‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 16 sur 42 · LE SACRIFICE DE LA MESSE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DE LA MESSE

Et te Sacrifice de nou^mêmeB en union de celui de Jésus-Christ.

LiA vie intérieure n'est qu'une continuité de sacrifices que nous offrons à Dieu : quelque grands, quelque pénibles qu'ils puissent être en euxmêmes 9 ils seroient de bien peu de mérite » s'ils n'étoient unis au grand sacrifice de la religion que Jésus-Christ offre et renouvelle encore tous les jours sur ses autels ; c'est par l'union à ce grand sacrifice par excellence que les nôtres sQut relevés , sanctifiés , et rendus dignes de Dieu.

Quelle est l'excellence et le prix du sacrifice de la Messe ? Trois chose» nous le font connoltre»

1.® L'excellence de la victime qui est immo-' lée. s.® La dignité du sacrificateur qui l'immole. 5.* La manière toute divine dont elle est immolée : par là nous comprendrons que le sacrifice de la Messe est en effet un sacrifice tout divin*

1.* La victime qui est immolée tous les jours sur nos autels , c'est le corps , c'est le sang àm=r Jésus-Christ, ce corps adorable formé dans sein d'une vierge , ce sang précieux dont un' seule goutte auroit pu racheter mille mondes en un mot , c'est Jésus-Christ même : jp0$ehêiÊ0

ou CONDUITE SPIRITUELLE. 9S

nostrutn tmmolatus est Ckristus, (i» Cor. i.) Or , ful-il jamais victime plus pure , plus sainte, plus digne de la grandeur et de la majesté de l'Etre suprême auquel elle est immolée ? Telle est déjà par cet endroit l'excellence du sacrifice, s."" La dignité du sacrificateur qui l'immole l c^est encore un Dieu , c'est Jésus-Christ même ; car ne pensons pas que tous les hommes ensem* ble » quelque grande que fût leur dignité , quelque éminente que pût être leur sainteté , soient jamais capables d'ofirir un Dieu : il n'est qu'ua Dieu seul qui est la victime du sacrifice , qui puisse en être en même temps le sacrificateur et le prêtre. Il nous falloit, dit saint Paul» un pontife saint , sans tache , séparé de la contagion des pécheurs, plus élevé que les cieux» qui n'eût pas besoin d'offrir des victimes pour ses propres péchés » avant que d'en offrir pour les péchés du peuple : or , il n'est que Jésus-Christ qui ^it et qui puisse être ce pontife élevé audessus des cieux; le prêtre à l'autel n'est donc que son agent , son ministre , son représentant* Aussi remarquons que quand le prêtre est arrivé a» terme de la consécration , il ne dit pas ; Ceci €ât U corps de Jésus^ Christ, mais ceci est vion corps : c'est donc Jésus-Christ lui-même qui parie par la bouche du prêtre , et qui se sacrifie lui-même par le ministère du prêtre. C'est dans ce sens qu'il est appelé prêtre étemel seloa r<H*drç de Melchîsédecb » puisqu'en renou-

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vêlant tous les jours lui-même son sacriGce » il le renouvellera jusqu'à la fin des siècles.

3.* La manière dont la i^ictime est immolée » est elle-même toute divine , et marque toujours plus rexcellence du sacrifice. Â peine le prêtre •^•il prononcé les paroles de la consécration » que le ciel s'ouvre , un Dieu descend sur la terre , tout Tordre de la nature est renversé» la substance du pain et du vin est détruite » le corps et le sang de Jésus-Christ se trouvent sur l'autel; Dieu lui-même obéit en quelque manière à la voix de l'homme : ô prodige ! le prêtre parle , un Dieu l'écoute ; le prêtre commande , un Dieu obéit. Ce n'est pas tout : dans quel état d'humiliation et d'anéantissement est cette victime? Elle paroît sur l'autel sans pompe , sans magnificence , sans éclat de grandeur , pour ne pas éblouir les yeux par les splendeurs de sa gloire. Jésus-Christ ne se réduit à cet état d'humiliation » que pour avouer qu'il a mérité la mort pour Texpïalion des péchés des hommes dont il s'est chargé. C'est dans cette vue qu'il consent à perdre cet Etre sacramentel qu'il vient^ de recevoir , et qu'il veut par cette mort mystique , quoique réelle» offrir à l'Etre suprême une victime digne de lui.

