‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 21 sur 42 · RÉSOLUTIONS · texte numérisé non relu

RÉSOLUTIONS

Je penserai souvent que ce n'est qu'en mourant à moi- même que je puis vivre à Dieu.

Je me fixerai chaque jour un certain nombre d'actes de renoncement à moi-même.

Je tâcherai de ne refuser à Dieu aucun sacrifice , dès que je croirai qu'il le demande de moi.

Je m'efforcerai de briser tous les liens qui ^urroient m'attacher aux choses créées durant Bia vie , afin que quand la mort viendra , elle ne trouve dépouillé de tout.

Je le dis encore : si cetfe vie parolt triste à la Bature , je suis assuré que Dieu l'adoucira par «a grâce.

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L'Exercice de la Cliarité parfaite^ ou ia manière de se conduire saintement à l'é' gard des autres.

ToDTB âme intérieure qui voudra pratiquer cette charité parfaite , doit bien graver ces trottf grandes vérités dans son cœur :

!•* Que pour exercer cette parfaite charité envers les autres , il faut bien se posséder soijDiéine.

2.® Que dans cet exercice , il faut s'atlendre it a?oir bien des sacrifices à faire , et de péni^ blés momens à passer.

3.* Que dans tout ce que Ton aura à fkire et à soui&ir en ce point , il faut le faire et le souffrir en vue de Dieu , et uniquement dans le désir de lui plaire. En tout cela , vous aurez grand soin de la grâce ; soyez birm assuré de son secours , et ne pensez qu'à lui donner une fidèle et généreuse correspondance.

Ces trois principes ainsi établis , on peut dir<^ en général » que le moyen le plus efficace et 1^ plus assuré de se bien comporter à Tégard d autres , c'est d'avoir envers eux beaucoup d douceur , de patience , de condescendance e d'égard ; on peut même ajouter que toute per sonne qui aura cette douceur , cette piilienoe cetie condescendance , aura non-seulement ac

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eompl! les devoirs de la charité , mais qu'elle aura même rempli la mesure de la perfection.

Notre graod , notre divin modèle , en venant «u monde , a commencé sa mission par cette le« çon essentielle et fondamentale : Apprenez dû moi que je suis dçux et humble de cœur. C est, avec cet esprit de douceur qu'il en usoit envers ^s apôtres. Il avoit bien des choses à désapprouver dans eux ; il leur dit lui-n^ême : ) ai beaucoup de choses à vous dire , mais vous n'êtes pas à présent en état de les porter. Il voyoit leurs défauts , il les désapprouvoit ; il pouvoit les rendre tout d'un coup parfaits , mais il atlen* doit , il patientoit pour deux raisons essentielles: la première , parce qu'il vouloit donner l'exemple de la patience avec laquelle il faut suppor- ^or les autres; la seconde, parce qu'il respectoit la liberté de l'homme , et qu'il Touloit laisr ser doucement opérer la grâce.

Quels changemens en effet , quels prodiges »

cette douceur , cette patience de Jésus-Christ n'a-t-elle pas opérés dans ses disciples I Saiut Jean l'évangéliste , qui a été ensuite le plus douK des Apottes , et dont la charité a été si parfaite » étoit auparavant d'un zèle trop vif « trop ardent, jusqu'à vouloir iàire descendre le feu du ciel sur une ville qui avoit refusé de recevoir Jésus- Christ : c'est ce qui obligea ce divin Maître de l'arrêter, et de lut dire avec quelque reproche : FoiAS ne savez pas par quel esprit vous éteà porté.

l5s l'aMB tliftiRIEUllE 9.

Pourquoi Jésus-Christ a-t-il choisi saint Pierre pour être le chef de ses Apôtres et le fondement dé son Eglise » si ce n'est parce qu'ayant été foih\e, et étant tombé Ini-mémé, il seroit plus en état de compatir aux foiblesse» des autres , et de les relever de leurs chutes?

Saint Paul , tout zélé , tout ardent qu'il étoiC naturellement , ayoit puisé pour lui-même dans TEvangile , le même esprit de charité , de dou* ceur/de patience , et l'annonçoit sans cesse mm autres : je porte, dit-il , tous me$ enfans dans mon sein, et )e les engendre tous les jours dé nouveau.

Lé Prophète dit que Dieu nous porte dans son cœur » comme une nourrice porte son enfant entre ses bras ; une nourrice voudroh bieil que son enfant marchât seu(, mais elle attend en patience qu'il ait pris des forces pour se soir« tenir.

Il faut faire comme le bon Paateur, qnî ramène sur ses épaules la brebis égarée; s'il la menaçoit, s'il la frappoit, elle s'éloigneroît encore plus de lui.

