‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 10 sur 42 · Qu'elles n'occasionent pas une perte du temps · texte numérisé non relu

Qu'elles n'occasionent pas une perte du temps

4.* Qu'elles ne blessent en rien les intérêts de la charité , et ne fassent pas une espèce de séparation d'avec les autres personnes avec qui l'on doit vivre.

Que si elles portoient à Dieu , elles seroient saintes , salutaire^» et c'est là surtout ce gue Ton doit chercher, autrement on risqueroit de ne chercher que soi-ipéme » et on ne se trouveroit souvent que pour sa perte et pour son malheur*

PRlkBB.

Mon cœur n'est fait que pour vous , ô mon Di«u ! détachez-le , non>seulement de tout ce qui pourroit l'éloigner de vous , mais encore de tout ce qui pourroit y former quelque réserve»^ quelque partage, y jeter l'agitation et le trouble , en trop occuper les affections et les sentimens , y causer des inquiétudes et des remords ; c'est dans vous seul qu'il peut trouver son bonheur et sa paix , c'est pour vous seul qu'il doit respirer et vivre. Je vous le consacre dès ce moment pour toujours, je n'ai que trop long- temps éprouvé le néant et le vide, souvent le danger et l'amertume de tout le reste : vous seul , ô grand Dieu ! vivez et régnez désormais dans mon cœur.

on 60NDVITE SPIBITTTBLLE. 4$

QUATBI^MB OBSTACLE A LA VIE INTÉBIBUBE.

Le manque de générosité , de courage ^ à nous vaincre et à nous faire violefice*

Le Sauveur du monde nous a annoncé que le royaume des Gieux souffre violence , qull n'y a que ceux qui ont assez de courage pour se faire cette sainte violence , qui en obtiennent la possession : regnum cœlorum vim patiturm^ {Matth. 11.)

Ce n'est qu'à ce prix qu'on peut l'acheter ; il faut combattre généreusement « pour être glorieusement couronné ; or c'est souvent ce courage et cette générosité qui nous manquent:

nous portons dans nous un grand fonds de lâcheté , de pusillanimité , de langueur , qui noua rend comme incapables de tout effort généreux; nous avons souvent de bons sentimens , noua prenons quelquefois de saintes résolutions p nous formons de grands projets de conversion ^ de sanctiGcation ; ensuite , quand il faut mettre la main à l'œuvre et en venir à l'exécution p le moindre obstacle nous arrête, la moindre difficulté nous étonne; quand il faut prendre sur. nous , quand il faut pratiquer quelque péniten*^ ce , quand il faut faire quelque mortification , offrira Dieu quelque sacrifice » en un mot , remporter quelque victoire sur nous , le décourage*

50 L*An IHT&miBQtB »

ment nous saisit, les forces nous manquent»

tonte notre ardeur vient à se ralentir , et nous » qui avions paru déterminés aux actions les plus héroïques , nous nous trouvons arrêtés dès les premiers pas par les moindres obstacles.

Cependant ce n'est que par cette violence salutaire que nous pouvons entrer dans la voie intérieure où Dieu nous appelle ; pensons que nous avons mie infinité d'ennemis armés contre nous» qui nous attendent à Tentrée de la vote qui conduit à la vie : nos passions , nos mauvaises habitudes 9 nos mauvais penchans» lanature alarmée, l'amour propre eflrayé, dans tout cela autant d'ennemis conjurés contre nos projets de sanctification ; si nous no nous armons con* ire eux et contre nous-mêmes , nous ne ferons jamais un pas dans cette voie intérieure; nous resterons toujours à la porte sans progrès , sans avancement, sans mérite. ^

Et n'est-ce pas , en effet , de ce manque de courage à nous armer et à nous vaincre que vient l'état de tiédeur et d'imperfection où nous languissons toujours ? Après bien des années , après bien des grâces , après des résolutions mille fois prises, tout au plus après quelques foibles efforts, quelques légères tentatives , nous restons à peu près les mêmes , nous n'avons fait 9 en quelque manière , que tourner autour d'un cercle d'imperfection , et nous en rêve* nous à peu près au même point d'où nous étions partis. Délas I combien même , après bien des i

années passées , à ce qu'on croit , au service de Dieu , sont peut-être moins ardens , moins gé« néreux, moins prompts à la pratique du bien » à la mortification , à la pénitence , qu'ils ne Té* toient quand ils commencèrent à se donner à Dieal

