LA COMMUNION
S'il y a une action qui demande le respect »
la piété, Tamour» la ferveur » tous les sentiment dont Tâme intérieure est capable , c*est surtout la communion » la participation au sacrement par excellence de la religion.
Le disciple bien-aimé, pénétré dessentimens qu'il a? oit puisés dans le cœur de son divin Mat^ Ire » nous dit : que le Sauveur du monde ayant aimé les siens, il les aima jusqu'à la fin. Sur le point où il étoit de finir sa course mortelle et de se séparer de ses Apôtrea, il ne voulut pas les abandonner entièrement et se séparer d'eux sans retour ; en les privant de sa présence visite et sensible poiir rentrer dans Thcureux séjour de sa gloire , il leur laisse sa présence véritabIjB et réelle dans le sacrement par excellence de son amour. Ce fut la veille de sa mort , que par un efiet tout à la fois de sa sagesse » de sa bonté et de sa puissance» il. opéra ce prodige en faveur des hommes. Etant assemblé avec %e% disciples dans la dernière cène qu'il fit avec eux s après avoir élevé les yeux vers son Père, il prit le pain dans ses mabs , et le rompant , il dit : Ceci çst mon corps ; et en prenant le vin pour lé distribuer , il dit : Ceci est mon sang : toutes les fois que vous ferez ceci , vous te ferez en
Il6 I.*A1IB INTÊBIEVAfi,
mémoire de moi. En m'éloignant de vous , s^s** Ion les ordres de mou Père , je serai encore au milieu de vous, par les sentiiuens de mon cœur. Gage précieux de sa tendresse , que pouvoit-il opérer de plus grand. pour nous marcjuer son amour? que pouvoit-il faire de plus touctïaQ^ pour attirer le nôtre ? * '
L'Eucharistie peut être considérée ou comme sacrifice , ou comme sacrement. Considérée en qualité de sacrifice , c*^st la Messe i' considérée en qualité de sacrenCient» c'est la coïnmunion. Sut quoi considérons ces vérités importantes.
1.* La communion est non-seulement un sacrement de la nouvelle loi , institué par Jésus- Christ, et contenant réellement son (^orps.'son sang » son âme et sa* divinité sous les espèces du pain €t du vid; mais encore c'é^t le pltis grand /le pfus auguste des sacremens , lé kàîci^ ment par excellence ; dans lès autres' bn reçoit les dons de Dieu ; dans Celui-ci on reçoit Dièa même ; dans les autres on reçoit la grâce , daAs celui-ci on reçoit TAuteur même de la grade..
s.* La communion , ia J)âTttcipatipfn: au Mibre^ ment, est le plus grand bonh<éur /fa pltis ^a^ de grâce que Dieu , tout Dieu qu^il e^t ,' puisse accorder à une pure créature sur la terre. Quaoâ on vient à penser qu'une créature foible et nftoH telle reçoit dans elle-même le tiorps d'un Dieiï» le sang d'un Dien, la divinités ûiêihe, la ^aisoa est élonàée ; là foi seule peut nous étevélr U W pensée d'une telle faveur»
OV CONDUITS SPIRITUELLE. tl7
3.* Après le sacrifice , la commanion est Tac* lion la plus saiote> la 'plus sublime» la plus glorieuse que rhomme puisse offrir à Dieu en ce monde. Rien de si grand et de si divin dans lei vues de la, foi.. Une communion sainte p^ut attirer plus de grâces que toutes les autres actions de la religion ; par une communion sainte on peut acquérir plus de mérites que par toutes les autres pratiques de piété réunies ; une seule communion faîte dans des sentimens parfaits peut nou3 rendre saints et nous éleyer à la sainteté la plus'émioeote. De làviennent les désirs ardens» les vifs empres&emens » les saints transports que tapt de Saints^ que tant d'âmes justes ont témoignés pour approcher de ce sacrement 4*a* mour. C'est Ja source de vie , c'est le pain des Anges, c'est l'aliment des forts.» c'est le fromeiit des élus , c'est le,germe de l'immortalité , c'est le gage de l'éternité bienheureuse.