Ame intérieure !' vous savez ce que Tes Smes ont coûté à Jésus-Christ; elles vous coûteront bien peu , ne vous coûtant que le renoncettient à votre sensibilité , h votre humeur, à vos sentimens , et la patience à supporter ce qui vous déplaît. Votre Sauveur est venu au monde pour réunir et rassembler ce qui étoit dispersé ; imitez-le p faites couler les ruisseaux de celle cha«^

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rké immense dans voire cœur , et tous gagnerez ceux des autres.

' A présent , pour descendre dans le détail des différentes occasions où Ton peut se trouver, et des différentes personnes avec qui Ton peut avoir à traiter , voici de grandes maximes de la vie intérieure sur la charité ; elles apprendront la manière dont on doit en tout se conduire.

Si vous êtes obligé de vivre avec une personne dominante , hautaine , impérieuse , ce ton de hauteur vous révolte et vous indigne ; prenez* en un tout contraire envers celte personne : dissimulez» laissez-lui le plaisir de sa domination et de son empire. Quand on aime Dieu , il en coûte peu de céder aux autres ; après tout , dans «es occasions , la vraie victoire est pour celui qui a assez de raison pour savoir céder. Dieu vous voit, patientez, souffrez, taisez-vous, et ne péchez pas : c'est là tout ce que vous devez craindre en ce monde.

Avez- vous à traiter avec une personne vive , .impatiente , colère ? La belle occasion de mériter pour le ciel! proiitez-en; spyéz douce, patiente, |)ossedez- vous vous-même; ne soyez pas .avec cette personne comme sont deux pierres à feu qui s^eutre-choquent mutuellement; on ;Voit sortir des étincelles de toutes parts , et à la fin elles se brisent l'une contre l'autre : le parti de la douceur n'est il pas infiniment préférable ? Dieu a tant de patience envers vous , ayez-en à

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l'égard des autres ; rendez ce que tous avez reçu, et vous recevrez encore davantage.

Faut-ii que vous passiez vos fours avec une personne d'une humeur sombre , mélancolique^ quelquefois capricieuse et bizarre? c'esl ici surtout qu'il faut appeler la grâce et 1» piété à voire secours. Ah 1 prenez garde , cette personne est pour vous comme un nuage sombre el obsrcur^ qui menace, qui gronde toujours; ne la poussez pas à bout : si vous la fartes écEiter, Torage, la tempête , la (budre tomberont sur vous» Il faut être avec ces sortes de personnes , comme on seroit auprès d'un malade qui dort ; on parle bas ^ on marche doucement , on relient presque son souffle et sa respiration , d% pear d'interrompre le sommeil du malade ,. d'essu^fer ies plaintes et d'aigrir son mal.

Que si vous avez autorité sur quefqu'uny el que vous vous croyiez obligé de lui faire quelque correction , ne le reprenez pas lorsque hi tî^ vacité ou Thumeur vous domine : on ne corrige pas un défaut pat un autre. Reprenez aveedau* ceur et modération: une seule parole dite par l'esprit de Dieu , fera plus d'effet que cent cof' rections hors de cet esprit, parce qu'alors FImk meur se mêle a?ec la correction , et apu lieu ée corriger on indispose, on àigrrt, on augnieofo le mal : d'ailleurs , reprenez les défauts tête à tête et en secret , parce qu^on a de la peine ï supporter un témoin de le correction ; ramonr propre en souiBe, Dieu seul suffit pour témoin.

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Enfin, si vous votitez porter quelqu'un au lien , mettez-vous à sa portée : si vous voulez le conduire d'abord à la perfection , vous anticipez la grâce. Il ne faut pas en dire aux âmes plus qu'elles ne peuvent porter , ni précéder la lumière ; autrement le flambeau va si loin devant la personne, qu'elle reste en arrière: si vous pressez trop , elle se décourage , et le découragement est pire que tout le reste; jetez le bon grain dans la terre , et attendez le moment de Dieu. Jésus-Christ nous conjure de mener ses tendres enfans pas à pas ; si vous précipitez» ils tomberont et resteront en chemin. Combien Dieu vous donne-t-il à vous-même de vues auxquelles vous ne correspondez pas dans le mo**ment et dans toute leur étendue I

Réunissons tout , et disons à tous : le caractère des personnes avec qui vous avez à vivre , (ût-il encore plus pénible , plus extraordinaire et plus diflicile à passer , souvenez-vous que Dieu vous a mis ensemble pour vous sanctifier; cette personne vous exerce, peut-être l'exercezvous aussi : Dieu permet souvent qu'on ne s'eatende-pas , afin que uous nous soyons une croix les uns aux autres. On demanda un jour à une personne sainte , comment elle vivoit avec celles qui étoient avec elle. Nous servons le Seigneur» dit-elle , et nous nous crucifions les imes les autres , sans le vouloir.

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