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De l'Ame, lib. I, fin

au contraire, que la vieet laponsée, en nous, procèdent d'une même source.

Un autre fait de conscience, non moins certain, non moins facile à constater, nous entraîne à la même conclusion. Qui n’a remarqué la dépendance réciproque où se trouvent toutes nos facul tés, dans l’exercice 'de leurs opérations?. Soyez vivement préoccupé par une pensée, pénétré d’un sentiment profond, qu’arrive-t-il ? Toute votre activité psychologique, tant que vous demeurez sous le coup de cette pensée ou de ce sentiment, est en quelque sorte concentrée sur un seul point: votre imagination, votre mémoire s’arrêtent; vous ne voyez plus, vous n’entendez plus ce qui se passe autour de vous. Votre sensibilité reste comme suspendue et interdite. Mais ce n’est pas seulement la sensibilité qui peut ainsi être arrêtée, et eomme paralysée, par suite de l'action qu’exerce sur vous la pensée ou le sentiment ; la vie organique elle-même est atteinte, et c’est une observation devenue banale, que les grandes idées et les grands sentiments en remuent et bouleversent parfois de fond en comble toute l'économie ; qu’une bonne nouvelle peut ranimer la vie presque éteinte, une mauvaise nouvelle foudroyer ; qu’une joie douce, la paix et la sécurité de l’àme aident, que l’agitation de l’esprit et la tristesse prolongée font languir et endommagent l’organisme.

Ces faits, et, tant d’autres qui concernent les

AME PENSANTE ET VIE ORGANIQUE

rapports 'du physique et du moral, s’expliquent tout naturellement, une fois admise la doctrine qu’une seule et même âme, dans l’homme, est le principe commun (tes trois vies dont il est lesujet, et que son activité tout entière a ses racines dans un même acte substantiel. Mais si vous supposez, au contraire, qu’il possède en lui-même deux oi> plusieurs âmes distinctes par leur nature, leurs puissances et leurs opérations, Vous aurez beau chercher, les faits vous demeureront inexplicables l.

Je n’apporterai pas ici d’autre preuve de cette thèse : que l’âme raisonnable est le principe de notre vie organique, parce que, dans un prochain chapitre, en expliquant ex professo le mode suivant lequel l’âme est unie au corps, je serai mis dans la nécessité d’approfondir cette doctrine, et de la confirmer par des arguments nouveaux.

Mais je veux répondre aux principales difficultés que nous oppose le vitalisme exagéré. El pour être bien sûr de les reproduire avec toute leur force, je vais les emprunter à un auteur dont personne ne contestera la compétence ni le talent; et les transcrire mot à mot d’un livre connu de tout le monde savant, et qui, au sentiment des meilleurs

1. Ainsi se trouve justifiée la supposition que nous avions faite, dans notre troisième chapitre, que la même âme est, en nous, Te principe de la connaissance sensible et de la- pensée. Somme théoloyique, I, q. lxxvi, a. 3.

juges, est une gloire, non pas seulement pour le professeur 1 qui l’a écrit, mais pour toute l’illustre Faculté dont il est membre 2.

Après avoir magistralement établi qu’il existe « un ensemble de caractères... qui séparent entièrement les phénomènes vitaux des phénomènes physiques... et ne permettent pas d’expliquer la vie par les seules transformations du mouvement extérieur », l’éminent auteur continue en ces termes 3 : « Ce qui me fait, avec l’École de Montpellier, repousser cette doctrine (que l’âme raisonnable est le principe vital) , c’est que je 11e trouvepas dans les manifestations vitales les grands caractères essentiels que nous avons assignés aux phénomènes intellectuels et moraux, et particulièrement l’intelligence et la liberté.

« On tombe dans un ontologisme regrettable et contraire aux faits, quand on admet dans tous les actes vitaux une appropriation libre et intelligente vers un but toujours heureux. On arrive ainsi à voir dans toutes les maladies une réaction, un effort salut aire, qui condamne alors le praticien à l’inaction la plus complète, et le fait assister en simple spectateur à la lutte engagée sous ses yeux.

« De plus, le principe de la pensée a une existence indépendante de la matière, et il survit au

1. M. le Dr J. Grasset, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier.

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