4*® De là il s'ensuit que la communion est l'action à laquelle l'homme doit apporter la préparation la pijus sainte, les dispositions les plus parfaites , autant qu'il est enlui^. De quels sentimens , en ^ïSdl, ne devons- nous, pas êl^e pénétrés y quand nous allons nous présenter à la Table sainte , à la participation des divins Mys^ tères?
Mais quelles sont ces dispositions; en quoi consistent-elles, et que faqt-il pour rendre une communion véritablement sainte et 4igne de pieu? Saint Paul, parlant de ce sacrement.
ordonne à Tbomine de s'éprouver , de se juger sagement lui-même : probet autem se ipsum hûmo. ( 1 Cor. 11. ) Et le saint concile de Trente expliquant ce passage , dit que cette épreuve essentielle consiste en ce que l'homme qui se croiroit coupable de.quelque péché grief-, se garde bien d'approcher de la sainte Table avant que d'avoir purifié son âme dans le sacrement de la pénitence ; c'est la préparation de précepte , d'obligation absolument et indispensablementnécessaii^ , sans quoi on commettroit une profanation et un sacrilège.
Mais outre cette préparation essentielle et de précepte rigoureux » il y a des dispositions , des sentimens que la dignité , la sainteté , la majesté du sacrement attend de nous , et que nous devons tâcher de former dans nous ; il y â une préparation d'esprit, une préparation decœor; ef une préparation de corps et de sens.
Préparation d'esprit ; une foi vive , un respect profond , une humilité sincère.
Préparation de cœur : une grande pureté»
un grand désir, un ardent amour.
Préparation de corps et des sens : non-sear lement une grande décence , et le jeune natiH rel ordonné par l'Eglise hors du viatique ; mail la mortification de ce corps , la mortification des sens , le détachement de nous-mêmes , ei des choses créées ; en un mot , une vie régtée et solidement chrétienne.
Sr nous avions une foi bien YÎye et bien an»-
ou C^niDinTE SPIRITUELLE. 11()
mée , elle seule nous diroit les dispositions que nous devons apporter à la sainte Table ; cette seule pensée même sufliroit : je vais receroir mon Dieii. Oui , souvenez-vous , âmè chrétienne » homme mortel » que vous allez recevoir l'Agneau sans tache , le Saint des saints , la pureté y la Sainteté même. Pensez bien à ce que dit Salomon : qu'en effet ce n'est pas à nn homme mortel , à un roi puissant que vous préparez une demeure » mais à nn Dieu , au Roi même des rois que votre âme Ta devenir comme le sanctuaire, 4e Ciel animé où il veut résider; que vous allez être en possession sur la terre de celui même qui fait le bonheur et les délices des saints dans le Ciel.
Instruits de ces grandes Vérités de ta Foi, que nous dit notre conscience? voyons, examinons à présent comment nous nous comportons dans nos communions , et les dispositions où nous nous trouvons sur ce point. Entre bien d'autres défauts , il y a surtout deux sortes de personnes différemment disposées à l'égard du sacrement»
Les uns s*en approchent avec une grande tiédeur ; les autres s'en éloignent par un excès de crainte. Les premiers ont besoin d'exciter leur ferveur ; les seconds ont besoin d'animer leur confiance. Voici les avis qui pourront être salutaires aux uns et aux autres.
