PRATIQUES ET RÉSOLUTIONS
i.^ Estimer, respecter la grâce comme le don de Dieu le plus précieux ; la momdre des grâces est préférable à tous les trésors.
2.^ Promettre une fidélité inviolable à la grâce ; plus nous l'ayons contristée » plus nous devons lui être dociles.
5.^ Demander souvent pardon à Dieu , du funeste abus que nous en avons fait , et le déplorer toute notre vie.
4*^ Espérer encore de la bonté de Dieu , les nouvelles grâces qui nous sont nécessaires , nonseulement pour notre salut , mais encore pour notre perfection.
b.^ Demander surtout ta grâce d'une sainte persévérance , et ta demander par Tintercessioa de Marie j qui est la mère de grâce par exceK ience.
Toute cette considération est réunie sous ces trois points de vue ; i.** que nous avons la grâce ; 2.® *jue nous devons profiller de la grâce ,
OTT CONDtlTB ^ÎRITUBLLE. 85
5.* que nous rendrons compte du bon ou du mauvais usage que nous aurons fait de la grfice ; et ce compte, c'est peut-être demain que nou» le rendrons.
te
pbiIre»
Dieu tout-puissant, principe de tout hîem^ source de tout don parfait , ce n'est que de vo» mains libérales et de votre cœur bienfaisant que )e puis attendre et receroir le secours de vo» grâces ; je vous les demande avec toute la con* fianoe et l'ardeur dont )e suis capable. Je sai» que je ne les ititérite pas , et que je m'en suis rendu mille fois indigne , par l'abus criminel que j'en ai fait ; mats quelque grandes qu'aient été mes résistances à votre grâce , je n'ai pas épuisé ses trésors ; daignez donc encore répan<< dre sur moi cette céleste rosée ; préparez vousmême mon cœur à la recevoir , afin que cette terre » toute stérile qu'elle a été, produise enfin des frujts de salut. Je vous demande ces grâces , par les mérites de mon adorable Sauveur ; ses plaies sont toujours ouvertes comme autant de canaux d'où découlent tes secours du ciel pour le salut des pécheurs. Ecoutez la voix de sou sang et de mes misères ; elles sont extrêmes , x&ais votre miséricorde est sans bornes : de ma part je vous promets , 6 mon Dieu ! une correspoodance inviolable aux grâces que vous dai- Çnerez encore m'accorder ; l'abus même que \ta ai fait par le passé > sera pou-r moî na m-i-
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tifpuissaDt pour être à Taveair plus fidèle. Grâce de mon Dieu I pardonnez mes résistances ;: affermissez mes résolutions» soyez mon soutien et ma force , jusqu'au dernier soupir de ma vie» Ainsi soit-il.
La prière au nom de Jésus-Christ.
La prière a été dans tous les siècles et dans tous les temps » une pratique nécessaire et indispensable ; c'est un hommage rendu à la grandeur suprême de Dieu ; c'est un secours préparé à la foiblesse de l'homme ; c'est un exercice essentiel à la religion » et dès lors la prière a toujours été une pratique sainte , salutaire , et digne de Dieu; mais depuis Jésus-Christ, et dans la nouvelle alliance , la prière faite en son nom a été élevée à une dignité bien plus éminente , et revêtue d'une force bien plus efficace. Sur quoi voici deux vérités bien glorieuses à la foi , et bien consolantes pour les âmes fidèles- Première vérité. Il est constant que quand nous prions, ce n'est pas nous seulement qui prions, c'est Jésus- Christ même qui prie dans nous et avec nous ; voilà la dignité de la prière» Seconde vérité. Il est de foi que toutes le& prières que nous faisons, sont exaucées , et ont ;oujoiirs leur eflbt ; voilà l'ellicacité de la prière» Ces deux vérités bien considérées nous animeront , nous engageront 5 offrir avec plus de sen*
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tlmens Tbommage de notre prière , et à rendre grâces- à Jésus-Christ, qui a élevé la prière à un degré si éminent et comme tout divin.