De ces grandes vérités il s'ensuit en premierlieu , que le sacrifice de la messe ne peut étr^^ ofTert qu'à un Dieu ; non , un Dieu ne peut étra^ offert qu'à un Dieu. Nous ne disons point :^ Pierre , je vous oflre ce sacrifice ; Paul , je vou^ offre ce sacrifice ; Marie , je vous offre ce sacri —

fice ^

ou CONDriTB 8PIBITVBLLB. 9)7

fice ; mais nous disons : Grand Dieu « je tous offre ce sacrifice à l'honneur de saint Pierre , ou de saint Paul , ou de la divine Marie : ainsi dans le cours de la messe , si nous parlons des Saints » ce n'est que pour les intéresser à notre salut 9 pour leur rendre Thommage qui est dft aux amis de Dieu , pour célébrer les victoires qu'ils ont remportées durant cette vie mortelle ; en un mot » dans le sacrifice nous faisons mé* moire des Saints; mais le sacrifice» nous ne l'offrons , et on ne peut Toffrir qu'à Dieu seul , parce que le sacrifice ne peut être offert qu'à l'Etre suprême.

De là il s'ensuit en second lieu , que le sacri* fice de la messe , quant au fond et à la substance 9 est le même que le sacrifice du Calvaire ; c*est absolument le même sacrificateur , la même victime et le même mérite ; toute la différence n'est que dans la manière , en ce que le sacrifice du calvaire fut sanglant » et celui de l'autel est un sacrifice non sanglant , mais véri* lablement» réellement, essentiellement» c'est le même sacrifice dans Tun et dans l'autre.

De là- il s'ensuit en troisième lieu , que le sacrifice de la messe renferme en lui seul le prix» le mérite , la vertu de tous les autres sacrifices ^l'ancienne loi réunis ensemble. Uy avoitdans la loi ancienne quatre grands sacrifices; sacrifices d'adoration » d'actions de grâces » d'expia* tien et de supplication. Or » le sacrifice àt, la ttieise les réunit tous. C'est un sacrifice do

gS L*AVB INTÉtlEURS »

louange et d'adoration que nous pouTom oSm pour honorer dignement k grandeur , la majesté de i'Ëlre suprême ; c'est un sacrifice d W lions de grâces » que nous offrons à Dieu pour reconnoltre les bienfaits immenses dont il nous a comblés ; et en lui oifirant ce sacrifice » nous Jui offrons un hommage proportionné à ses bien* faits, quelqu 'immenses qu'ils soient La messe est un sacrifice d'expiation que nous offrons pour nos péchés ; et quelque -grands que puissent. être' nos crimes , la satisfaction que nous ofijponsii uii Dieu offensé , est encore au-dessus de la graa^ deùr de l'offense. Enfin , la messe est un sacrîifice de supplication , par lequel nous demandons à Dieu les nouTetîes grâces qui nous sont nécessaires : et en ?eriu de ce sacrifice , nous sommes assurés de les obtenir. Dès lors te sa^ crifice delà messe renferme non-seulement tous les autres sacrifices , mais il les surpasse infini* ment. Les saerifices de l'ancienne loi n'ètoieni que les ombres et les figures du grand sacrifice de la loi nourelle , qui donne à tout l'accomplis» sèment et la perfection.

De là il s'ensuit en quatrième lieu» que quand pous assistons au sacrifice de la messe , neos pouYons avoir les mêmes avantages que aouS' aurions eus si nous avions assisté au sacrifice da calvaire , et dès lors nous n'avons rien à envier k ceux qui ont réellement et personnellemenlp assisté à ce sanglant sacrifice. Non, si non» foiiwies animés par une vive toi dans le sacrir

OV COMDVITB SPIRITUELLE. 99

fice , n^envions point le sort de Miigdeleiae » qui sur le oalvaire embrassoit la croix et recevoit sur sa téie humiliée les gouttes du sang de Jésus- Christ qui en découloit.