Les premiers doivent considérer bien attentivement , bien sérieusement devant Dieu com« bien cet état de tiédeur est indigne du Dieu que
120 L*AME tNTÉRIBURHy
nous recevons , de la religion que nous profes-^ sons , du sacrement que nous fréquentons ; coin* iHen cette tiédeur e3t capable de contriçter le cœur de Dieu , d'arrêter les desseins de Dieu , d'éloigner les grâces de Dieu ; quel obstacle elle met aux effets salutaires du sacrement ; combien elle peut diminuer le mérite de nos communions ; combien même par ses tristes suites et ses funestes progrès » elle peut nous exposer à tomber dans de plus grands malheurs* Hélas ! après tant de communions » si peu de
{perfection ; après tant de grâces , si peu de fidéité ; après tant d'amour de Dieu envers nous » si peu d amour pour Dieu dans nos cœurs : où est la reconnoissance , où est le sentiment » je dirois pre-sque » où est la foi ? Ranimons-la donc » cette foi ; excitons ces cœurs tièdes , rapimons ces cœurs lâches, embrasons ces cœurs langui»sans ; prions le Seigneur , qui est un feu dévorant , d'allumer dans nous ces flammes difines» ces ardeurs célestes qu'il est venu apporter sur la terre.
Pour ce qui regarde les âmes fidèles , mais timides et timorées , qui par une crainte excessive , un respect de terreur s'éloignent du sacre* ment, voici ce que nous pouvons leur dire:
Ecoutez , âmes tremblantes ; écoutez la voix et le cœur de Jésus-Christ même» vcnitead me»
amncs. ( Matth. 1 1 . ) Venez à moi , vous ditil; venite, emite absque argento. {Isaî. 55.) Je ne demande ni l'éclat de l'or et de l'argent,
c'est-à-dire»
ou CONDUITE SMBITUBLLB. Itl
c'e$t>à-dire » ni réiéyatioa des pensées » ni la su-* blimité des lumières ; je ne désire que votre coBur et vos senlimens ; c'est la voix du céleste £poux qui vous appelle ; vous refuserez- vous à ses empressemens ? il vient à vous dans un es« prit de douceur et de paix : venit tibi mansue* tus. ( Mattk. 91.) Pourquoi ne venez-vous pat à lui dans un esprit de confiance et d'amour ? Mais on dit : Dieu est si grand , le sacrement est si saint y c'est le pain des Anges, il faudroil être des Anges pour le recevoir ; je désire de communier, mais je crains de ne pas communier dignement. Craignez, à la bonne heure, vous le devez ; mais que la crainte n'étouffe pas l'espérance : craignez pour vous mieux préparer , pour vous purifier , pour déplorer vos péchés , vos infidélités envers Dieu ; mais ne craignez pas au point de vous éloigner de Dieu ^ de vous priver de ses grâces , de vous refuser aux empressemens de son cœur ; il connoitle vôtre » il le désire , il Tinvite^ il le disposera lui-même et le rendra digne de lui. Dieu est grand ; mait c'est en bonté surtout qu'il est grand. Le sacrement est saint , c'est le pain des Anges ; mais ce n'est pas pour les Anges , c'est pour les hommes qu'il est établi. Après tout • dès que vous suivez le conseil de celui qui tient la place de Dieu , et que vous ne vous sentez coupable d'aucun péché grief, votre Dieu vous permet de venir à lui; demandez-lui des dispositions encore plus parfaites , et espérez-les de son infinie bonté»
Allez donc et confiez- tous en Dieu; sa grfic« TOUS attend , son cœur tous est ouTert » ne tou9 refusez pas à Totre propre bonheur.
A présent , pour donner à ce grand sujet toute son étendue , considérons encore la communion aous les diTers rapports qu'elle peut aToir , et dans les différentes personnes où elle peut trou* Ter des dispositions différentes.
1.^ La communion sainte et ferTente : nous en aTons tu le prix , l'excellence et les aTantages. Us sont tous divins. Heureuse l'âme qui s'efforce de s'en rendre digne.
2.® Communion tiède et languissante : nous âTons dû en comprendre les causes , les dangers » les effets , et dès lors craindre les tristes suites qu'elle peut aToîr.