1.*^ Vous priez , âme fidèle , et en priant vous pensez que c'est vous seule qui priez ; vous vous trompez, c'est Jésus-Christ même qui prie avec vous, qui prie dans vous. Oui, c'est non-seulement en son nom que vous priez, mais c'est lui-même qui prie son Père céleste dans vous et pour vous : Egorogabo Patrem, {Joan» 14») C'est lui-même , c'est son esprit , dans lequel nous prions : Inquo clamamtis , Abba Pater; ( Bom. 8. ) ou plutôt c'est l'Esprit saint qui prie lui-même dans nous , et qui pousse en notre foveur des cris et des gémissemens ineffables vers le ciel : Postulat pro nobis gemitibus inonarrabilibus. ( ibld, )
Avons-nous jamais fait cette réflexion consolante que nous présente la foi ? Non , ce n'est point l'homme seul qui prie , qui gémit , qui se confond devant Dieu ; c'est Jésus-Christ même, auteur et consommateur de la foi , qui prie , qui supplie , qui gémit en nous ; en sorte que ce que dit autrefois Jésus-Christ à ses apôtres , pour la conduite de l'Eglise en général , il le dit en particulier à chaque fidèle dans la prière : Eece ego vobiscum sum. ( Matth* 28. ) Voici que je suis avec vous, et avec vous dans tout ; avec vous souffrant, avec vous agissant, avec vous espérant , et surtout avec vous priant ; c'est pourquoi 9 quand deux personnes sont réunies
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daDS la prière en mon noni'» je sois moi-même avec elles et au milieu d'elles. Comprenons donc que quand nous prions » il est Trai de dire à la lettre et dans un sens réel , que nos prières ne sont pas à nous , mais à Jésus-Cbrist , et que dès lors nos prières sont en quelque manière toutes célestes et toutes divines. Telle est la dignité de la prière dans les vues de la foi.
9.* Disons quelque chose de plus consolant encore sur l'efficacité de la prière. Jésus- Christ est dans nous , lorsque nous prions , à peu près comme il est dans la personne du pauvre » lorsqu'il nous prie : or , si Jésus-Christ , dans la personne du pauvre, donne un tel poids à ses prières , que nous ne sommes pas en droit de les rejeter quand nous sommes en état de le soulager , jugeons par là même si Jésus-Christ , dans la personne qui prie , ne donne pas à la prière une force , une vertu , une essence comme infaillible et toute-puissante , à laquelle le Tout- Puissant même ne peut résister.
Il y a plus , et Ta parole de Jésus- Christ même là-dessus est expresse : demandez, nous dit- il ^ et vous recevrez : petite et aceîpietis» {Joan, 1 6.} Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom , vous sera accordé : Quodcumque petteritis Patrem in nomine meo, dabit vabis* ( Ibid. ) Voilà l'oracle de la vérité ; et dès lors,, voilà un article de roi, qui nous assure de l'efficacilé de nos prières. Esl«*il rien pour nous dft si grand tout à la fois » et de si consolaai ^
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Mais , dira-t-on sans doute» si telle est la dignité , reflicacitéetla force de nos prières , comment arrive-t-il donc que nos prières aient si peu d'effet et soient si souvent stériles pour nous ? Nous prions , et nous n'obtenons pas ; nous demandons , et nous ne sommes pas exan^ ces : où est donc cette force , cette efficacité d& la prière î
Homme de peu de foi ! vous vous plaignez que vos prières ne sont point exaucées ; mai» je TOUS demande , si ce que vous sollicitez ne devoit pas vous être utile , s'il devoit même vous^ être préjudiciable, devez-vous être surpris > devez- vous être affligé que Dieu vous le refuse ? L'enfant prodigue demande la portion de soa héritage ; il l'obtient pour son malheur , et il la dissipe. Les Israélites demandent des viandes dans le désert , et quand ils les ont sous ta dent , le feu du ciel les consume ; un père , une mèr^^ demandent à Dieu un enfant, Dieu prévoit que cet enfant seroit un jour la croix et la honte de ses parcns. Or, dans de pareilles demandes, n'auroit-ce pas été dans Dieu la plus grande des grâces de les refuser ? et pour ceux qui les font , n'étpit-ce pas le plus grand des malheurs d'être exaucés ?
