‹ L'âme intérieure: ou, Conduite sprituelle dans les voies de Dieu, augmentée de L'âme seule avecChapitre 23 sur 42 · LES FRUITS · texte numérisé non relu

LES FRUITS

Cb n'est pas en vatn qu'on travaille et qu'on souffre pour Dieu ; tôt ou tard on recueille les fruits assurés de ses peines et de ses travaux ; plus même les travaux ont été durs et pénibles ^ ;^lus aussi le» fruits seront précieux et abondans» Dfifis Tordre de ta nature , les fruits sont précédéiSpar les fleurs; dans Tordre de la grâce , les épines seules précèdent les fruits : heureuse l'âme qui ne s'est pas rebutée des fatigues dp chemin ; elle arrivera enfin au terme désiré de ses espérances.

La solitude intérieure de l'Ame^

Ribu de si heureqx que Tétât d'une âme détachée de tout, et bien établie dans la solitude intérieure où ce saint détachement la conduit ; dès lors elle ne voit , elle ne cherche » elle ne goûte plus que Dieu seul ; tout le reste lui devient comme étranger et indifférent. Dieu seut^ Dieu seul; elle asouvent ces mots à la bouche> et plus encore ce sentiment dans le cœur : Deus meus et amnia ; mon Dieu et mon tout. Cette l>ensée, ce sentiment est comme le premier fruit

OV CONDUITE 9nBITV£U.B« %Jf

^ae rame intérieure recueille die ses combats. Et quoi f en effet» de plu^ doux , de plus con* solant , de plus désirable que cette solitude divine 9 soit qu'on la regarde en elle-même » sott qu'on la considère dans ses effets ?

La solitude intérieure est proprement le règne et la vie de Dieu même dans l'âme; c'est l'image de la vie des élus dans le ciel , c'est le chef-d'œuvre de la grâce , c'est l'objet des complaisances de Dieu , c'est l'opération intime de l'Esprit saint , c'est une espèce de création de l'homme nouveau. Heureuse l'âme qui connolt l'excellence de cet état ! plus heureuse celle qui seconde la grâce , quand elle l'y attire I infiniment heureuse celle qui y avance et y persévère jusqu'à la fin I le monde disparott à ses yeux , Dieu seul règne dans son cœur.

Le fondement de cette solitude est établi dans Dieu même ; Dieu est notre unique principe et notre unique fin. Comme premier principe , il influe continuellement dans nous ; comme fia dernière , il nous appelle sans cesse à lui. C'est dans lui seul que nous devons vivre à présent ; c'est dans lui seul que nous espérons de vivre à jamais.

Ce qui fait le fond de ce saint exercice , c'est dé bien comprendre cette unique vue dans laquelle Dieu nous a créés , et cette unique fin pour laquelle il nous a mis sur la terre. L'âme une fois bien pénétrée de ce sentiment , ne peut plus voir que Dieu seul en toutes choses , et sent

l8o l'ave INTÉRIBUftB,

la néeessité de lai être constamment unie par la foi et par l'amour , recevant de lui à chaque instant et en chaque action le souffle de vie spirituelle , qui fait son unique vie.

Ce qui favorise et facilite ce regard en Dieu seul , c'est la vue de notre néant , eu égard à l'être de Dieu. Le néant est de nous , l'être est de Dieu. La considération de notre néant peut servir à nous faire connoltre la grandeur de l'être de Dieu ; mais la considération de l'être de Dieu doit nous faire sentir la profondeur de notre néant : dès lors il n'y a plus que Dieu ; les créatures et nous-mêmes nous ne sommes plus rien ; lui seul est , et il est tout ; tout le i^este est comme n'étant pas ; et dès lors il ne mérite plus ni nos regards , ni nos sentimens ; Dieu seul les attire tous.

Un motif pressant et un moyen efficace pour aspirera un si saint état , c'est d'envisager Jésua- Cbrist notre grand modèle» uniquement occupé de la vue de son Père céleste , et du désir de faire sa sainte volonté. Jésus-Christ est notre chef, nous sommes ses membres; toute notre vie ne doit donc être qu'une continuelle conformité avec ce divin modèle. Toute la vie de Jésu^ Christ durant un temps a été une vie solitaire et cachée ; s'il est notre modèle , marchons sur ses traces; vivons de sa vie> si nous voulons vivre de la vie éternelle.

L'âme dans celte pratique doit être attentive à ne pas regarder^ieu comme éloigné d'elle ,

017 CONDUITE SPIRITUELLE. l8l

mais au dedans d'elle-même par la foi y ou plutôt se voir elle-même dans Dieu , et s'y rappeler sans cesse , quand elle s'en éloigne. Selon le langage de l'Esprit saint, l'œil de l'Epouse est la pureté de son intention » qui forme celle de son regard ; dès qu'elle s'aperçoit du moindre défaut dans cette pureté de regard et d'inten* tion , elle doit à l'instant le corriger , non point par contention d'esprit , mais par simple retour de foi et d'amour. Âiosi elle doit de temps ea temps par ces simples retours sur elle-même » examiner s'il ne s'y mêle rien d'étranger qui puisse troubler la pureté de son cœur , et le re-r jeter à l'instant par une simple adhésion à la seule volonté de Dieu , unique principe » unique terme, unique mobile de tout.

L'âme solitaire doit avoir pour (in de tendre à Dieu en tout , sans s'arrêter à rien de créé et de périssable » qui pourroit U détourner de cette fin unique et essentielle.

L'occupation de l'âme solitaire est de se tenir unie à Dieu , se rappelant sans cesse le grand ouvrage qui lui est confié.

Le bonheur de l'âme solitaire est de n'être qu'une avec Dieu : Dieu seul et l'âme seule; Dieu dans Tâme et l'âme dans Dieu. Quoi do plus délicieux pour elle , si elle connolt son bonheur ?

L'asile de l'âme solitaire , c'est le sein de Dieu même. Dieu seul est sa demeure , son séjour et son centre. Le monde n'est pour elle qu'un eul

iSs lVm^ intéeibitbb»

et une terre étrangère ; elle y est comme n'y

étant pas.

L'unique désir de cette âme est d'entrer toujours plus avant dans cette solitude , et son unique crainte est d'en sortir jamais ; c'est-à-dire, de rien faire qui puisse l'en éloigner et l'en ren-^ dre indigne; de peur que Dieu blessé et jaloux ne la rejeté et ne la répudie comme une épouse peu digne de son cœur et de ses sentimens»

Telle est donl^ la solitude intérieure aux yeux de Dieu même.

Doux repos , si peu connu des hommes , qui ne vivant que dans^'agitation et le tumulte « ne privent jamais.

Heureux vide , qui nous fait voir notre pro* pre néant » et nous remplit des grandeurs de Dieu.

Silence sacré , où l'on ne parle qu'à Dieu , et €Ù l'on n'entend que Dieu qui nous parle.

Doux empire de Dieu dans le cœur» dont il prend possession pour y dominer les passions et y établir son amouf .

Désert tranquille , où éloigné de tout , on ne trouve que Dieu qui tient lieu de tout , où l'on n'est jamais moins seul que quand on est seul avec Dieu.