5^*" Communion mauTaise et sacrilège : qui pourroit jamais en exprimer les horreurs ? Se rendre coupable du corps et du sang d'un Dieu » profaner le sang de l'Agneau , fouler aux pieds la TÎctime sans tache , outrager Jésus-Christ dans sa propre personne , boire et manger son jugement , quel crime I quelles horreurs I Disons* le , une communion sacrilège est tout à la fois et le plus grand des péchés , et le pJus grand des malheurs où une âme puisse tomber en ca monde : nous préserTe à jamais le ciel (Tuii pareil attentat , d'un si grand malheur I
4** Communion fréquente : si elle est sainte , ^lle est salutaire ; on peut la conseiller , on dmt \% 4é8i;rer. Mais elle demande des dispositions
ou CONDUITE SPIBITVELLB* IftS
{>tu8 saintes et encore plus clignes de la gran^ deur de Id grâce que Ton reçoit. Jésus- Christ faisant tout pour nous » que ne devons-nous pas désirer et nous efforcer de faire pour lui ? Rendons nos communions fréquentes , mais en mémo temps rendons-les ferrentes.
5.® La communion pascale : elle est d'obli^ gation et de précepte. Voici les motifs et les sentimens dans lesquels on peut l'offrir pourla^ faire plus saintement, i.* L'offrir pour obéir au commandement de l'Eglise , qui dans, ce temps en fait une loi. 2.* L'offrir pour réparer toutes les communions tièdes et languissantes dans le cours de l'année. 5.* L'offrir pour demander la grâce de recevoir le saint Viatique avant que de mourir. Une communion pascale faite dans ces sentimens , remplira dignement le précepte de l'Eglise , et attirera toutes les grâces de Dieu.
6.* La communion pour les morts; car on peut l'offrir à leur in tention par voie de suffrage « de même que le sacrifice de la messe ; toute bonne œuvre est en même temps méritoire et satisfactoire : on ne peut en appliquer le mérite aux autres , parce que le mérite est personnel ; mais on peut en appliquer la satisfaction aux autres , soit morts , soit vivans.
7.*^ Enfin , la communion spirituelle : on ne peut pas toujours participer réellement à la grâce du sacrement ; mais tous les jours , comme à tons les momens , on peut faire la communion spirituelle par le désir , l'affection et l'empres*
It4 l'aMB m T JtBIBUBB ,
sèment da cœur : c'est une pratique sainte ; Dieu y applique souvent des grâces très-spéciales , et les âmes fidèles qui ont à cœur le désir de leur perfection , sont exactes à procurer à Jésus-Christ cette gloire , et à se procurer à elles-mêmes ces moyens de salut et de sainteté. Voici TÂcte abrégé que l'on peut former.
Adorable Sauveur , tout notre bonheur consiste à nous unir à vous ; je ne le puis aujourd'hui dans la participation réelle de votre sacrement; mais je le puis par l'aSection de mon cœur ; je le désire ardemment. Venez donc dans mon âme« prenez-en possession , purifiez-la , sanctifiezla , detachez-la de tout pour vous l'attacher à jamais,
Réunissons tout dans ces trois points de vue. 1 .* La communion étant la plus grande grâce » la plus ineil'able faveur que Dieu puisse nous accorder en ce monde ; marquons à Jésus-Christ toute notre reconnoissance pour l'amour im«* mense qu'il nous témoigne dans le sacrement par excellence de son amonr.
