‹ L'ame humaineChapitre 81 sur 203 · Tyndall au Congrès de Londres · texte numérisé non relu

Tyndall au Congrès de Londres

et le concret, et son activité est enserrée dans un ét.roit domaine; quand il cherche et poursuit sa proie, il obéit à un instinct fatal. Les fins auxquelles il se porte sont imposées, non choisies. De plus, il n’a pas une pleine conscience de luimême. puisque son acte le plus élevé n’est que l’exercice d’une faculté attachée à un organe, et qu’une telle faculté ne peut complètement se replier sur elle-même. L’autonomie de l’animal, plus grande que celle du végétal, est encore incomplète; et il y a place au-dessus de lui pour une vie plus parfaite. Aussi existe-t-il, au-dessus de la vie animale, une vie intellectuelle.

L’être intelligent se meut sans entraves, à travers toutes les immenses régions de l’idéal. Le domaine de son activité est vaste comme l’être, le vrai et le bien. Réalité spirituelle, ilpense sa pensée et veut son vouloir. Il a la pleine possession de lui-même. Il a l’idée du bien parfait et sans limites; et comme il découvre à tout bien fini une borne qui lui permet de considérer en ce bien un côté par où il est défectueux et inspire l'indifférence ou même l’aversion, nul bien fini ne le subjugue, et il est maître de son vouloir en face de tout ce qui est moindre que l’infinie perfection. Il choisit donc d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou de faire autre chose. Il est libre enfin, et dispose, par choix, de lui-même, de ses actes et de tout le reste.

Cependant, si autonome que soit l’homme ou

LE PRINCIPE VITAL

l’ange, son autonomie a encore des limites, et il ne peut être le premier vivant. L’opération la plus haute d’une créature, en effet, connaissance ou vouloir libre, n’est pas sa nature même, de même que sa nature n’est pas son existence. L’acte vital, en un tel être, n’est pas l’essence, mais un simple accident, tout comme l'existence. Son acte vital est donc mesuré, déterminé, circonscrit par sanature et par les lois de sa nature : tout comme son existence, étant reçue dans son essence, en subit les limites et les lois; car, |ce qui est reçu doit nécessairement subir les conditions du sujet où il entre; outre que n’étant pas, mais recevant l’existence, il dépend nécessairement d’un autre, pour l’être et pour l’agir.

Mais au-dessus de l’homme et de l’ange, et de tout ce qui est créé, il y a un être qui, étant le premier, n’a reçu l’existence de personne, dont l’existence est l’essence même, dont l’opération est la nature, dont l’être et l’exister, l’entendre etle vouloir, sont un seul acte très unique, très simple et très pur ; acte infini, puisque rien ne le borne, acte éternel, puisque rien ne le commence; acte qui excluttouteidée de dépendance quelconque, puisqu’il est seul dans un ordre inaccessible à tout autre. Cet être est Dieu. Mais Dieu, étant le seul, disait le vieux Simonide. qui ne dépende de chose quelconque, Dieu est le seul libre. Il est l’autonomie absolue. Aussi est-il la première et la plus haute vie, disons-nous avec Aristote, le vivant éternel et

parfait : Oagsv os tov Osov stva'. Çwov à;'oiov, àpiatov L L’on a écrit : « Nulle expression ne suffit à caractériser le contraste que présentent les corps inanimés et les êtres vivants; même dans les plus humbles, la vie apparaît comme une manifestation d’un ordre très supérieur 1 2. » Et, « en fait, rien n’est plus tranché que la ligne qui sépare le monde organique du monde inorganique : c’est peut-être le seul cas où toute transition fasse défaut; de telle sorte qu’ici le principe « naturel non facit .sait uni » subit une exception 3 ». Quiconque se mettra bien en face de l’autonomie qui distingue le vivant, jugera que ce langage exprime la pure vérité.

Et maintenant donnons une réponse définitive à la question qu’il s’agissait de résoudre, dans cette première partie de notre chapitre. Faut-il admettre, dans le vivant, un principe supérieur aux forces physiques et chimiques? Notre réponse ne saurait plus être douteuse, et la voici :

Qu’on signale des points de ressemblance, tant que l’on voudra, entre les corps vivants et les corps bruts; qu’on fasse la part aussi large que possible à la physique et àlachimie, dans le jeu de

Page 1