Image sensible de la vie bienheureuse , dont on semble déjà goûter les prémices.

Ames formées à l'image de Dieu , et destinées à l'immortalité glorieuse , après avoir médité des vérités si'sublimes « si solides et si toucban*

ou coKnriTE spirituelle. i^y

êes 9 n^auriez-vous rien à yous reprocher si voa» vous refusiez et si vous ne tâchiez au moins d'aspirer à ce saint état ? Ici la grâce tous laisse à vos réflexions , prenez garde qu'un }our elle ne vous abandonne à vos regrets ; ils seroieni peut-être éternels.

Cependant si par lâcheté ou par infidélité vous avez eu le malheur de vous éloigner dt cet état» ne perdez ni courage ni confiance. Dieu vous présente une voie de retour; non il n'a pas fermé son cœur pour toujours; une douleur sincère vous en donnera de nouveau l'entrée : si vous revenez* avec sincérité , Dieu vous recevra encore avec tendresse ; mais si vous y êtes une fois rentrées , craignez d^en sortir jamais , de peur que la mort ne vienne vous surprendre conmie des épouses endormies dans le somopieil du relâchement et de la tiédeur. Vivez avec Dieu , ne vivez que pour Dieu ; c'est la seule vie à désirer en ce monde et pour l'autre.

pnikRE*

Adorable Sauveur de nos âmes » attirez-nous tous h vous , puisque vous ne nous avez créés que pour vous. Dieu saint , Dieu puissant , formez-vous des âmes capables de vous rendre cette gloire , des âmes élevées au-dessus d'ellesmêmes et du monde , ne goûtant que vous seul» vous trouvant en tout» et ne voulant trouver que vous seul > qui leur tiendrez à jamais lieu de

l84 L*AXE INT£bI£URE,

tout. Qu*est-ce que ce monde h leurs yeux, quand vous les éclairez ? Y a-t-il même un moade pour elles , et ont-elles d'aulres pensées que le ciel , d'autre désir que Téternité , d'autre vie que la grâce , d'autre patrie que le séjour des Elus , où vous régnez , oii vous les appellerez un jour pour y régner éternellement avec vous et dans vous ? Ainsi soit-il.

La confiance en Dieu.

La confiance en Dieu est un des fruits les plus précieux de la vie intérieure , et ce n'est guère que dans cette terre promise qu'on peut le cueillir. Il est naturel qu'une âme qui a tout quitté pour Dieu , mette en lui toute sa confiance; et en même temps il est de la bonté de Dieu que cette âme dans sa confiance trouve son secours, sa consolation et sa paix«

Pour établir notre confiance , deux choses sont absolument nécessaires^ il faut que celui à qui nous la donnons ait tout à la fois et le pouvoir et la volonté de nous secourir ; car dans lui le pouvoir sans volonté ne seroit quMndiflfêrence t et la volonté sans pouvoir dégénéreroit en foiblesse. Or, que trouvons-nous dans Dieu?

Et à ces deux titres mérite*t-il notre confiance?

Et d'abord , à qui est-ce que nous donnons notre confiance , quand nous nous confions en Dieu? C'est au Tout-Puissant, au souverain

ou CONDUITE 9PIBITUK1LE. - iSS

Mattfe du monde, à celui qui commande au néant , qui a créé ce vaste univers , et qui dès lors , en quelque état de misère , d'afflictions , de malheurs que nous puissions nous trouver , a en main les moyens de nous soutenir : que Tin» digence nous presse , que la douleur nous accable . que tous les maux , tous les périls , tous les ennemis nous environnent , Dieu dans un instant peut venir à notre aide , et pourvoir à tous nos besoins*

Ah I je le comprends , si nous mettons notre confiance dans les hommes , elle ne sera ni stable, ni assurée , patce les hommes eux-mêmes sont foibles et impuissans ; leur pouvoir est de la nature des choses humaines , essentiellement limité et borné. Pour une occasion où ils peuvent nous aider , combien en est-il où ils sont hors d'état de nous soutenir! Souvent en peine pour eux-mêmes , que pourront-ils pour les autres? (ion , il n'est que le Dieu de l'Univers et •a main puissante qui ne seront jamais réclamés en vain. Pouvoir immense qui embrasse tout :

besoin^ de l'âme , besoins du corps , besoins particuliers et communs , besoins présens et à venir. Fussions-nous .dans les situations les plus affreuses , dans les événemens les plus tristes et les plus funestes , trahis de nos amis , abandonnés de nos proches , livrés aux attaques de nos ennemis, sans crédit, sans protection, sans ressource; loin de nous décourager, c'est alors qu'il faut plus que jamais espérer en Dieu ; parce

l86 X^AHS IlITiBIBVKB,

que sii putîMaDce parolt davantage , lorsque tout est comme désespéré de la part des créatures. Car s'il laisse quelquefois ses enfans dans les plus grandes afiliclions , c'est pour les en tirer avec plus de gloire , et faire paroltre son bras avec plus d'éclat ; confions-nous donc en lui , et ne craignons rien , ai ce n'est de ne pas es* pérer.

Mais si Dieu peut nous secourir » le yeul-il ? Doute injurieux » défiance injuste , qui seroit capable d'éloigner à jamais de nous la protection et le secours du ciel.

Qu'est-ce que Dieu » et quelle idée eq avoBSnous donc , si ce n'est d'un Dieu souveraine* ment bon , qui ne veut » qui ne désire , qui ne peut, procurer que le bien ; d'un Dieu libéral , magnifique» qui ne cherche qu'à répandre l'abondance de ses trésors ; d'un Dieu vigilant , attentif aux besoins de ses créatures , sans qu'il y en ait aucune qui puisse être éloignée de ses yeux , et indifférente à son cœur ; d'un Dieu tendre et compatissant , sensible à noâ maux , prenant part à nos peines , s'intéressant à tout ce qui nous touche ; d'un Dieuinfinimentéclairé, qui voit tout , qui connoit tout , nos peines , nos besoins , nos défauts , nos misères , nos désirs mêmes TTout lui est présent , et tout l'intéresse : voilà le Dieu que nous servons et à qui nous nous confions. Pourrons-nous en être abandonnés dans nos maux , et trompés dans nos espérances? Ouvrage de sa main » objets de son af^

eu COUDVITB SPIRITVBLir. l8^

fection , poorroit-il nous éioigner quand nous Tenons nous jeter dans ses. bras ? Pourvoyant sagement, libéralement aux besoins de toutes ses créatures y oublieroit-il celles qui bont au nombre de ses enfans ?

