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De l’Ame, livre II, c. iv

LE PRINCIPE VITAL

brasser tout ce sujet de la vie dans son unité profonde et dans sa grandeur. Nous l’avons vu, la cellule primitive se nourrit; elle emprunte au milieu qui l’entoure des éléments dont elle fait une partie d’elle-même. Elle se nourrit: et l’effet et le terme de son alimentation, c’est qu’elle se développe non seulement jusqu’à prendre un volume plus considérable, mais jusqu’à devenir deux cellules, puis quatre, puis un nombre incalculable. La multiplication des cellules est donc l’aboutissant de l'acte nutritif. Mais des cellules ainsi multipliées, ce sont des cellules engendrées. La génération nous apparaît donc comme le prolongement ou le couronnement de la nutrition.

Toutefois, l’observation nous fait distinguer deux générations bien différentes *. Dans la multiplication des cellules ordinaires, ou cellules de développement, la cellule-mère ne communique qu’une partie de son énergie et de sa vertu : elle ne donne à chacune de ces cellules que la puissance particulière à l’organe dont elle doit faire partie, puissance de voir aux cellules de l’organe visuel, puissance d’entendre aux cellules de l’organe auditif, etc.; nous sommes là en présence d’une génération partielle et incomplète. Mais, d’autres fois aussi, la cellule-mère transfuse dans une autre cellule toutes ses énergies et toutes ses puissances vitales, de telle sorte que l’une est

i. Somme théologique, I. q. CXIX, a. 2.

exactement la répétition de l’autre, tant elle est sa reproduction adéquate. D’un premier vivant est sorti un autre vivant, aussi complet que lui, qui va évoluer comme lui, et réaliser, par les mêmes procédés que lui, le dessin vital spécifique commun qu’ils ont tous deux. Ici, nous avons la génération totale, la génération proprement dite. La génération, par un vivant, d’un autre vivant, tel est donc le terme dernier et le plus noble- de la nutrition L

Mais telle est aussi la marque éclatante qui caractérise ce qui a vie, et achève de le distinguer de ce qui ne vit pas. Car, où donc trouver rien de semblable dans les corps inorganiques que l’on dit se rapprocher davantage des vivants? Et qui a jamais vu le minéral engendrer un autre minéral, de même espèce que lui?

Je sais bien que l’on a osé prétendre que des cristaux engendraient parfois d’autres cristaux. L’on a voulu se prévaloir de l’expérience curieuse où M. Cernez, déposant un cristal infiniment petit de borax octaédrique, par exemple, dans Une solution sursaturée contenant du borax octaédrique à cinq équivalents d’eau, voyait la température s’élever, et en quelques instants, tout le borax octaédrique contenu dans la solution prendre la forme cristalline. Mais, de bonne foi, que fait celte expérience à la question qui nous occupe ?

1. Dr Chauffard, la Vie, p. 421. — Cl. Bernard, la Science expérimentale, p. 192.

LE PRINCIPE VITAL

et n’est-co pas une mauvaise plaisanterie que de prétendre, comme le prétendait naguère un professeur de Faculté1, « qu’on y voit naître le cristal d’un parent ? »

• La vérité est qu’on ne voit rien naître du tout dans cette expérience, pas plus que dans l’expérience suivante qu’on nous oppose encore-. Procédant comme M. Gernez, vous effectuez, à chaud, dans un tube étroit, une solution sursaturée de soufre dans le sulfure de carbone; et, après refroidissement, vous introduisez dans la solution un lil de platine portant un petit cristal de soufre prismatique; cela-fail, Vous voyez apparaître des cristaux prismatiques. — Mai-s, est-ce que vous voyez le cristal primitif absorber, transformer et s’assimiler les éléments du milieu? se développer, - enfin produire de lui-mème, hors de lui-même, un second cristal de même forme et de même nature que lui? Pas le moins du monde. Vous ne voyez donc pas votre cristal se nourrir, ni évoluer. Or, M. Cl. Bernard, au nom de la physiologie,

1. M. Thoulet, de la Faculté des sciences de Nancy, qui, s’inspirant de l’écrit de M. Mario Pi lo : La Vila dei cristalli, soutint, dans sa leçon de clôture de 188G, que le cristal vit tout aussi bien ([lie la plante ; et faisait suivre les paroles que nous venons de citer «le la piquante observationqu'on va lire: « Bien mieux, le cristal tout formé semble quelquefois se douter qu’il existe un idéal, la symétrie parfaite, l’ellipsoïde du système cubique, qui est une sphère : il le cherche, il s’en approche, et s’il ne peut y parvenir, il triche, il joue la comédie, il se déguise ; tout comme, parmi les hommes, plus d’un s’efforce, etc... « Reçue scientifique, 2i janvier 188o.' — Quelle comédie !

vous affirme que nutrition, évolution, génération, c’est tout un. Puis donc que, ici, vous ne voyez ni nutrition, ni évolution, vous ne voyez pas davantage; de génération.

Du reste, les chimistes font une observation qui me semble tout à fait confirmer ce que je soutiens, et montrer assez clairement que, dans ces sortes d’expériences, il n’y a point de vraie génération. Ils nous disent : « Ce qui constitue l’efficacité d’un cristal introduit dans une solution sursaturée pour déterminer la cristallisation, c’est Y identité de sa forme avec celle des cristaux qui peuvent prendre naissance, et non pas sa composition chimique. Ainsi, une solution sursaturée de chromate de soude (NaO, CHÜ3 -f- 10HO) cristallise par l’introduction d’un cristal de sulfate de soude (NaO, SO 3 -f- 10IIO) qui a même forme cristalline.... Il suffit donc, pour produire la cristallisation, que le cristal introduit soit isomorphe avec ceux qui peuvent se former l. »

Si cela est vrai, ne faut-il pas en conclure que, dans les expériences citées, les cristaux qui se forment après l’introduction du premier cristal n’ont avec celui-ci qu’une similitude de forme ou de figure, et non de nature? Mais il est évident que cela ne suffit pas pour qu’il y ait génération. Car il existe plus qu’une similitude de forme entre le parent et son produit : il existe entre eux une

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