‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 11 sur 42 · LES EXERCICES · texte numérisé non relu

LES EXERCICES

1j£s exercices de la vie intérieure consistent surtout dans les réflexions et dans les œuvres : les réflexions sur les grands objets qui occupent et élèvent Tâme ; les pratiques qui animent et sanctifient {toute la conduite. Au reste , en parlant de Tâme intérieure , on ne prétend point fornGier une âme tellement enfoncée dans la re^ traite et la solitude , qu'elle se refuse aux devoirs de la société et aux usages de la vie civile ; ni tellement occupée d'exercices sublimes , de vertus héroïques , qu'elle néglige les actions con>munes et ordinaires : non» sans doute; toute personne qui remplira les devoirs de, son état, les devoirs même les plus communs , mais qui les remplira dans un esprit véritablement intérieur, c'est-è-dire, avec pureté d'intention , se conservant autant qu'il est en elle dans le recueillement et la préseiïce de Dieu , lui offrant toutes SCS actions uniquement dans la vue de lui plaire. et de le servir; cette personne doit être regardée comme véritablement intérieure : ella ne paroltra presque faire au dehors que ce que font les âmes ordinaires , mais elle le fera avec beaucoup plus de perfection et d'une manière ^ pkis digne de Dieu. A ce prix elle pourra maiv

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cher dans la voie intérieure et s'y sanctifier selon les vues de Dieu et de la grâce sur elte. Il sera à propos , dans les articles suivans , de se rappeler cette juste idée de la vie intérieure.

La considération des grandeurs de Dieu.

Le véritable , et à proprement parler , Tunn ^ue objet qui doit occuper l'âme intérieure , el à qui elle doit consacrer ses pensées et ses seivtimens , c'est celui qui lui a donné l'être » ei qui ne l'a formée que pour lui.

Dieu est le seul véritablement grand , et la source de toute véritable grandeur ; n^ais ces grandeurs ineffables » une langue mortelle mé^ vite-telle de les publier? le langage même des anges pourra-t-il jamais les dignement célébrer?

Etre suprême , premier principe et fin dernière de tous les êtres ; saint dans ses pensées , sage dans ses vues , impénétrable dans ses conseils, immense dans son étendue» éternel dans sa durée, riche dans ses récompenses, juste dans ses châtimens , tout-puissant, admirable, ineffable dans toutes ses œuvres.

Son trône est dans les Gieux , la terre est l'escabeau de ses pieds ; plus vaste que la mer , plus élevé que les cieux , plus profond que les enfers^ il embrasse tout , il pénètre tout , il vivifie tout, il agit dans tout. C'est lui qui élève les monta* gnes f qui abaisse les collines , qui soutient la

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terre balancée dans les airs ; son nom est le Pieu très haut, le Dieu fort , le Dieu des ver- ^ tus , le Dieu des armées.

II parle au néant, et il lui fait entendre sa Yoix ; il appelle les choses qui ne sont pas ^ comme celles qui sont ; la paix , la guerre , la maladie , la santé , la vie et la mort sont entre ses mains ; il distribue les royaumes et les anéantit ; il plante , il arrache , il élève , il détruit , il mortifie , il vivifie , et rien ne résiste à sa volonté souveraine.

Indépendant en lui-même , il se soumet tout ; heureux par lui-même , il fait part à tous de ses dons ; inaccessible dans son essence , il se rend sensible dans toutes ses œuvres.

Homme mortel 1 quand tu considères ce grand ouvrage qu'on appelle le mondes le rapport admirable de ses parties , Tordre des saisons, des jours et des nuits; la régularité , la constance du mouvement des cieux, les astres qui brillent sur ta tête et qui annoncent sa gloire , peux>ta ne pas reconnoitre que toutes ces choses ne se gouvernent pas par elles-mêmes , et qu'une in«telligence suprême les règle , les dirige , les conduit à leur fin ?