RespicUe volatiU<LC(»U ; {Matth. 6. ) c'est lui-même qui nous parle , et qui pour animer aotre confiance , nous adresse ces consolantes paroles : t Considérez , nous dit-il , les oiseaux du ciel; ils ne sèment» ils ne moissonnent point , et le Créateur de Funivers ne pourvoit-il pas à leur subsistance ? voyez les Ib qui croissent dans les campagnes ; ils ne cul« tivent point la terre , ils ne filent ni le lin » ni la laine ; cependant Salomon lui-même dans toute sa gloire n'est pas vêtu avec autant de magnificence et d'éclat : que si Dieu a un soin si marqué d'une herbe qui croit dans les champs , qui pousse aujourd'hui , et qui se fane demain, combien plus aurat-il soin de vous , créatures intelligentes , faites à son image ! O hommes de peu de foi , ne soyez donc point tant en peine , en disant : que fe** rons-nous ? Que deviendrons-nous ? Comment pourvoirons-nous à nos vêtemens et k notre subsistance ? Votre Père céleste sait les besoins que vous en avez. Laissez aux nations infidèles à entrer dans ces sollicitudes ; donnez-vous les soins raisonnables , après quoi reposez-vous-en sur lui. Ne soyez nullement en peine sur le lendemain , Dieu y pourvoira t

» à chaque joorsuflSlsa misère. Cherchez avant » toutes choses le royaume de Dieu , et tout le » reste vous sera doDoé comme par surcroît. » AÎD^i nous parle notre Dîen lui-même ; ce sont là ses paroles et ses senlimens , bien capables » sans doute , d'établir , d'animer , de rassurer notre confiance ; et si nous en manquons , ne méritons-nous pas d'être li?rés à nos perplexi* lés et aux peines des nations infidèles qui méconnoissent son saint nom ?

A ses paroles et à ses promesses » ce Dieu de bonté n Vt-ii pas ajouté les effets ? et combien -de gages précieux ne nous a-t-il pas donnés de sa tendresse 1 Que n'a-t-il pas fait pour nous , et de combien de faveurs ne nous a-t-ii pas prévenus I Jetez un coupd'œil sur les différons âges de votre vie , et sur les divers événemens qui ont rempli votre course ; que d'époques marquées de sa protection spéciale sur vous ! Je vois des maladies comme désespérées , dont vous aver été guéri ; des affaires fâcheuses et épineuses, dont vous êtes sorti par des voles inespérées ; des chagrins amers dont vous auriez été accablé, et il vous a soutenu ; des temps de misère et de calamité où vous craigniez de manquer de tout , et vous vous êtes vu à la fin de l'année sans savoir comment ; des secours inopinés qui vous sont venus à propos , lorsque vous croyies tout perdu ; des accidens , des dangers sans nombre où vous deviez mille fois périr ; que sais-je? une infinité d'occasions et d'événemens» où, i

ou CONDUITS SPIBITUELLB. 1S9

moins de fermer les yeux , vou^ ne pouvez vous empêcher de voir le doigt de Dieu agissant pour vous y et vous protégeant d'une manière aussi singulière que si vous aviez été le seul objet de son attention toute divine.

Enfin , pour vous votre Dieu est descendu du ciel sur la terre ; pour vous il est mort sur une croix ; pour vous il s'offre et s'immole encore tous les jours sur ses autels : à ce prix ne mérite-t-il pas d'être cru , et n'a-t-il pas droit d'exiger de vous toute votre confiance ?

Je le sais , ô mon Dieu I vous ne défendez pas de prendre tous les moyens que la prudence peut suggérer ; vous l'ordonnez , au contraire » et eu user autrement , ce seroit vous tenter s mais ce que vous voulez encore , c'est qu'en agissant de notre côté » et en ne négligeant rien de ce qui dépend de nous , nous attendions tout de vous , comme si nous n'avions rien fait. Yout ne nous défendez pas de recourir aux hommes , mais vous nous défendez de compter sur eux , comme s'ils pouvpient quelque chose sans vous.

Tels sont les fondemeos et les règles de notre confiance ; mais quels en doivent être les sacrés caractères , pour qu'elle soit véritablement selon Dieu? Les voici, gravons-les bien avant dans nos cœurs.

1 .* Confiance intime qui vienne du cœur , qui soit établie dans le cœur ; la confiance est l'ouvrage du cœur et du sentiment : Dieu est notre Père» nous somme$ ses enfaos ; des enianspeu-

ijo l'ahe int£ribvrb,

vent'ils refuser leur cœur et leurs sentimens ant

meilleur et au plus tendre des Pères ?

s.* Confiance ferme et inébranlable : que rien ne soit capable de l'abattre et de l'altérer ; que ni les obstacles , ni les dangers , ni tous les revers n'en afibiblissent en rien les sentimens ; une fois établie sur la bonté et la puissance de Dieu » pourroit-elle jamais recevoir quelque atteinte ?

3.* Confiance universelle et entière , qui s'étende à tout, et qui embrasse toutes les occasions , toutes les circonstances et tous lesévénemens de la vie : avoir confiance en Dieu dans un point , et en manquer dans l'autre , c'est n'en avoir point. Dieu renferme tout dans sa puissance » l'homme doit tout renfermer dans sa confiance.

4^* Confiance cependant sage et prudente « qui ne compte pas tellement sur la bonté de Dieu , qu'elle néglige ce qui dépend de ses soins ; ce ne seroit plus confiance chrétienne, mais présomption téméraire.

Quelqu'un dira peut-êtro : J'ai mis en Dieu toute ma confiance , je l'ai prié» j'ai espéré en lui ; cependant il ne m'exauce point » et je ne ▼ois aucun effet de ma confiance. liélas I je na sais presque que penser. . • . Ame de peu da foi , arrêtez ces sentimens injurieux à la bonté et à la providence de votre Dieu ; il sait mieux ce qui vous convient que vous*même; peut-être ce que vous demandez ne seroit pas pour votre bien; et si au lieu de ce que vous demander»

eu COIÏBUITE êPIBITUELIB. IQl

Dieu TOUS accorde quelque chose de plus avaa* tageux pour vous , pouvez-vous vous en plaindre ? Remettez-vous entièrement entre ses mains; laissez-le disposer de tout selon sa sagesse : atten« dez les momens de cette Providence divine ; ne cessez de prier , d'espérer , et de dire avec le Prophète : In te. Domine, speravt, non con* fundar in œternum. ( PsaL 3o. ) J'ai espéré en vous , ô mon Dieu ! et mon espérance ne sera point confondue.

C'est en vous seul » ô mon Dieu I que je met* Irai toute ma confiance; vous seul pouvez être mon appui dans mes maux » ma lumière dana mes doutes , ma force dans mes combafs » ma consolation dans mes peines; mille fois j'ai éprou* Té la foiblesse et l'insuffisance des secours humains ; c'est le vôtre que je réclamerai en toute occasion , ô Dieu puissant , ô Dieu de bonté I Dès ce moment je me jette entre vos bras» el je me repose en assurance dans votre sein paternel. Yons connoissez mes besoins ; vous voulet mon salut ; vous êtes mon Père ; vous seul , d mon Dieu 1 me tiendrez lieu de tout. Foiblea soutiens , fragiles appuis , disparoissez. Dieu même est ma ressource , ma force , inon asile» mon tout. C'est vers vous. Dieu puissant , que je lèverai désormais mes mains , mes yeux et jnon cœur ; c'est de vous que j'attendrai moo

secours , ma consola lion , mon bonheur pour ce monde et pour l'autre , pour le temps et pour Téternité. Ainsi soit-il.

PBATIQTJES.

1.* Faire souvent des actes de confiance en Dieu ; et dans les dangers et les peines recourir d'abord à lui.