Mais , en supposant même que te que vou»
demandez dût vous être utile , si Dieu en vous le refusant , vous accorde quelque chose de^ plus grand et de plu^ avantiigeux , vous croirezvous refusé ? Vous demandez des grâces tempo^
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relies » et il tous en accorde de spiritaelles ; tous demaodez la guérison du corps , et il tous accorde celle de Fâme ; tous demandez la déli- Trance d'une affliction , d'une tentation , et il tous accorde la grâce de la patience et de la Tictoire. Est-ce là tous refuser » est-ce là rejeter Tos prières? HommesaTeugles et semblables aui enfans de 2^bédée I tous ne saTez ce que tous demandez , et Dieu sait ce qu'il tous accorde. Laissez à Totre Dieu tout conduire , et disposer de tout. Vous demandez la graisse de la terre, et il TOUS donne la rosée du ciel ; tous demandez la cessation du combat , et il tous prépare la couronne dans le triomphe. En un mot, il est de foi , oui , il est de foi que toute prière Lien faite est toujours exaucée , et qu'elle obtient toujours de Dieu , ou ce qu'elle demande , ou quelque chose de plus salutaire : donc , si nous ne sommes pas exaucés dans nos prières, c'est que nous prions mal. Au lieu donc de nous plaindre deriueflicacité cl de la stérilité de nos prières , ne pensons qu'à leur donner les qualités et les conditions nécessaires pour les rendre agréables à Dieu, et capables de s'élcTor jusqu'au trône de sa mise^ricorde. Les Toieî :
!.• Prière fondée sur Phumililé : faut- il pour cela d'autre pensée que la pensée de ce que nous sommes, et de ce que Dieii est? Le Dieu saint , le Dieu fort, le Dieu des armées ; et moi créature , moi ver de torre , moi criminel et pécheur : ainsi prioillcfiJèle Abraham. Je par-
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lerai au Seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière ; Loquar ad Dominum^ cum sim pulvis et cinis, ( Gènes. 18. ) Ainsi prioit l'humble Publicain; il entre en tremblant dans le Temple , il n'ose approcher de l'autel ; les yeux fixés contre terre , il se frappe humblement la poitrine , et se reconnoissant coupable et pécheur , il ne fait parler que ses soupirs et ses larmes : Propitius esta mthipeceatorL [ Luc, 1 8. ) Est-ce ainsi que j'ai prié jusqu'à présent ? Âl-je établi ma prière sur la connoissance de mon néant, sur la vue des miséricordes , sur la grandeur souveraine de Dieu , sur la crainte salutaire de ses jugemens , sur la douleur et la détestation de mes péchés ? Pénétré de ces sentimens , me suis~je écrié avec le Prophète , humilié et brisé de douleur : De profundis clamavi ad te Domine. ( PsaL 129. ) Seigneur, de la profondeur et de l'abîme de mon néant , je lève vers vous mes cris et mes gémissemens. Ah I je ne suis pas surpris si mes prières ont si peu d'effet : méritent- elles d'attirer vos dons, quand elles sont indignes même de vos regards ? Mon Dieu, ayez pitié de moi , et du moins , dans ce moment , jetez les yeux de votre miséricorde sur les midères de mon âme et sur les soupirs de mon cœur.
2.® Prière, soutenue par la ferveur : et comment ces grands objets , qui doivent nous occuper dans notre prière , n'exciteroient-ils pas toute l'ardeur de nos sentimens? Nous venons
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rendre nds hommages à Dieu , honorer ses grandeurs , demander ses grâces 9 déplorer nos péchés ; et nous rendrons ces hommages , nous demanderons ces grâces avec autant d'indifférence que si nous étions indifférens à les obtenir* Si un criminel digne de mort paroissoit devant son juge , et qu'il espérât d'obtenir sa grâce par le repentir, sa langue au roi t-elle assez d'expressions , son cœur assez de soupirs , ses yeux assez de larmes ? Nous allons à Dieu dans le même motif, comment la ferreui^ des anges , le zèle d«s chérubins 9 les ardeurs même des séraphins ne viennent-elles pas embraser ' nos cœurs ? Mais , quand au lieu de cette ardeur , de cette ferveur » nos prières ne présentent que tiédeur , qu'insensibilité , que dégoût et qu'ennui , comment pourroient**elles s'élever jusqu'au trône de Dieu , trouver grâce à ses yeux et entrée dans son cœur? Telle a souvent été ma prière , ô mon Dieu ! remplie de tiédeur » de langueur , de négligence ; presque sans âme , sans sentiment et sans ' vie ; et dès lors prière défectueuse» indigne de s'élever jusqu'à vous» et de trouver grâce à vos yeux.