Oui , il y a un Dieu , un Etre souverain qui règne sur cet univers ; il est revêtu de puissance et de force ; il est lui-même son bonheur et sa gloire; il étoit lorsque rien n^étoit encore ; il étoit sans avoir jamais commencé d'être ; il vou«» lut se manifester au dehors p et ce fut assez de

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le vouloir, le monde parut à Tinstant, et par son existence même il bénit et gloriiia son auteur.

Or » cet Etre suprême , tout grand , tout puissant , tout éternel , tout immense qu'il est » nous sommes créés pour lui , nous sommes destinés à la participation de tous ses biens , de tous ses trésors ; nous pouvons avoir part à sa gloire , et entrer un jour en possession de son règne et de son bonheur. Comment tous les hommes ne sont-ils pas sans cesse occupés de ce grand ob« jet, soutenus de cette grande espérance, ani* mes de ces grands sentimens ? Gomment ions les esprits ne s'élèvent-ils pas à la contemplation de ces perfections adorables ? Gomment tous Ic^ cœurs ne soupirent-ils pas après ces beautés ineffables ? Un Dieu s'offre à eux , se donne à eux ^ leur demande leur cœur , pour assurer leur sort, et les hommes se refusent à leur bonheur. Ils n'ont que quelques jours à passer sur la terre pour mériter la possession de cet Etre suprême, de ce souverain bien , et ce peu de jours ils les sacrifient au monde qui les séduit , aux passions qui les aveuglent , au néant des choses périssa* blés qui bientôt vont s'échapper de leurs mains et s'éclipser à leurs yeux.

Homme pécheur l l'auteur de ton être t'a mis au pied de son trône , afin que tu l'adores , que tu le serves , que tu publies ses louanges et ses^ grandeurs, que tu respectes sa loi , que tu observes ses commandemens ; ingrat, Insensé ,

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c'est Ih uùe voix qui t'appelle , et tu la mécon--' nois; c'est un devoir qu'il t'impose, et tu les transgresses : ignores-tu que celui qui t'a formé a mille moyens de te perdre? Tu redoutel des hommes mortels, tu es effrayé des vaines menaces du monde , et tu ne redoutes pas la colère de l'Eternel. Quelle frayeur ne t'inspire pas un incendie qui s'allume, un fleuve qui se déborde , une affreuse tempête qui te surprend au* milieu des mersl et tu ne penses pas que lesflammes éternelles sont allumées par le souffle de la colère du Tout-Puissant, que tous les flots de la vengeance céleste sont débordés contre toi ; sa foudre est suspendue sur ta tête : le Dieu irrité et vengeur peut à tous les instans ordonner à la mort de te frapper, et tu es précipité dans le profond abtme de tous les malheurs ; il ne t'avoit créé que pour te rendre heureux , et en l'abandonnant tu ne travailles qu'à ta perte et à ton miilheur.

Or , comprends enfin quelle est encore sa lK)nté et sa miséricorde envers toi ; malgré ton «bandon et toutes tes offenses , il est encore prêt à te recevoir à présent dans son cœur, et à te recevoir un jour dans sa gloire , si , revenant sincèrement à lui , tu es enfin résolu à ne vivre et à ne respirer plus que pour lui.

Ici , quel sujet de méditation pour une ôme intérieure ! Quand d'une part elle considère co Dieu si grand , si saint , si bon , si puissant , qui DQ^rite les hommages de toutes ses créatiires;

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et que de l*autre elle voit ce même Dieu de toate bonté et de toute beauté, mécooDu , oublié , abandonné , outragé par tant d'âme» qui aenblent ne vivre que pour l'oflenser, de quels seoiimens , dis-je » doit être pénétrée une âme qui aime véritablement Dieu?

Quelle douleur de le voir ainsi olFenaé I qael désir de réparer ces outrages t quel z^ , quel empressement, quelle ardeur pour procurer sa gloire , pour le faire conuottre , servir et aimer de toutes les créatures t quel motif surtout pour elle de le servir, de Tadorer, de Taimer plus parfaitement, et par sa fidélité , son amour, de le dédommager de l'indifféreoce et de l'abaudon de tant d'autres t

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