2.® Quand tout nous manque , nous jeter entre ses bras , et surtout alors ranimer cette confiance.

3.* Penser combien de fois les créatures nous ont trompés dans notre attente et nos espérances.

4-* Se rappeler souvent tant de traits de la bonté de Dieu que Ton a éprouvés dans la vie.

5.* Ne jamais commencer quelque chose d'es-^ f entiel , sans le recommander à Dieu et {e lui Confier.

Enfin , soyons persuadés qu'une véritable et intime confiance en Dieu » est le moyen le plus^ assuré d'honorer sa bonté, sa sagesse» sa puis^ sance, toutes ses perfections , et par là même» que c'est l'hommage le plus précieux et le plui glorieux que nous puissions lui rendre , et qui sera le plus agréable à son cœur*

ou CONBOtTB 8PI&IT0B1IB. lg5

La paix du Cœur.

Quand une fime fidèle » à force de combats livrés et de victoires remportées sur elle-même» est enfin venue à bout de réprimer ses passions » de dominer l'empire des sens , d'arrêter , de modérer son activité naturelle ; quand surtout eUe s'est long-temps exercée à la pratique du recueillement » à la fidélité à la grâce , au détachement de toutes les choses humaines , à la conformité entière à la volonté de Dieu , alors enfin , la paix du cœur entre comme eu triomphe dans cette âme » elle y établit son séjour et son règne , qui est proprement le véritable règne de Dieu en nous. Tous ses ennemis étant subjugués et soumis , elle règne en souveraine et y fait régner toutes les vertus.

Mais en entrant dans nous » quels biens ineffables n'introduit-elle pas avec elle ? On peut dire qu'une âme une fois bien établie dans la possession de cette paix , devient dès lors supérieure à tout » et que rien sur la terre ne peut altérer 4u moins le fond et l'essence de son bonheur.

Dès lors elle est supérieure à toutes les agita*

^ons et à toutes les révolutions de ce monde; ce

ont de violeps orages , mais qui ne mqntent pas

usqu'à la région où le juste a fixé son séjour ; le

194 L*AMB INTÊBIEURB»

bruit de ces orages retentît à ses oreilles » mais ne porte point d'atteinte à son cœur.

Supérieure à toutes les attaques et à toutes les tentations du démon : la paix de Tâme attire ou des lumières célestes pour prévenir les tentations , ou des forces dWines pour les surmonter '; en rain l'esprit de ténèbres voudroit-il attaquer une âme réfugiée dans le sein du Dieu de la paix.

Supérieure à tous les revers et % toutes les afflictions de la vie : et qu'importe à l'homme ^age que sa fortune soit ébranlée » sa santé altérée , ses projets renversés , ses espérances trompées , si la paix de son âme sait s'élever sur les ruines de toutes les choses périssables?

Supérieure même aux craintes et aux alarmes des approches de la mort ; on voit v^r avec tranquillité une fin àjàquelle on a tâché de se préparer , et qui dans le fond ne termine une vie de pénibles combats , que pour commencer une vie de repos , tranquille et durable*

Combien d'autres avantages la paix du cœor fie fait^elle pas goûter » si elle est solide et bien affermie 1

La paix du cœur attire sur une âme les regards et les complaisances de Dieu » qui se plati à considérer son ouvrage et à le rendre tous les jours plus digne de lui.

La paix du cœur semble appeler toutes les ffrâces du ciel» qui tombent 9ur l'âme comme

OV CONDUITE SPIBItUBLLB. IjS

sur une terre bien préparée à les recevoir , et à produire des fruits de salut et de vie.

La paix du cœur nous met en état de nous entretenir intimement avec Dieu , il n'aime point à converser dans l'agitation et le trouble , mais sa voix se fait entendre dans le silence «t le^alme.

La paix du cœur dispose notre âme à s'acquitter saintement de tous les exercices de piété ; lectures , oraisons , confessions , communions , toutest plus dignement , plus parfaitement offert» quand la paix prépare les voies et dispose les sentimens.

Que dirons-nous encore, et pourrons-nous jamais énoncer tous les fruits que produit cette terre promise ? Dans la paix du cœur , on trouve l'égalité d'âme 9 la possession de soi-même, le calme de la conscience » la confiance en Dieu » l'abandon entre les mains de Dieu , une douce espérance du bonheur du ciel , une vive attente de l'immortalité glorieuse.

Disons-le , la paix du cœur est le plus grand bien que nous puissions goûter en ce monde ; c'est la plus grande grâce que Dieu puisse nous accorder sur la terre ; c'est le véritable trésor caché dans le fond de l'âme; c'est la manne dé-, licieuse qu'on cueille dans le désert de cette triste vie.

Enfin , on peut assurer que s'il y a un bien à désirer en ce monde , c*est surtout cette paix

196 L^AMB inrihlZVUEt

du cœur , san^ laquelle aucun autre bien ne peut être goûté dans la Tie.

Mais aussi cette paix divine » si on a le bonheur de la posséder y quel soin ne doit-on pas avoir de la conserver » soit en évitant les obstacles qui peuvent l'altérer , soit en prenant tous les moyens qui peuvent raffermir!

Voulez- vous conserver cette paix? Ah I craignez le trop grand air, la dissipation , l'agitation » l'activité naturelle » et plus encore les fautes réfléchies -, les infidélités volontaires , le partage du cœur ; ce sont les ennemis de votre bonheur , parce que ce sont les ennemis déclarés de la paix.

Youlez-vous vous maintenir dans cette paix?

Prenez tous les moyens que le ciel et la grâce TOUS offrent ; ceux qui vous Font jHrocurée , pourront aussi vous la conserver: recueillement intérieur , docilité aux lumières de l'Esprit saint, pureté dans vos motifs , droiture dans vos intentions , simplicité dans votre conduite , fréquentation des sacremens , prières ferventes , défiance salutaire de vous-même , résignation entière à la volonté de Dieu , désir sincère d'être tout à Dieu , etc.

Cependant , malgré tous vos soins , votre fi« délité , vos efforts , il ne faut pas vous attendre ni à une paix constante et assurée , ni à une paii entière et parfaite ; ce n'est pas le partage des ] voyageurs sur la terre.

L'âme du juste même peut éprouver et éproo^

ou CONDUITE SPIBITTJELLE. I97

Tera peut-être souvent des peines , des agitations , des retours ; elle pourra être exposée à des troubles , à des craintes , à des perplexités , à des alarmes ; les eaux de la tribulation peuvent pénétrer dans Vàme la plus juste et la plus fidèle ; c'est le sort et la condition de cette vie mortelle , de ce lieu d'exil ; mais pour Tordinaire toutes ces grandes agitations ne sont que des épreuves que Dieu permet pour un bien , et qui n'altèrent point le fond de l'âme bien résignée.

La paix n'est point agitée dans l'intérieur de son sanctuaire; il faut donc s'attendre à ces épreuves et à ces vicissitudes , tant que nous serons en ce monde , c'est le temps des combats ; la paix assurée , pleine et constante , nous est réservée dans la céleste patrie ; qu'il nous suffise d'en avoir ici>bas le gage et les prémices , et d'en attendre la plénitude parfaite et la consistance immuable dans la région des vivans.

