‹ L'ame humaineChapitre 85 sur 203 · Ibicl., p · texte numérisé non relu

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.« Il est Lien évident que les actes de la nutrition sont des actions purement chimiques; mais il est non moins clair que ces actions chimiques, en vertu desquelles l’organisme s’accroît et s-édifie, s’enchaînent et se succèdent en vertu de ce résultat qui est l’organisation et l’accroissement de l’individu animal ou végétal. Il y a comme un dessin vital qui tracé le plan de chaque être et de chaque organe, en sorte que, si, considéré isolément, chaque phénomène de l’organisme, est tributaire des forces générales de la nature, pris dans leur succession et dans leur ensemble, ils paraissent révéler un lien spécial: ils semblent dirigés par quelque condition invisible dans la route qu ils suivent, dans l’ordre qui les enchaîne. Ainsi les actions chimiques synthétiques de l’organisation et de lanutrition se manifestentcomme si elles étaient dominées par une force impulsive ■gouvernant la matière, faisant une chimie appropriée à un tout, et mettant en présence les réactifs aveugles des laboratoires, à la manière du chimiste lui-même. ».

Ainsi l’on nous dit d’une part : la force vitale émanée du monde physique trace le plan de chaque être et de chaque organe, relie entre elles, enchaîne, ordonne , dirige les synthèses chimiques, domine , gouverne comme une force impulsive la matière, met enprésencelas réactifs aveugles, à la manière du chimiste lui-même ; et l’on nous dit, d’autre part, quela force vitale est Viciée que nous

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nous formons do l’unité dans la succession de tous les changements morphologiques et chimiques du vivant, qu’elle est uneconception de notre esprit; une force métaphysique, qui n’est pas active à la façon d’une force physique, qui ne sort pas du domaine intellectuel, pour venir réagir sur les nhénomènes, qui n’exerce aucune influence. Cette phraséologie embrouillée et vague est indigne de la science, et cette hésitation à proclamer une vérité que l'évidence impose, mais que le préjugé repousse, est indigne d’un savant.

La force vitale est une idée de notre esprit : oui, sans doute, puisque nous la concevons. Mais hors de nous, est-elle aussi une réalité? Oui, sans doute, puisqu’elle exerce une action réelle, une influence constatée; La force vitale est une force métaphysique, qui n’est pas active à lafaçond’une force physique : je lo crois bien ; il est par trop clair que, si elle agissait à la façon d’une force physique, il n’y aurait pas lieu d’en parler comme d’une force supérieure à l'ordre physique.

Mais si elle n’agit pas à la façon d’une force physique, agit-elle réellement quand même, à sa façon à elle, d’une manière qui lui est propre ? Oui encore, puisque vous l’observez el nous la montrez traçant le plan des êtres , reliant, enchaînant, ordonnant , dirigeant les synthèses, dominant, gouvernant comme une force impulsive la matière. « Elle met, dites-vous, en présence les réactifs aveugles des 'laboratoires, à la. manière

du chimiste lui-même. » Ma is, est-ce donc que le chimiste, pour n’agir pas à la façon des réactifs aveugles qu’il meten présence, n’agi! pas tout aussi réellement qu’eux, bien que d’une manière supérieure ? C’est de toute évidence. Pourquoi donc le grand Cl. Bernard ne le dit-il pas nettement? — Influence de l’éducation première, du milieu, manque d’une formation philosophique sérieuse, que sais-je ? Mais laissonsCL. Bernard, et raisonnons comme il aurait dù le faire.

Toute action suppose un agent réel ; et toute propriété réelle spécifique suppose, dans l’ètre qui en est pourvu, un principe réel et substantiel d’où elle émane. Donc, les phénomènes vitaux, les propriétés vitales, étant des réalités spécifiques manifestes, le principe vital est une réalité substantielle dans les vivants.

