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S. Thomas, de Anima, lib. -II, lect. ix

LE PRINCIPE VITAL

est., tant qu-’ii dure, le centre et le foyer d'existence, de propriétés et d’action pour toutes ses parties, qu’elle pénètre de son être et de sa vertu, à tel point qu’isoler d’elle un point de l'organisme, c’est, y faire la mort, qu’on ne peut toucher à une partie sans qu’elle-même le ressente, et sans que par elle toutes les autres n’en soient impressionnées, le bien dé l’une devenant le bénéfice de toutes, le mal d’une seule ayant son retentissement dans toutes les autres, et toutes aussi s’employant sans retard et concourant à le réparer, de près ou de loin, suivant leur place respective. Rien de pareil dans le minéral. Fendez une pierre en deux: les deux fragments subsistent indifférents l’un à l’autre, indépendants l’un de l’autre : ils étaient tout aussi indifférents et indépendants avant votre coup de marteau.

Cellule initiale et motrice, assimilation, croissance, instabilité matérielle et permanence formelle, organisation et différenciation des parties, adaptation au milieu, solidarité existentiel le et fonctionnelle, voilà déjà bien des phénomènes ou propriétés qui se trouvent dans les vivants, et ne se trouvent qu’en eux: et si nous le voulons, nous pourrons nous dispenser d’en invoquer d’autres pour établir ce qu’il nous fallait prouver d'abord: à savoir, que les vivants ont des propriétés absolument caractéristiques, et que seuls ilspossèdcnt.

11 faut pourtant l’avouer : quelques savants ne sont pas de cet avis.

— Ces phénomènes, disent-ils, ne se trouvent pas (j ue dans les vivants; on les constate dans les minéraux tout comme en eux, avec une simple différence de degré peut-être. Voyez le cristal. Sa formation ne reproduit-elle pas tous les traits essentiels de la formation du vivant? Celui-ci commence parunc cellule: lui, commence par un noyau primitif, — que d’autres appellent molécule intégrante, ou maille cristalline élémentaire : — le vivant s’accroît aux dépens de son milieu : le cristal fait de même; le vivant a sa forme déterminée : le cristal a aussi la sienne ; le vivant guérit ses plaies et répare ses fractures : M. Pasteur l, MM. Beudant. Lavalle, de Sénarmont, etc., ne nous ont-ils pas fait voir, en des expériences célèbres, les cristaux cicatrisant leurs blessures et reprenant d’cuxmêmes leur forme régulière primitive? Vous n’avez donc pas le droit d’affirmer qu’il existe une différence aussi profonde entre le vivant et le minéral. Les phénomènes que vous exaltez dans le premier, nous vous les montrons dans le second.

— L’objection est peut-être spécieuse. Mais il est bien sûr qu’elle produit surtout impression sur l’esprit, parce qu’elle fait appel à une science, d'une part encore fort obscure en elle-même, et d’autre part fort peu étudiée -. Ce qu'on nous op-

V. Cl. Bernard, la Science expérimentale, p. 174, et Leçons sur les phénomènes de la vie.

2. V. M. de Lapparent, la Cristallographie rationnelle; Questions scientifiques, Juillet 1883.

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pose, ce sont beaucoup moins des faits que des ténèbres.

Heureusement qu’en dépit de toutes les obscurités, la théorie cellulaire nous permet de renverser l’objection d’un mot, d’une seule question. Nous disons à nos adversaires : « La science vous oblige d’admettre avec nous que le vivant tout entier sort d'une cellule. » Pouvez-vous affirmer que tout le cristal sort de ce que vous appelez soit « le noyau cristallin », soit « la molécule intégrante », soit « la maille cristalline primitive »? Le microscope, qui nous fait assister au développement du cristal, et nous le montre s’agrandissant par simple adjonction de parties, vous l’interdit. Donc, toute votre objection croule ; car elle suppose, en toutes ses parties, que le procédé de formation initial des cristaux est le même que celui des vivants.

Mais l’on aimera d’entendre un savant de profession faire justice de ces affirmations qu'on nous oppose, plus bruyantes que scientifiques.

« L’acquisition de la forme chez le cristal n’est en rien comparable à l’acquisition de la forme dans l’être organisé. Dans le premier cas, et ce point est capital, il n'y a pas évolution, acquisition graduelle, création progressive de la forme typique définitive : non, cette forme existe, complète, parfaite dès l’origine, dès la première apparition du cristal, alors qu'il est microscopique et encore invisible à l’œil. Cette forme peut croître par jux-

taposition decristaux; mais quelque accrue qu’elle soit, elle demeure absolument semblable à ellemême -dans tout le cours de son accroissement...

« Le cristal en partie brisé se répare, mais de la même -façon qu'il s’est formé : les cristaux subsistants servent d’appel, de centre de cristallisation ; de sorte que la partie détruite se rétablit par juxtaposition, comme se formerait un nouveau dépôt cristallin. La réparation du cristal n’amène donc pas, comme celle de l’être vivant, une modification plus ou- moins notable de forme et de structure : elle n’est jamais imparfaite et relative; elle est jetée dans le moule absolu du cristal .primitif.

« Certes tous ces phénomènes sont admirables : ils peuvent nous faire supposer que des Lois géométriques gouvernent tout le monde physique, les atomes de la matière, les vibrations de l’éther,, comme la marche des astres; mais celle géométrie* sublime, qu'a-t-elle à faire avecl’acquisition de la forme spécifique de l’être vivant?... Pour que l’organisation et la cristallisation fussent grossièment comparables, il faudrait en revenir.à la vieille hypothèse de l’emboîtement des germes et des organismes préformés. L’organisme serait, en petit, tout contenu dans le germe; si notre vue était assez puissante, nous devrions trouver dans l’ovule fécondé l’organisme complet, pourvu de tous ses appareils et organes, et de sa forme définitive... Le microscope a anéanti ces idées chi-

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mériques. Il nous a fait assister, d’instant en instant, à la génération de l'instrumentation organique et de la forme typique de l’être ; il nous a montré par quelles successions de formes inférieures l’organisme s’élevait aux formes supérieures, à son type complet et définitif : et ce spectacle est à lui seul une réfutation vivante et magistrale des procédés de cristallisation appliques à la formation de l’être l. »

Après M. le L)r Chauffard, voulez-vous entendre Cl. Bernard? L’évidence des faits l’oblige, lui aussi, à tenir absolument le même langage : « Les phénomènes de création organique, dit-il, sont les plus particuliers, les plus spéciaux de l’être vivant : ils n’ont pas d'analogue en dehors de / organisme "2. » Et plus expressément encore : « L'évolution caractérise les êtres vivants, et les distingue absolument des corps bruts3. »

C’est ce qui faisait si bien dire à Wirchow, qui malheureusement n’a pas su voir toute la portée de cette vérité et de cet aveu : « // n’y a de semblable à la vie que la vie elle-même... La nature est double 4. »

On comprend, après cela, que M. le I)r Chauffard ait écrit, en parlant de cette assimilation qu'on voudrait faire du cristal au vivant : « N’est-ce pas

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