VRllîRE*

Dieu de la paix , régnez dans mon cœur , et faites-y régner avec vous cette paix aimable , cette paix désirable que vous seul pouvez nous faire goûter. Le monde no sauroit la donner à ses sectateurs ; en vain soupireront-ils après elle; malgré leurs soupirs et leurs vœux, elle s'enfuira toujours devant eux» et ne résidera jamais dans leur cœur* Mais » Dieu de bonté !

198 X*AMB INT£bI£1JBB9

ce n'est pas seulement pour le temps de la vie que )e tous demande celte paix : accordez-lamoi surtout à l'heure de la mort , et lorsque les ennemis de mon salut feront les derniers afforts pour me la ravir; venez à mon aide et recevez mes derniers soupirs dans le sein de cette douce paix , qui sera pour moi le gage de la paix immuable préparée pour le règne de votre gloire.

U Amour pur et parfait envers Dieu.

L'avoub pur consiste à aimer Dieu unique* ment pour lui-même» et par le seul motif de ses perfections adorables , sans retour sur nous-mêmes et sur notre bonheur.

Il y a eu de grondes disputes et de grandes dUcussions sur ce point important de la morale chrétienne. 11 ne nous convient nullement d'y entrer; mais pour suivre notre plan et aspirer» comme nous nous le sommes proposé , à une pratique solide de Tamour divin , voici deux points fixes et constans auxquels nous pouvons borner nos recherches » et qui doivent en effet nous sufBre.

Il est évident , d'une part , que nous ne pou* Tons connoltre et aimer Dieu comme infiniment bon en lui-même , sans le connottre et l'aimer comme notre fin dernière , et par conséquent comme notre souverain bien ; alors nous nous aimons nous-mêmes» il est vrai» mais d'un

Otl GONDVITB St^tBtTtBllB. lt)g

Émour bien réglé » qui s'accorde avec Tamour de Dieu » et qu'on appelle amour d'espéranceè Mais d'un autre côté » il est certain aussi que nous pouvons tendre à Dieu de tout notre cœur, sans retour réfléchi sur nous-mêmes et sur no* tre propre bonheur { et voilà Tamour véritablement parfait.

Non , la charité ne détruit point Tespérance, et l'espérance n'est point opposée à la charité parfaite. Laissant donc à part toutes ces ques-^ lions , tenons-nous-en au point fixe et constant, et disons :

L'amour de Dieu est de précepte absolu pour tous les hommes , et indispensablement néces-* saire pour le salut. L'Esprit saint ne pouvoit a»'exph*quer plus clairement et plus fortement qu'il ne l'a fait sur ce point.

f^ous aimerez te Seigneur votre Dieu de tout votre cœur; c'est-à-dire , dans toute 1'^ tendue de vos senlimens , comme le souverain bien ; vous lui rapporterez tout , comme à votre fin dernière , et vous ne ferez jamais rien de contraire à ce saint amour.

f^ous raimerez de tout votre esprit et ds toute votre âme; c'est-à-dire , vous lui en consacrerez toutes les puissances ; votre mémoire en conservera le souvenir ; votre entendement en contemplera les perfections ; votre volonté soupirera après lui , comme après le digne objet de ses complaisances.

F oui C aimerez de toutes vos forces; c*e8t->

900 L*AME INTÀBIEUBE»

à-dire » tous emploirez à l'aimer toute rotre application, tous vos soins, tous tos efforts; et 8*il se présente des obstacles à vaincre » des peines à essuyer , des persécutions à souffrir , des sacrifices à faire, vous serez prêta tout faire , à tout souffrir , à tout sacrifier pour lui témoi- ^er votre amour.

Tel est l'amour , de préférence , commandé à tous les hommes ; Tobligation du précepte est constante et générale pour tous ; la manière de le remplir peut être plus ou moins parfaite. Il est évident que Dieu attend de certaines âmes qu'il a privilégiées de ses grâces , plus de pureté et de désintéressement que des autres : ce qui suiBroit au commun des âmes , ne sufBroit pas è celles à qui il veut se communiquer d'une manière plus spéciale ; la moindre tache , la moindre imperfection seroit capable de blesser le cœur du céleste Epoux ; c^est surtout envers ces âmes qu'il est par excellence le Dieu jaloux : il demande d'elles plus de pureté dans leur amour» plus de ferveur dans leurs senlimens , plus de générosité dans leurs sacrifices , plus de constance et de persévérance dans leurs combats.

Ainsi les uns aimeront Dieu pour lui-même , sans retour réfléchi sur eux et sur leurs intérêts; mais uniquement parce qu'il est souverainement •grand , saint et parfait; parce qu'il est un océaa immense de perfections, de beauté , de bonté, d'amabilités ; parce que par lui-même U mérite tout notre amour , indépendamment du bien que

OV COIfDUITB SPIRITUBLLB. 201

cet amour nous procure ; et ce sera là un amour Téritablement pur et parfait.

Les autres aimeront aussi Dieu pour lui-même, et à cause de ses perfections infinies ; mais en ce motif se trouvera encore la vue du bien et du bonheur qui leur revient nécessairement de cet amour divin, et de même la reconnoissance qu'ils doivent à Dieu pour ses bienfaits : cet amour , quoique moins parfait, sera toujours un amour saint , méritoire et digne de Dieu.

La charité , qui est l'âme de la vie parfaite , laisse subsister toutes les autres vertus ; elle n'en exclut aucune ; mais elle se joint à toutes pour les perfectionner et les ennoblir , en leur communiquant son ardeur ; elles les commande, elle les anime , elle semble se les unir , se les approprier toutes pour les faire agir par leur mo* tif particulier , mais relevé et ennobli par son commandement et son influence : c'est ainsi qu'elle commande ^ la patience de soutenir les épreuves ; à l'espérance , d'attendre le secours; à l'humilité, de souffrir les mépris; à la pénitence , de pleurer les péchés ; à la douceur , de céder dans certaines occasions ; à la force , de résister dans d'autres : en un mot, la charité anime , vivifie toutes les vertus , et les conduit comme sous ses étendards , pour en consacrer à Dieu tous les actes d'une manière plus parfaite et plus digne de lui.

Au reste , il y a une grande différence entre les effets de Tamour que nous avons pour lui ;

to% l'amb INTÉBIEURE 9

Dieu en nous aimant , nous comble de biens et fait notre bonheur. Notre amour ne peut contrit buer en rien au bonheur essentiel de Dieu, parce que Dieu est essentiellement heureux par luimême ; tout ce que nous pouvons faire , c'est de nous complaire dans ses perfections inCnies » de lui témoigner la joie que nous avons de le voir si grand , si parfait , si aimable , et de lui pro-> curer , autant qu'il est en nous , l'honneur et la gloire qu'on peut lui rendre : cette complaisance et cette bienveillance sont les deux principaux actes de l'amour pur et désintéressé.