2.^ La communion étant le plus grand bon-^ heur qu'une pure créature puisse receyoir en ce monde , ayons un désir ardent d'y participer; soupirons sans cesse après ce bonheur dont les anges mêmes ne sont pas dignes, et qui nouf donne un avant-goût des délices célestes*
3.^ La communion étant l'action la plus sainte 1^ plus excellente de la religion , autant qu'il e W nous» iipportons-y les dispositions les pi
saintes et les plus parfaites. Si on devoit rece- Toir un grand roi dans sa maison , quels soins fie prendroit-on pas I Nous recevons le Roi des rois dans nos âmes» quels sentimens doivent nous animer I
PBATlQVfiSi
1.* Quand nous devons approcher de ce sa* crement adorable, préparons -nous -^ quelque temps d'avance; mais surtout la veille, n'oublions rien pour nous y disposer plus immédiatement* Prières ferventes « lectures de piété, pratiques de bonnes œuvres, mettons tout en œuvre , et spécialement la confession , pour purifier notre fime , et la rendre ane demeure digae du Dieu qui doit l'habiter et y résider*
s.® Le jour que nous devons avoir ce bon** heur , que dès le matin notre première pensée soit de rappeler la grande action que nous devons faire , et demander les grâces de nous en acquitter saintement. Offrons le sacrifice de la messe à cette intention ; et quand Theureux moment sera arrivé , renouvelons les actes d'une foi vive » d'une contrition sincère, d'un amour ardent»
qui doivent ouvrir à Jésus-Christ l'entrée de nos cœurs.
5.* Après la communion » ayant profondé- . ment adoré Jésus- Christ résidant dans nos âmes» entretenons-nous avec lui ; consacrons-nous à lui sans réserve; ofliroas-lui nos cœurs sans
126 l\vb intébibvrb ,
retour ; demandons-lui s«s grâces ; admirons les prodiges de sa sagesse , de sa puissance » de son amour ; invitons les anges et tous les esprits bienheureux à l'adorer de concert avec nous , et à suppléer par leurs ardeurs embrasées à la foiblesse de nos senlîmens. Passons le reste de la journée dans Texercice du recueillement , de la prière , de la reconnoissance. Souvenons>nous que nous portons dans nous un trésor > et quand on possède un trésor , quel soin n'a-t-on pas de le conserver I d'autant plus que dans lui nous avons la source de tous les autres biens : puis- «ons-nous la conserver jusqu'à la mort I
Dans les Tues intérieures, il faut regarder la communion, i.® comme l'union spéciale de
J|^ftilft«r*>hi*»*il avA<« PnmA,
9.* Gomme une nouvelle vie que Jésus-GhrisI vient nous conmiuniquer , pour nous faire vivro de sa propre vie,
3.* Surtout » comme un gage de la yie im* mortelle qu'îl nous prépare , et après laquelle nous devons soupirer tant que nous serons dans ce monde.
Les fimes intérieures doivent surtout entrer dans ces senlimens pour faire toutes leurs communions d'une manière plus parfaite , et retirer des fruits plus précieux de ce sacrement divin » qui est par excellence la véritable et la plus abondante source de vie.
OV <:0NDU1TB 8PIBlTt7ELLS. 19^
La Pratique des bonnes œuvres.
Toute âme » par là même qu'elle est chré'»
tienne , doit s'adonner à la pratique des bon* nés couvres ; à plus forte raison les âmes inté^ rieures. La vie intérieure n'est point une con* templation oisfve du bien , mais la pratique de toutes les yertus qui sont selon l'état et selon les moyens*
Quelle est donc la nécessité oii nous sommes de pratiquer des bonnes œuyres ? Quelles sont les bonnes œuvres que nous devons pratiquer » et comment ?
1.*^ La pratique des bonnes œuvres est pour nous d'une nécessité absolue et d'une obligation indispensable.
Nécessité de précepte : tous les textes de l'Evangile nous l'intiment , tous les oracles de l'Esprit saint nous l'annoncent. Montrez-moi votre foi par vos œuvres , nous dit-il ; sans les œuvres la foi est morte , et une foi morte ne sauroit vous donner entrée dans la vie de la gloire. Efforcez-vous , dit saint Pierre » d'a^u* rer votre prédestination par vos bonnes œuvres^ sans quoi votre partage ne peut être qu'une damnation éternelle.