Que si nous tenons à garder ce nom « d’idée » appliqué au principe vital, nous le pouvons à la rigueur; mais, à la condition de l’expliquer et de l’entendre comme les grands Scolastiques. Eux aussi diront volontiers quelquefois que la vie est une idée. C’est que, pour eux, et ils ont bien raison de le penser ainsi, tout être est une idée divine réalisée , et toute existence qui se déroule, l'accomplissement ordonné d’un conseil divin. Mais, comme le remarquent bien ces grands penseurs, l'idée divine, dans les choses, n’est plus une simple conception, elle y devient un être véritable ; elle s’y exprime ou s'y traduit par une nature

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où elle prend corps, « incorporantes siôi, » comme dit si bien Albert le Grand. Si, en Dieu, l’idée divine est un concept, hors de lui, elleestla substance et le fond des êtres, l'ensemble des forces et des énergies qui permettent à chacun de jouer son rôle, et d’accomplir sa part du plan de Dieu. Ainsi, l’idée que Dieu se fait des vivants se trouve à l'état d’être au fond de chacun d’eux ; ainsi, la vie, dans les vivants, est bien une idée, mais une idée devenue être, et qui, de quelque nom qu’on l’y appelle, acte, forme ou force, est une cause vraie, et doit toujours être regardée comme une réalité substantielle l.

Le principe vital est une réalité substantielle : j’ajoute qu’il est une réalité une, une jusqu’à être simple et indivisible. C’est la conséquence nécessaire de cette harmonie, de ce concert que l’on observe dans les opérations du vivant. Il y a plus

de vingt siècles que le grand Hippocrate affirmait cette vérité, et la consacrait dans une de ces formules simples, nobles et fortes, dont l'antiquité avait le secret, et contre laquelle rien n’a jamais pu ni ne pourra jamais prévaloir. « Dans le vivant, le principe de tout est le même; il n’y a aussi qu’une fin, et la fin et le principe sont uns... Dans l’intérieur est un agent inconnu qui travaille pour le tout et pour les parties, quelquefois pour certaines et non pour d’autres... 11 n’y a qu’un

1. Albert le Grand, Physic., lib. II, tractat, 3, c. iv. — Saint Thomas, Pliysic., lib. Il, leet. xiv.

I > u t . qu'un effort. Toutle corps participe aux mêmes affections ; c’est une sympathie universelle. Tout est subordonné à tout le corps, tout l’est aussi à chaque partie. Chaque partie concourt à l’action de chacune des autres. »

La science du xixe siècle est obligée de tenir rigoureusement le même langage. Je n’en veux donner pour preuve que le témoignage suivant de Cl. Bernard, qui, tout absorbé qu'il a été par l’analyse, et justement accusé d’avoir beaucoup trop laissé dans l’ombre l'unité synthétique du vivant, n’a pourtant pas su s’empêcher d’écrirë ces paroles décisives : « Le physiologiste et le médecin ne doivent jamais oublier que l’être vivant forme un organisme et une individualité...

II faut donc bien savoir que, si l'on décompose l’organisme vivant en isolant ses diverses parties, ce n’est que pour la facilité de l’analyse expérk mentale, et non pour les concevoir séparément1. En effet, quand on veut donner à une propriété physiologique sa valeur et sa véritable signification, il faut toujours la rapporter à l’ensemble, et ne tirer de conclusion définitive que relativement à ses effets dans cet ensemble. » Ces paroles du physiologiste français ne semblent-elles pas une simple paraphrase de celles du médecin grec, que nous rapportions tout à l’heure : « Il n’y a qu’un but, qu’un effort... C’est une sympathie

1. C’est au contraire pour les concevoir séparément , mais non pas pour les concevoir séparées : « Separatim. non separata. »

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universelle. Tout est subordonné à tout lé corps, tout l’est aussi à chaque partie. » Mais, ajouteraije, n’appellent-elles pas aussi, comme une conséquence rigoureuse, le reste de l’aphorisme hippocratique : « Le principe de tout est le même : il n’y a aussi qu’une fin, et la fin et le principe sont uns. »

L’opération vitale est une, l’activité vitale de tous ces organes, de tous ces millions de cellules est une, dans son but et dans son effort. Donc le principe vital est un dans son être ; car l’un ne peut venir du multiple. L’unité seule engendre l’unité.

Le principe vital est un : mais, comme je l’ai dit, il est un jusqu’à être simple et de soi indivisible. En aucun genre, en effet, le principe premier et radical de l’unité ne peut être de soi multiple ni divisible: il aurait besoin lui-même d’un, principe d'unité, et ne serait plus, par là même, le principe d’unité premier et radical. Or, par principe vital nous entendons toujours, qu’on ne l’oublie pas, le principe radical et premier de l’unité, soit de l’être, soit de l’opération des vivants b

S’il fallait, du reste, une autre preuve, plus facile à saisir, que le principe vital est indivisible et simple, nous l’aurions dans ce fait indéniable que la même vie est répandue et circule dans

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