Formons donc ces actes le plus souvent,ayec le plus d'ardeur , le plus de ferveur que nous le pourrons ; offrons à Dieu l'hommage le plus digne de lui ; élevons nos cœurs à ces généreux sentimens ; unissons-nous , autant qu'il est en nous , aux ardeurs des Anges , aux transports des Chérubins dans le ciel : en un mol , aimons Dieu purement, aimons-le parfaitement , aimonsle constamment en ce monde , puisque nous sommes destinés à l'aimer éternellement dans l'autre.

Jlcte d'amour parfait envers Dieu.

Bonté suprême , beauté souveraine , centre de toutes les perfections ; ô mon Dieu I }e vous aime de tout mon cœur , de toute mon âme , de toutes mes forces. Je vous aime uniquement pour

OV GONDVITB SPIRITUBLLB. fo3

Tamour de Tous-méme , parce que vous êtes infiniment bon , saint , aimable et parfait » et que vous êtes digne de tout notre amour.

Je vous aime'dans tout , avant tout , par-dessus tout , préférablement à tout ; auprès de ?ous , tout le reste ne m'est rien , et vous seul me tenez Heu de tout. Oui , mon Dieu ! je vous aime de tout mon cœur , je désire de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie ; et j'espère de vous aimer dans toute l'éternité.

Beauté toujours ancienne ettoujours nouvelle» faites que je ne vous aime en ce monde , que pour vous aimer plus parfaitement dans l'autre» et ne plus vivre que de votre saint amour , qui seul fait , et fera à jamais le bonheur et la gloire de vos élus. Ainsi soit-il.

L'Union avec Dieu.

L'union avec Dieu est la consommation des desseins de Dieu sur une âme; c'est le chefd'œuvre accompli de sa grâce ; c'est le plus haut point de sainteté oii une pure créature puisse aspirer sur la terre.

Cet état consiste à se tenir constamment uni à Dieu dans tout et de tout nous-mêmes ; c'està-dire , que notre entendement lui soit uni par la considération de ses souveraines grandeurs ; que notre mémoire lui soit unie par le souvenir de ses înefiables bienfaits ; que notre volonté lui

fo4 h*KJiE INTillEVRE,

fcoit unie par le parfait aecomplissemeat de b Menue. Celte unioD de toutes les puissances de notre âme influe ensuite dans toute» nos actions et dans toute notre conduite, en sorte que dans tout ce qu'on pei^se» tout ce qu'on dit » tout ce qu'on fait , on ne voit que Dieu , on ne pense qu'à Dieu» on ne trouve que Dieu, et on le trouve dans tout. Si on considère les créatures insensibles qui sont dans cet univers , ce sont les ouvrages de la main de Dieu : si on se trouve avec des créatures intelligentes » ce sont tes images vivantes de Dieu; s'il arrive des événèmens extraordinaires » ce sont les dispositions de la providence de Dieu.

Ainsi en sera-t-il encore de toutes les aflaîres que l'on a à traiter dans son état, de tous, les accidens et les revers qui peuvent af&iger dans la vie , de tous les desseins , les projets , les entreprises que nous pouvons former. Cette union les rapporte toutes à Dieu; et nous y rapporte nous-mêmes avec elle.

Si les choses réussissent, c'est Dieu qui lésa bénies; si les projets échouent , c'est Dieu qui l'a ainsi permis ; s'il arrive des malheurs , c'est Dieu qui en a ainsi disposé.

Dieu partout , et Dieu seul en tout , par l'union de nos pensées , de nos a Sections , de nos actions , de toute notre conduite , n'ayant jamais en vue que sa gloire , le désir de lui plaire, de ne vivre que pou,r lui , afin que lui-même vive dans nous. Quelle gloire pour l'homme d'être

ou COKBtlTB SPIRITUELLE. to5

ainsi constamment uni à son Dieu I Mais quels effets , quels prodiges de grâces ne faut-il pas pour former cette union ineffable et toute divine ! Comment une créature foible et mortelle » une âme de son fonds si imparfaite et si défectueuse 9 peut-elle être élevée à un rang si haut, à une gloire si sublime ? ^

C'est là , en effet, le prodige étonnant de la grâce d'un Dieu envers nous et sur nous. Disonsle , c'est non-seulement par la grâce de Jésus- Christ , mais c'est de Jésus-Christ même , de sa personne adorable , que le prodige de cette union s'opère dans nous.

L'homme seul étoit trop abaissé pour pouvoir s'élever jusqu'à Dieu ; Dieu seul étoit trop élevé pour s'unir à l'homme. Jésus-Christ Dieu et homme s'est rendu médiateur entre ces deux extrêmes, pour les réunir en sa personne, et n'en faire plus qu'une seule. Fecit utraquc unum, ( Ephes. 2. )

C'est la doctrine sublime de S. Paul , qu'il exprime en ces deux mots si précis et si énergiques: Omnia vestra sunt , vas autem Ckristi , Chris* tusautemDcu ( i. Cor. 3. ) Tout est à vous»

TOUS êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu. Toutes les créatures qui sont dans cet univers ne sont point à elles» mais à nous pour qui elles sont faites ; nous ne sommes point à nous , mais à Jésus-Christ qui est notre chef : Jésus- Christ lui-même est uni à Dieu » qui est la fin de tout ; c'est-à-dire , que Jésus-Christ

2o6 l'ame intéribure»

ayant réuDÎ tout en lui , il élève , il transporte» pour ainsi dire , avec lui tout en Dieu , et de» lors il n'y a plus que Dieu ; les créatures , nous» Jésus-Christ , tout est réuni , tout est un en Dieu; Dieu seul est , vit et règne dans tout , comme le principe , le centre , le terme unique de tout» Chrtstus autem Dei.

Voilà la gloire où nous pouvons aspirer » el la sublime grandeur où l'union avec Dieu nous élève. Bien peu d'âmes arrivent à ce point de perfection si grande et si éminente » parce que peu d'âmes entassez de fidélité , de générosité» de constance pour se renoncer » se détacher ainsi absolument d'elles-mêmes et de tout , afin de s'unir intimement à Dieu » et n'avoir en tout que lui seul en vue.

Il y en a eu cependant , et il y en a encore, et il y en aura jusqu'à la fin des siècles.

Tel étoit , sans doute , un David, lorsqu'il disoit : mon unique bonheur , mon unique gloire, c'est d'être tout à Dieu , et par une sainte adhé* aion à ses volontés , de m'unir en tout à lui, tnihi adhœrere Deo bonum est. ( FsaL 72. )

Tel étoit un saint Paul , lorsqu'il accomplis- 8oit en lui cet oracle qu'il nous a annoncé : Je vis, mais ce n'est plus moi , c'est Jésus- Christ même qui vit en moi : vlvû autetn, jam non, ego, ( Gai 2. )

Telle étoit surtout celte fidèle épouse dans les Cantiques , lorsque dans ses doux transports , «"'lie s'écrioit : mon bien-aimé est à moi , et je

ou CONDUITE SPIRITUELLE. S07

suis à lui. Dilectus meus tnihl , et ego illL ( Cant. I. )

Dans cet état d'union intime » on aime Dieu d'un amour véritablement pur. On fait des actea d^amour très-parfaits , parce qu'ils ne sont point mêlés des recherches de l'amour propre ; et ces âmes » par un seul de ces actes , rendent plus de gloire à Dieu que nous ne faisons communément en plusieurs années.