Ainsi nous*méines , au pied des autels , sontmesrnous. comme tout couverts de ce même sang 9 et nous adressant à Dieu , nous pouvons lui dire avec confiance : mon Dieu , ne regardes piis mes péchés , qui surpassent le nombre des cheveux de ma tête » ne respicias peccaia nuM; mais regardez votre Christ» rupiec in fmoiêm Ùkriêti tuij {PâaL 83. ) c'est pour moi qu*il est sur cet autel. Hélas I peut-être la colère de Dieu est-elle armée contre nous ; mais si elle nous trouve au pied de l'autel » couverts du sang de son Fils adorable , elle passera sans nous frapper » comme Fange exterminateur passoit saÀs l'rapper les premiers-nés des Hébreux dont la porte étoit teinte du sang de l'agneau : Videbo sanguinem , et transibo. {Exod. is.) De toutes ces considérations il nous sera aisé de voir comment et dans quels sentimens nous devons assister au saint sacrifice de la messe. Noos devons y assister comme adorateurs , comme ministres et comme témoins. Quels titres et ^l'U sentimens exigent-ils de nous durant lo licrifice ?

1.^ Mous devons assister à la messe comme idorateurs de Jésus-Christ dans son sacrifice ? car nous sommes obligés de l'adorer » non-seqlement eu secret ; mais de faire upe profession

100 l'AMB tNTicBIEUfiir,

pablique et solennelle de notre foi ; or nons faî* sons cette profession solennelle et publique , en assistant à Tacte le plus solennel » le plus essentiel à la religion , qui est le sacrifice public » le sacrifice par excellence de la religion. «

2.* Nous assistons à lé messe comme minis* très du sacrifice ; je dis ministres , mats prenons garde » non point ministres de la consécration et de l'immolation » qui est réservée au prêtre exclusivement à tout autre ; mais nous assistons h la messe comme ministres de l'ofirande et de Toblalion, à laquelle nous participons ^en» qualité de fidèles et de membres de TEglisei Gela est si vrai , que quand le prêtre ofSre le calice » il ne dit pas » j'offre , mais nous offrons , offerimus; et en se tournant vers le peuple» il ajoute : mes frères , prions que mon sacrifice et le vôtre soit agréable au Seigneur, De là vient que les Catéchumènes ne pouvoieni pa$ assister Il la messe » parce qu'ils ne pouvoient pas l'of"^ frir , n'étant pas encore membres de l'Eglise. La messe est donc non-seulement le sacrifice da prêtre » niais encore celui du peuple. Quelle gloire pour nous I

5.<> Enfin , nous assistons à la messe en qiia«lité de témoins du sacrifice de Jésus-Cbrist; c'est-à-dire» que nous sommes appelés «n lé^ moignagedu culte public que Jésus-Christ rend à son Père , et du culte public que l'Eglise read à Jésus^Christ même. Chrétiens» pourquoiest- <î« qtie l'Eglise nous inyilo, nous appelle à ce

6V CONDUITS SPÀIITUÉLLB. l6l

Itacrifice ? pourquoi nous asseiùblons-nous autour des autels ? C'est pour venir , comme signer le testament de notre Père » de notre Sauveur , de notre Dieu : da là vient que la peine la plus sensible que l'Eglise impose à ses enfans qui la contristent , c'est de leur interdire l'assistance au sacrifice » comme étant indignes d'être appelés en témoignage de l'action la plus auguste de la religion.

PBATIQUBS*

iV* Assistons à la ttiesse le pluà Souvent , le pins exactement qu'il nous sera possible. Quelle honte I quelle indignité I quel scandale I un père mçurt pour ses enfans , et ses enfans refusent d'honorer sa mort par leur présence et parleur douleur.

a.® Âssistons-y avec un esprit de foi et d*ado« ration , comme nous aurions assisté au sacrifice dit calvaire » puisque , pour le fond , c'est le môme sacrifice ofiert pour notre salut.

5.^ Âssistons-y dans un esprit de pénitence et de con)ponction ^ puisque c'est pour expier nos péchés qi^ll est cffiert.

4^^ Assistons-y avec attention et avec respect* Les Anges' mêmes sont prosternés aux pieds des mitels et se couvrent par respect de leurs ailes.

5.® Unissons surtout le sacrifice de nousmêmes avec le sâcrlfiic^e de Jésus-Christ immolé pour tious ; offrons notre esprit , notre cœur » nos actiona, notre vie môme , si Dieu la demande.

102 d'aVB IlfTftRtBimB»

6.* Enfin , offrons le sacrifice pour toutes les personnes qui nous intéressent , soit morts , soit vivans » puisque le sacrifice de la messe est ég«* lement le sacrifice dès Tivans et des morts.

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