Traité de l’homme, fin
mooio, d’un engrenage, semblable à l’engrenage des roues d’une machine... Un tel engrenage existe manifestement... Seulement, cette harmonie des membres nécessaires au tout ne subsiste pas sans l’influence d’une force qui pénètre le tout, et qui même existe avant que n’aient paru les membres... L’organisme ressemble à une construction mécanique... Mais l’embryon engendre, par la vertu du germe, le mécanisme lui-même des organes. Voilà ce que le microscope démontre; et les fameux organes en miniature, que s’étaient imaginés Bonnet et Haller, ne valent plus la peine qu’on les discute L »
« L’organisation du corps vivant, dit encore un des plus illustres représentants de la science, n’est pas la cause de la puissance vitale que celuici possède, mais une conséquence des propriétés de cette force vitale... la vie estime force organisatrice de la matière pondérable -. »
En résumé, de l’avis unanime des savants d’aujourd’hui, vivre, c’est créer son organisme. En voilà assez pour renvoyer Descartes et ses amis à l’orgue, ou au moulin.
Mais il n’en faut pas non plus davantage pour établir solidement le vitalisme.
Pour que le vitalisme, en effet, soit démontré,
1. Jean Muller, Ilandbuch der physiologie des menschen, p. 91.
2. Milne-Edwards , Leçons de physiologie , t. XIV, p 2Go. Comparer saint Thomas: Somme théologique, 1. q. CXlX,a. ii, et Cl. Bernard, Leçons sur les phénomènes de la vie, I, p. 316 et s.
LE PRINCIPE VITAL
deux choses sont nécessaires, avons-nous dit au commencement de ce chapitre, et deux choses suffisent. Il faut et il suffit : d’abord, qu’il soit bien constaté que les vivants ont des propriétés qui ne se trouvent qu’en eux ; ensuite, que ces propriétés constituent un tel degré de perfection, qu’elles les placent dans un ordre à part, plus noble et absolument réservé. Or, ces deux conditions, la théorie cellulaire nous met à même do prouver sans peine qu’elles sont remplies.
En premier lieu, il est constant que la vie, dans l’ensemble de ses fonctions nutritives, présente des phénomènes et des propriétés dont les êtres inorganiques n’offrent pas même de traces. Ici, nous n’avons qu’à rappeler les faits :
Tout vivant commence par une cellule qui le contient tout entier, non pas en acte, mais en puissance ; tout minéral, dès le premier instant qu’il existe, est tout ce qu’il peut être. Tout vivant emprunte au milieu où il se trouve les éléments nécessaires à sa constitution et à sa formation, il se les assimile, il se les identifie, il les fait lui: — II faudrait pouvoir dire, avec Dante, se l' immedesima, se l'inluia, — c’est un être ouvert qui absorbe. Nul minéral ne reçoit en lui-même substance quelconque du dehors : c’est un être clos où rien ne pénètre. Le vivant ne subsiste qu’à la condition de renouveler incessamment ses parties; perpétuellement sa matière change et sa
forme demeure 1 ; comme le torrent qui. à chaque seconde, change de Ilots sans changer de lit; il se développe et grandit de dedans en dehors, il croît. Le minéral, pourvu que nul agent extérieur ne l’attaque, reste toujours le même tant qu’il subsiste; s’il augmente de volume, c’est par la simple adjonction ou survenance de corps étrangers; il s’étend par le dehors, il s’accroît; ou plutôt, et à vrai dire, il ne s’étend point, et ne s’accroît point; mais venant à se réunir à d'autres corps, il forme avec eux une plus grande masse, comme dix cailloux s’unissant à dix cailloux font un plus gros las 2.
Le vivant a des parties non seulement dis- . tinctes, mais profondément différenciées entre elles, par la structure comme par les propriétés et les opérations : toutes les parties du minéral sont homogènes, possédant mêmenatureet même vertu. Si le vivant est contrarié par son milieu dans son évolution, il résiste aux influences nuisibles ; et s’il ne peut les vaincre, il s’accommode et se plie aux circonstances, jusqu’à modifier, dans une mesure considérable, ses formes et ses propriétés : le minéral ne sait qu’être ou n’être pas; il ne varie jamais. Enfin, dans le vivant, tout vient et tout demeure dans une essentielle dépendance du premier élément animé; la cellule primitive