Mais comme il est impossible de parvenir à ces suprêmes degrés sans une grâce bien spéciale de Dieu , il n'est pas possible aussi de s'y maintenir sans une fidélité inviolable et une correspondance généreuse et constante è celte grâce» autrement Dieu retireroit ses faveurs , et l'âme ne persévéreroit point dans le degré ott elle avoit été élevée.

Enfin , quoiqu'il n'y ait que peu d'âmes qui arrivent au plus haut point de cette sainteté et de cette union avec Dieu , toutes cependant peuvent y aspirer; si elles n'atteignent pas la perfection la plus émiuente » du moins feront-elles toujours quelques progrès , et insensiblement Dieu les conduisant par la main , tes élèvera peutêtre à un point où elles n'auroient jamais osé porter leurs vues et leurs espérances. Faisons quelques pas • et si nous avons un^désir sincère d'aller plus avant, nous avons déjà bien avancé devant Dieu. Après tout » l'union intime et parfaite avec Dieu ne peut que commencer en ce monde , elle ne sera consommée et immuable

t08 L^AMB INTÉRIEUBB»

que dans le seio de la gloire où tous seront en Dieu » où Dieu sera tout en tous pour toujours , omnia im, omnibus.

prièhe.

O Dieu infiniment saint , aimable et pariait, en vain ferois-je des eiforts pour avoir cette union inelTable arec vous ; ce n'est que par votre grâce qu'elle peut être formée : tout ce que je puis faire avec son secours » c'est d'en former des désirs et des vœux; c'est de vous la demander avec la plus grande instance ; c'est de donner tous mes soins à ne rien faire qui puisse y mettre obstacle , ou l'altérer , ou la troubler dans mon cœur. Quel intérêt n'ai-je pas à le faire ! puisque par cette sainte union je puis avoir en ce monde une part anticipée au bonheur d^s élus » dont toute la félicité dans le ciel consiste dans l'union intime , immuable , éternelle» qu'ils ont et qu'ils auront à jamais avec vous.

PRATIQUES

1.* Durant la journée , former de temps en temps des actes de cette sainte union avec Dieu.

s.^ Lui demander souvent la grâce de la conserver et de la cimenter de plus en plus en nous.

3.® Nous unir de cœur et d'esprit avec les âmes intimement unies à Dieu.

4*^ Penser à l'union éternelle que nous espérons avoir un jour avec lui sans crainte de nous en séparer jamais.

ou CONDUITE 8PIBITUBLLB. 209

Le bonheur de l'homme ne peut se trouver

que dans Dieu.

Dieu ne défend pas à l'âme intérieure d'aspirer au bonheur et de le chercher ; mais la grâce spéciale qu'il lui accorde , c'est de lui bien faire connollre qu'elle ne peut le trouver que dans le renoncement à elle-même ; c'est l'unique yoie qu'il lui ouvre pour arriver à ce bonheur vé/itable et solide.

Tous tant que nous sommes , hommes vivans sur la terre » nous désirons d'être heureux ; c'est un sentiment que la nature elle-même en nous formant a gravé dans nos cœurs. Nous cherchons partout un bonheur , nous soupirons sans cesse après lui » nous le demandons à toutes les créa* tures , tous nos vœux tendent à ce terme.

Le malheur de l'homme » c*est qu'en désirant le bonheur , il ne suit pas le chemin qui peut y conduire ; il s'obstine à ne pas le chercher où il est , et à le chercher oii il ne fut et ne sera jamais. Les uns éblouis par l'éclat des honneurs, les autres attirés par l'appât des richesses, elles autres séduits par l'attrait des plaisirs , tous s'écariant de la voie » manquent la trace du vrai bonheur ^ et courent après le fantôme d'un bon* heur chimérique. Non « l'expérience l'a montré dans tous les siècles, et le montrera jusqu'à

tlO I.V1IB INTéniBURB,

la fin des temps : rien ne peut rendre Thommé Téritablement heureux en ce monde. Qu'il parcoure tous les biens , il en verra le néant et la vanité.

Les honneurs ne le rendront pas heureux :

Toyez Aman ; si jamais homme sembla devoir être heureux , c'étoit lui. Admis à la cour d'un grand roi . favori de son prince » élevée la dignité la phis éminente , placé comme à côté du trône; è moins que de lui céder sa couronne » le roi lui avoit tout accordé. Aman avoit tout , et après le roi dominoit sur tout : ce sont là les dehors ; entrons dans son âme , écoutons-le répandre son cœur dans le sein de sa famille. Vous me croyez heureux , leur dit-il , et je le parois : or, sachez que je suis Thomme le plus à plaindre qui soit au monde. Tant que je verrai le juif Mardochée à la porte du palais refuser de fléchir le genou devant moi , cette vue sera un poison qui infectera tout le bonheur de ma vie.

Mais quoi I Aman , après son roi , est le plus grand des mortels ; il voit tous les sujets prosternés devant lui , prêts à l'adorer. Un homme, un seul homme, un homme étranger lui refuse l'hommage , dès lors tout ce qu'il est n'est rien à ses yeux ; et cet hommage refusé suiBt pour déchirer son cœur et empoisonner son bonheur* Voilà l'homme avec les honneurs.

Les richesses ne le rendront pas heureux* Voyez un Crésus ; il possède les trésors de toute l'Asie ; or , argent , pierreries , palais superbes»

OV CONDVITB SHRITXmtLE. tll

«meublemens précieux ; Tunivers semble s'être rendu tributaire de son luxe et de son bonheur; jamais roi avant lui n'avoit possédé des biens si immenses ; peut-être jamais homme n'en a?oit tant désiré. Voilà donc Thomme heureux , voilà le fortuné mortel que nous cherchions et que nous désespérions de trouver ; il nage au miliea des trésors amassés', accumulés , entassés. Que dis-je ? au milieu des trésors ; disons au milieu des soins , des agitations » des projets , des espérances et des alarmes ; bientôt peut-être un affreux revers de fortune viendra renverser l'édifice apparent de sa félicité. Le voilà lui-même maudissant son sort , élevé sur un bûcher ardent, condamné à finir sa malheureuse vie consumé lout vivant par les flammes , et à voir tout son bonheur s'évanouir avec la fumée dans les airs. Les richesses n'assurent tlonc pas le bonheur de l'homme.

Les plaisirs ne le rendront pas plus heureux. Voyez tant de sensuels, tant de voluptueux, tant d'hommes livrés à l'empire des sens ; quelle vie mènent*ils , et que voit-on dans leurs cœurs ? que désirs , que projets, que soupirs, souvent même qu'envie , que jalousie , que transports, que fureurs ; formant des désirs et ne pouvant les satisfaire ; tyrannisés par des passions , et ne pouvant les dompter ; chargés de chaînes et ne pouvant les rompre ; attachés à des objets coupables , dont il faut essuyer les humeurs , les caprices , les inconstances » les jperfidies ; sacrîfiani

9l« l'aMB IHTÉRIEVBBt

leurs biens « leur repos , leurhonneap, leur santé à des idoles infâmes , dont ils sont le$* esclaves; passant ainsi leurs Jours dans les agitations et les horreurs , et souvent finissant une vie criminelle par uoe mort encore plus malheureuseï Ce n'est pas un exemple que je rapporte » mais mille à la fois , et tous plus funestes les uns que les autres. Est-ce donc Ik le bonheur , ou plutôt n'estce pas le comble de tous les malheurs ?