Ne nous flattons^ ne nous abusons point, il en coûte pour se faire saint , la voie du Ciel est étroite ; il en est peu qui aient assez de généro^' site pour y eàtrer , pour y marcher , pour y persévérer constamment , pour y avancer chaque )our à grands pas : soyons de ce nombre , et pour nous y engager , pour nous y résoudre »

pensons à ce qu'ont fait et souffert tant de saints pour le devenir ; considérons les élus qui sont dans le Ciel ; d'où viennent-ils , et par quel che*^ min sont' ils arrivés au terme ? Les uns viennent du fond des forêts , des antres et des cavernes » où ils se sont généreusement ensevelis eux-mêmes , pour ne s'occuper que de Dieu et oublier pour toujours le monde; les autres sortent du sein des prisons et des cachots , où ils ont rendu on témoignage glorieux à leur foi; les autres, plus généreux encore , se sont élevés en vain* qaeurs de dessus les échafauds dressés , les bft« chers allumés , les roues , les gibets , tous les iostruroens sanglans du martyre , qui a consommé leurs combats et assuré leurs triomphes. Dieu n'en demande pas tant de nous , mais I ne demande-tr-il que ce que nous faisons ? ]| ne met pas notre foible courage è de si grandes

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épreuves ; mais du moins les légères épreuTes qu'il exige de nous , les supportons-nous avec un courage digne de ces héros chrétiens dont nous devons être les successeurs et les fidèles copies? Nous avons hérité de leur foi » avonsnous hérité de leurs sentimens ? Où est cette générosité , celte ardeur , ces saints transports^ qui les rendoient supérieurs au monde et à toutes ses pompes , supérieurs à eux-mêmes et à toutes leurs foiblesses » supérieurs à tous les obsta-^ clés et \ toutes les répugnances de la nature?

Enfin » si la foiblesse naturelle , si la misère humaine continue à nous arrêter , à nous étonner à la vue des combats qu'il nous faut livrer h nous-mêmes , et de la sainte violence qu*il nous &ut faire pour entrer dans le royaume de Dieu, faisons ces trois réflexions salutaires qui répondront à tout , et seront peut-être capables de nous déterminer à tout.

1.^ Il est constant que Dieu , que notre salut, que notre sancliGcation le demandent de nous» et que dès lors c'est une obligation absolue pour nous de nous y déterminer ou de renoncer à no^ tre bonheur éternel.

2.^ Dès que Dieu le demande de nous , il est certain epcore qu'il nous donnera les secours et les grâces nécessaires pour cela » et non-seule-* meot les grâces nécessaires , mais des grâces nbondantes et proportionnées aux victoires qu'il noqs faudra remporter*

S."* Il est également certain qu'avec la grâce

ou CONDUITE 8PIRITUBLLE. 53

nous pouvons tout , et que comme sans elle nous sommes incapables d'aucun effort méritoire »

aussi avec son secours nous sommes en état de triompher de toutes les difficultés et de tous les obstacles.

Ranimons donc notre courage , réveillons dans nous les sentimens que la générosité de la foi , que la vue du ciel , que l'espérance , Tattente , la possession d'une éternité bienheureuse doivent nous inspirer : si cette foi vit encore dans nos cœurs , et si le sang chrétien coule eneore dans nos veines , montrons- le dans nos œuvres*

Enfans des Saints » formons le désir sincère de le devenir, mettons-nous au-dessus des vaines frayeurs de l'amour propre , des vaines alarmes de la nature , des vains efforts des démon». Appelés à une vie intérieure et divine, comptons sur les secours divins , et entrons avec un nouveau courage , une nouvelle ardeur dans la voie que la bonté de Dieu veut bien nous ouvrir encore; la couronne nous attend au terme , et peut-être bientôt Dieu daignera- t-il nous y appeler , pour couronner lui-même nos travaux » DOS efforts et tous nos combats.

PRATIQUES

1.* Prions souvent le Seigneur de nous donner la force de surmonter les foiblesses de la oalore , et les répugnances de l'amour propre.

84 l'ahe intérieure,

2." S! les actes héroïques nous étonnent , nous arrêtent d'abord , commençons du moins par quelques sacriCces légers , par quelques mortî*fications journalières » et préludons aux grands combats par ces légères victoires.

3.* Rappelons lels exemples des Saints qui ont généreusement semé dans les larmes , mais qui •nt heureusement recueilli dans la joie.

PBIËRB.

Dieu puissant, qui connoisseiK ma foiblesse ^ soutenez-moi de la force de votre bras; c*est pour vous , à la vérité , que je combats , mais c'est contre moi-même que je dois combattre ; quel autre secours puis- je avoir contre moi^ qpe le vôtre ? je vous Je demande dans fouie rétendue de mon cœur ; du sein de ma misère»

j'élève ma foible voix vers votre grande misé* ricotde ; si , comme je l'espère , je viens enfin à bout de me vaincre , à qui pourrai^ je en attrî* huer la victoire » qu'à votre grâce ?

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