Nécessité de moyens : c*est-à-dire que les bonnes œuvres sont liin moyen absolu et indis* pensable pour être sauvé ; sans les bonnes œuvrea
IfiS L*A1I£ INTiBIBITBB^
point de mérite ; sans les mérites point de récompense ; sans la récompense point de salut* Sans les bonnes œuvres nous n'avons aucune vertu ; point de foi , la foi se nourrit par les tBUvres ; point d'espérance , l'espérance se 80u>< lient par les œuvres ; point de charité, elle nV père que parles œuvres. Sans les bonnes œuvres nous sommes un corps sans âme , un arbre sans fruits f une ombre , un fantôme de religion , no» bonnes œuvres seules nous suivront un jour à la mort ; si elleb ne nous suivent pas , la toi seule sous suivra , et elle ne nous suivra que pour nous «ccuser , nous juger et nous condamner.
Détrompons-nous donc , les bonnes œuvres ne sont pas de simple conseil ; il en est un grand nombre de précepte et d'obligation. Pour ac* complir le grand précepte de Tamour divin , que de bonnes œuvres à pratiquer! que de sacrifices k faire I que d'hommages à offrir ! que de victimes à immoler 1 Est-ce aimer Dieu , que de l'ai* mer simplement en paroles ? Pour remplir l'obligation de la charité fraternelle» que d'engagemens à remplir I soulager les pauvres , consoler les affligés, soutenir les foibles, supporter patiem* ment leurs défauts , pardonner généreusemept les injures ; tout cela autant de devoirs sans lesquels la charité ne sauroit subsister, et autant de devoirs que les bonnes œuvres seules peuvent remplir. Mais surtout le précepte de l'abnéga* tion de nous-mêmes ne nous oblige-t-il pas sans cesse à combattre nos humeurs , à réprimer nos
pu COrVBUITE SPIBITVBLLB. ISg
penchans, à dominer no9 passions^ h expier nos péchés; en un mot, à combattre nos yices» par la pratique des vertus opposées » et par conséquent par la pratique des bonnes œuvres ?
Considérons le nom que nous portons, le lieu que nous habitons , le terme où nous aspirons.
En qualité de chrétiens , que sommes-nous sur la terre ? Des ouvriers destinés à travailler à la vigne du Père de famille , operarios in vu Tieam , ( Matth, 20. ) à cultiver le champ de notre âme. Faut-il exhorter un laboureur à semer et à cultiver ? Tespérance d'une abondante moisson ne Fanime-t-elle pas au travail ? Et nous , laisserons nous inculte le champ de notre âme , pour ne lui voir produire que des ronces et des épines?
Que sommes-nous en ce monde ? Des combattans , des soldats armés pour notre salut ; non coronabitur, ntsi qui légitimé certaverit* ( Tim. 3. ) Quelle est Tardeur des guerriers à la vue du combat, dans l'espérance des dé* pouilles et du triomphe ! Nous combattons pour le salut de notre âme, mille ennemis sont armés contre nous , que ne devons-nous pas faire pour remporter la victoire? mais la remporterons-nous sans combats?
Que sommes-noué en ce monde ? des nég9-
.cians dans l'affaire du salut.; ainsi nous appelle
Jésus-Chrisf même : ne^^amtm dum venio.
{Luc, 19.) Quelle avidité insatiable du gais
iSo L*AHB INTÉBIEURB,
dans les mondains , quels soins » qaels trayaux , . quelles fatigues 1 qu'attendent- ils ? des biens fragiles et périssables I et encore sont-ils toujours assurés de les obtenir? Et nous, chrétiens»
pouvant espérer, mériter, acquérir des biens éternels , des couronnes immortelles , nous vi- Tons dans l'inaction » nous languissons dans la négligence I
Que sommes*nous encore sur la terre ? des voyageurs qui marchent vers l'éternité , et qui aspirent à l'heureux terme de la céTeste patrie : ^ic currite , ut comprehendatis» ( i . Cor. 9. ) Et nous nous arrêterons sur nos p^s , et nous ne BOUS hâterons pas d'arriver où Dieu nous appelle ? Les pas que nous devons faire , ce sont les bon* nés œuvres que nous devons pratiquer ; mar* chons , agissons , souffrons , combattons , la couronne nous est assurée ; mais la couronne se donne ati mérite , les œuvres seules en rendent dignes.
