vie est le résultat, d’une har-