Liard, la Science positive et la Métaphysique, p. ifiC
epithéliale de l'organisme maternel. L’échelle de sa libation est infinie dans le passé, et dans cette longue série il n’y a pas de discontinuité; à aucun moment n’intervient une vie nouvelle ; c’est tou-
jours la même vie qui se continue 1 . » « C'est la même évolution qui dure et qui se développe 2. » J’attendais la fameuse comparaison que Platon a inspirée : l’on se passe la vie de génération à génération, comme on sepassait les flambeaux de main en main aux courses de la déesse Bendis 3.
La molécule d’eau n’a point ce pouvoir d’engendrer une autre molécule d’eau; elle ne franchit point, en se développant, les limites du lieu imperceptible qu’elle occupe; quand une force est venue la désagréger, plus rien ne demeure qui apparaisse seulement l’ombre d’elle-même. Ainsi en est-il dans toute la nature morte. Tout s’y détruit sans relâche et s’y transforme, dans le conflit incessant des forces : rien ne s’y multiplie, rien ne s’y perpétue. Toute vie. au contraire, tend à grandir, parce qu’elle tend à se multiplier. La vie, en proliférant, envahit sans cesse l’espace, et se prolonge, comme à l’infini, dans la durée. Le pouvoir générateur fait le vivant d’une amplitude merveilleuse. En engendrant, il devient immense et perpétuel ; et, suivant le superbe mot d Aristote, apparaît vraiment de condition divine, partici-
1. Leçons sur les phénomènes de la vie, t. I, appendice , p. 385.