Bien de si vrai ; les saints , oui les saints qui sont actuellement dans le Ciel, s^ils étoient capables de quelque regret, ce qui les afiligeroit, ce seroit d% n'avoir pas assez pratiqué de bonnes •œuvres durant le cours de leur vie; d'avoir négligé la moindre action , le moindre moment » la moindre occasion de mérite ; la vue des trô^ nés plus élevés , qui auroient été destinés à un surcroit de ferveur , les rendroit inconsolables au milieu des délices même du paradis, si Dieu ne leur en ôtoit la pensée ^ en les absorbant dans
ou CONDtlTB driRITUELLE. l3l
là contemplation continuelle et dans Tocéan îm^ mense de ses beautés , de ses perfections infinies. Disons plus encore , quand le Dieu juge » le Dieu sauveur viendra sur la terre , et appellera les hommes à son jugement pour décider de leur sort» sur quoi portera ce jugement, et la sen* tence qui sera prononcée ? Uniquement sur la pratique des bonnes œuvres^ ou de zèle» ou de miséricorde , ou de charité. Yoilà ce qui décidera de notre prédestination ou de notre con* damnation éternelle. Yene2» dira-t>il aux justes, venez , les bien-aimés de mon Père ; j'ai été pauvre , vous m'avez secouru ; j'ai été afOigé » TOUS m'avez consolé ; j'ai été malade , vous m'avez visité; j'ai eu faim , vous m'avez rassasié; j'ai eu soif» vous m'avez désaltéré; vos bonnes œuvres ont attiré mes regards, elles assurent votre récompense , entrez dans la joie du Seigneur. Alors se tournant du côté des réprouvés, et jetant sur eux des regards dé colère : retirez-vous , maudits , leur dira- 1- il ; j'ai été pauvre » malade » affligé , dans la faim , dans la soif, vous vous êtes refusés à tous mes besoins • vous ne m'avez ni secouru , ni consolé , ni rassasié , ni désaltéré ; retirçz-vous de moi , allez au feu éternel , subir à jamais la peine , ou du manque des œuvres de salut, ou de voa œuvres d'iniquité. C'est ainsi que les bonnes œuvres, ou faites et pratiquées, ou négligées et abandonnées , décideront pour toujours du sort des élus ou des réprouvés : elles sont donc
iSa l'aMB INTillIEUllB ^
d'une nécessité absolue et indispensable pow nous.
8.* Mais quelles sont les bonnes œuvres qu'il faut pratiquer, et comment? pouvons -nous l'ignorer ? Manque-t-il de pauvres à secourir , de nus à revêtir , d'afOigés à consoler , d'ignorans à instruire , d'égarés à ramener , de fa* milles à soutenir , de prochain à édifier ?
Pour entrer cependant dans le détail , toutes les bonnes œuvres se réduisent à ces trois principales : la prière , le jeûne , et raumône. Dans la prière est renfermé tout ce qui regarde Dieu; oraisons , lectures , messes , confessions ^ com* munions , tout ce qui est du culte de Dieu.
Dans le jeûne est compris tout ce qui nous regarde nous-mêmes; mortifications» austérités» rigueurs , pénitences. Dans l'aumône est compris tout ce qui intéresse le prochain ; œuvres de charité , de miséricorde , de zèle » d'édification , etc.
Or , sur tout cela , voici trois règfes essentidk les qui pourront nous diriger dans nos bonnes œuvres : en pratiquer autant que nous le pourrons; les pratiquer le plus saintement » et les pratiquer le plutôt que nous le pourrons.