5.* Prièreanimée par la confiance. Pour nous l'inspirer 4 remarquons quelle est la première parole que Jésus-Christ met à la tête de la belle prière qu'il nous a lui-même enseignée : Pater ^ notre Père , et le plus tendre et le plus compatissant , lo meilleur de tous les pères. Qliels sentimens devons-nous prendre devant lui» que les
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sentimens des enfans à Tégard de leur père ?
L'amour ^ la tendresse , la coufiaace. Non , mon Dieu , rien ne vous touche et ne vous honore tant que cette sainte confiance , parce qu'elle honore dans vous ce qui vous est le plus cher , votre bonté » votre miséricorde , voilà Tbomma* ge qui vous est tout à la fois et le plus glorieux et le plus précieux ; et voilà l'hommage que je tâcherai de vous rendre dans nia prière. Une confiance intime , sincère et inébranlable. C'est le plus tendre des pères , à qui j'adresse mes vœu% ; son cœur ne sauroit être fermé à ta voix de mes peines et de mes soupirs.
4.* Prière couronnée par la constance et la persévérance. Mais , hélas I telle est' notre inquiétude, notre impatience naturelle; du mo* ment que nous demandons , nous voudrions être exaucés; le temps d'attente est pour nous un temps de souffrance ; les momens paroissent des jours , les jours des années , les années des siècles. Entrons , ô mon âme I entrons dans les vues de Dieu ; comprenons que s'il diffère , c'est pour donner plus d'ardeur à notre prière ; c'est pour nous faire exercer la patience et la foi ; c'est pour nous faire encore plus estimer le bien que nous demandons , et nous engager à le conserver avec plus de soin , quand nous l'aurons obtenu.
Sainte persévérance , tous couronnerez nos yœux; celui qui persévère dans le bien sera sauvé » et celui qui persévère dans la prière sera
gS l'aHB INTiBIEVRE ,
exaucé. Je prierai donc , et je prierai constammenl sans me lasser des longueurs , sans me re* buler des délais ; je prierai et j'attendrai dans une sainte rés^igualion , les eOels de ma prière , tels que tous daignerez en décider. O mon Dieu I si vous m'exaucez bientôt , ce seraom effet de ?os divines bontés ; si vous diJDférez ^ j'adorerai également les desseins de yotre providence; vous disposerez de tout en souverain maître , et je recevrai tout de vous en pécheur suppliant. Vous accorderez par bonté à ma per-' 3évérance » ce qu'aucun autre motif ne pourroit obtenir de vous*
Seigneur, mon .Dieu! je vous adresse, en ce moment la prière. que vous adressoient autrefois les apôtres : Domine ^ doce nos orare» {Luc, 1 1 .) Apprenez-nous à prier. Dans cette grâce » tous nous donnerez les moyens d'obtenir toutes les autres grâces. Non , mon Dieu , je ne vous de* mande pas les richesses^ les biens de la terre ; je ne vous demande pas même les douceurs , les consolations de votre service ; apprenez-moi à vous prier saintement , c'est-à-dire , à vous prier avec humilité , reconnoissant mon néant devant vous ; à vous prier avec une sainte ferveur, qui anime tous mes sentimens en votre présence ; à vous prier avec une intime confiance en vos bon« tés 9 seul motif capable de vous intéresser pour
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Boî; mais surtout à vous prier aVec une constante persévérance : c'est bien le moins que j'attende en patience le temps et les momens de vos grâciss ; heureux encore , si après les attentes et les délais , vous daignez jeter des yeux de compassion sur moi » vous souvenir de vos anciennes miséricordes » et m'en faire éprouver les salutaires efiets.
PRATIQUES
1.® Avoir ses prières réglées pour le nombre et le temps , et s'y rendre inviolablement exact quand une fois elles sont réglées.
s.® Quand pour raison légitime on aura différé- quelque prière , autant qu'on le pourra , la reprendre dans un autre temps.
5.^ Ne point se presser et se précipiter dans ses prières; il semble quelquefois que c'est un fardeau dont on cherche à être bientôt débar-»
4*^ Dès qu'on s'aperçoit de quelque distraction ou de quelque négligence en priant , se remettre aussitôt en la présence de Dieu.
h,^ Sur toutjés choses unir ses prières à celles de Jésus- Christ , en qui nous prions , et par qui ^ nous pouvons mériter d'être exaucés dans notre prière.
En un mot , faisons de la prière notro occupation 9 notre consolation , notre gloire et notre mérite,
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