En pratiquer autant que nous le pourrons :
n'est-il pas étonnant et affligeant d'entendre quelquefois des chrétiens même , dire dans le sein de leur négligence : c'est asseï pour nous d'être sauvés , nous n'ambitionnons rien de plus que d'être admis au dernier rang des élus. Amea
ou CONDUITE SPIBITUELLE. l35
rampantes , âmes lâches , chrétiens indignes de ce grand nom, ces sentimens si bas sont-ils puisés au pieâ de la croix ? Quoi , votre Sauveur, par un excès d'amour , pouvant vous racheter par un seul soupir, vous donne jusqu'à la dernière goutte de son sang , et vous craignez d'en trop faire pour votre salut I
Quoi , vous avez commis tant de péchés , et TOUS balancez à pratiquer quelques bonnes œuyres pour les expier 1 Quoi , vous n'avez peutêtre que quelques jours , quelque temps à vivre, et vous négligez de le remplir par la pratique des œuvres qui doivent vous conduire bientôt à l'éternité I
Ainsi il faut en pratiquer autant que nous le pourrons ; mais surtout les pratiquer le plus saintement que nous le pourrons , soit dans le principe qui les produit, soit dans le motif qui les anime , soit dans Tordre qui les dispose , toujours dans la vue de Dieu, et dans l'unique plai* sir de lui plaire; à ce prix nos œuvres seront véritablement bonnes , saintes , salutaires et méritoires , parce qu'elles seront animées de l'esprit de Dieu , du véritable esprit intérieur»
Enfin , les pratiquer le plutôt que nous le pourrons; le temps presse , et l'éternité s'avance : travaillons tandis que nous avons le temps, nous dit l'Apôtre ; dum tempus habemus^, {GaL 6. ) Viendra une nuit dans laquelle on ne pourra plus agir: f^enit tukc; n'attendons pas, que les ténèbres de cette longue nuit viennent
l34 L*AIIB INT&BIBUBE,
nous sorprendre , il seroit trop tard , et elle ne nous laisseroit que nos regrets. Hélas 1 nous avons déjà perdu tant de temps , laissé échapper tant d'occasions , abusé de tant de grâces I quel seroit notre aveuglement et notre malheur, si ayant vécu si long-temps sur la terre , nous avions si peu vécu pour le ciel ; si nous étant sacriGés , épuisés pour le monde » nous n'avions rien fait, ou si peu fait pour Dieu; si nous allions parottre devant lui les mains vides» ou n'ayant amassé que des trésors de colère!
Pensons que nous ne sommes au monde que pour faire le bien , et que ce que nous négligeons nous sera reproché devant Dieu»
Que quelques bonnes œuvres que nous ayons pratiquées durant cetle vie » nous aurons sûrement regret à la mort de n'en avoir pas encore pratiqué davantage.
Qu'à la mort il n'y aura que nos œuvres qiit nous suivront ; nos amis nous abandonneront » DOS parens nous oublieront, nos richesses se dissiperont, nos honneurs ^'évanouiront ; nos plaisirs se changeront en regrets , nos œuvres seules nous resteront; nous et nos œuvres , voilà ce qui paroltra devant Dieu : ce qu'il y a de sûr, c'est que sans les bonnes œuvres nous ne som« mes chrétiens que de nom ; ce qu'il y a de cens* tant y c'est que sans les bonnes œuvres jamais nous n'opérerons notre salut ; ce qu'il y a de terrible , c'est que sans les bonnes œuvres jamaia nous n'aurons d'entrée dans le ciel» et que
or coNDriTB spiniTVEitB. i55
notre partage ne pourra être qu'une éternité malheureuse.
PRATIQUES
1.* En commençant toutes nos bonnes œu- Très , offrons-les à Dieu uniquement dans la vue de lui plaire.
s.® Renouvelons de temps en temps cette intention , de peur que des motifs tout humains ne viennent se glisser dans nos actions.
5.* Unissons-les toutes avec les actions , les mérites de Jésus-Christ , pour les rendre plus méritoires et plus agréables à Dieu.
4** Faisons d'abord celles qui sont d'obligation et celles qui sont de notre état ; nous pourrons ensuite ajouter celles qui sont de surérogation et de conseil : la première dévotion est celle du dsvoir.
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