Il est donc vrai que ni les honneurs » ni les richesses, ni les plaisirs ne sauroient rendre l'homme heureux. 11 y a plus : tous ces biens, oui , tous ces biens réunis ensemble ne formeront pas un bonheur yériiable.

Voyez surtout Salomon. C'est ici où l'on peut appeler tous les hommes pour leur faire sentir la vide des biens de ce monde et le néant des choses humaines. Salomon , ce rare exemple des prospérités et des misères humaines , avoit tout réuni en sa personne : trésors immenses » honneurs sublimes » plaisirs et délices sans nombre. C'étoit le prodige de son siècle , et il devoit devenir l'étonnement des siècles à venir. Que ditil ? que pense-t il de lui et de son bonheur ? Aa lieu de la voix du contentement , de la satisfaction , des plaisirs , on entend sortir de sa hou* che cet oracle fameux , souvent cité , jamais assez médité : Omnla vanitas et afflictio spiritus» ( Ecoles, 1. ) Tout est vanité etafOiction d'esprit ; je Tai éprouvé et je l'annonce à toute la terre ; j'ai cherché le bonheur partout , j'ai tout

ou CONBVITB S»IBITVBLLB« SlS

possédé » tout goûté , tout épuisé dans ma vie ; et dans tout je n'ai rien trouvé où mon cœur pût goûter un véritable contentement; d'un ob* jet j'ai couru à l'autre » et dans aucun mon cœur n'a goûté de solide repos. Fanitas.

Hommes aveugles , courez à présent après le bonheur , si vous pouvez vous flatter de le trouver sur la terre » après qu'un Salomon a ignoré la route qui peut y conduire.

Non » le cœur de l'homme ne trouvera jamais de bonheur , ni dans le monde , ni dans les biens que le monde renferme ; ni dans ses trésors , ils ne sont que poussière; ni dans- ses honneurs » ils ne sont que fumée ; ni dans ses plaisirs y ils dégénèrent en amertume ; ni dans les spectacles» ils ne sont qu'illusion ; ni dans les amitiés , elles sont Inconstantes; ni dans les conversations » à la longue l'ennui les saisit : en un mot » dans aucun bien que le monde présente » et après la possession et la jouissance de tous » il faudra s'écrier : Vanitas et affUctio spiritus.

Mais enfin , pourquoi tous ces biens ne peu* vent-ils rendre l'homme heureux ? En voici les raisons» puisées dans nous-mêmes et dans le fond de notre âme.

Première raison. Parce que le cœur de.

l'homme est immense » toujours avide » toujours insatiable , rien ne peut remplir sa capacité ; quoi qu'il possède, il désirera toujours davantage; il posséderoit tout un monde » qu'il en désireroit un autre plua vaste.

tlA L*AKB IHTiBIKlTlkB ^

9.* Raison. C'est que l'homine ne peut être heureux que dans la possession de sa fin : tant qu'il sera éloigné de cette fin , il gémira , il soupirera » il formera de nouveaux projets : or , les biens de ce monde ne sauroient être la fin de rhomme ; il est fait pour quelque chose de plus p'and que le monde même.

5.* Raison. C'est que tous les biens de ce monde , fus$ent*ils encore plus grands , finiront «n jour; ils nous quitteront, ou nous les qnit* ferons : or » cette seule pensée » il faudra un jour tout quitter » est capable de verser Tamerlume et le fiel sur toutes les douceurs de la vie*

De sorte que bien loin que les biens de ce monde puissent former des heureux , ils ne peuvent au contraire que rendre encore plus malheureux, parce que nous étant attendus à trouver un bonheur dans leur possession » et ne le trouvant pas , l'espérance trompée se tourne ea chagrin » en afiliction , en une espèce de désespoir , comme il arrive quand on se voit frustré d'une attente dans laquelle on avoit mis sa félicité.

Dieu suprême , auteur de notre être » n'y >* i-il donc point absolument de bonheur à espérer en ce monde ? Et ce désir nature! , ce désir immense que vous nous avez donné pour être heureux , est-il un désir vain , stérile , toujours frustré , e,t uniquement propre à faire notre tooT' ment et notre supplice ?

Ames immortelles , vous êtes faites pour uft

ou COITDUITE SPIMTTJEILB. tl5

bonheur ; mais il ne peut se trouver que dans Dieu. En ce monde vous avez l'attente de ce bonheur qui est un bonheur anticipé ; vous n'au* rez le bonheur parfait que dans l'autre ; vous n'êtes pas sur la terre pour posséder et goûter le bonheur , mais pour le mériter , et vous y préparer : vous êtes dans la voie , il faut marcher 'vers le terme ; c'est là que votre félicité vous attend. Non , le bonheur ne peut se trouver que dans Dieu , mais dans Dieu vous le trou- Terez infailliblement. Vous en aurez un avantgoût en ce monde dans la paix du cœur , dans la tranquillité de l'âme , dans le repos d'une bonne conscience , dans le calme des passions domptées , dans le détachement de toutes les choses créées ; dans la vue et l'attente des biens immortels , c'est-à-dire , dans l'amitié et la grâce de votre Dieu , dans une douce et intime confiance en sa bonté , dans une entière Conformité à sa volonté , dans un saint abandon à sa providence*

Yoilà le bonheur ; il n'en est pas d'autres en ce monde ; en vain ferez-vous des recherches et des efforts : vos recherches seront vaines , vos efforts inutiles ; tous les pas que vous ferez , loin de vous mener au terme » vous conduiront dans l'abtme.

Triste réflexion qui se présente ici ! Nous)sommes assurés que nous ne trouverons jamais un bonheur solide dans le monde et au service du monde : on le^sait » on l'avoue » on Ta éprouvé;

et malgré cela on se jettera dans le mo&de , on 8'attachera au monde , on se livrera à la tyrannie de ce monde » on se rendra encore les esclaves et les victimes de ce monde trompeur et pervers. Qu est-ce que l'homme ?

D'une autre part , on est assuré qu'on trouveroit un bonheur solide s un bonheur anticipé dans le service de Dieu , dans la grâce et L'amitié de Dieu : et ce Dieu , principe de tout bien, sera abandonné , sera oublié , sera offensé ; et au lieu d'aller étancher sa soif dans la source de vie , on ira puiser dans des citernes infâmes des eaux empoisonnées qui conduiront à la mort.

Ames créées à l'image d'un Dieu , connoissez la grandeur dé votre destinée; créées pour le ciel , ne rampez pas sur la terre ; formées pour des biens solides , ne vous attachez pas à une vile poussière ; destinées à un bonheur immense et éternel qui vous attend , ne courez pas après l'illusion d'une félicité trompeuse qui vous séduit : élevez vos sentimens et vos vues jusqu'où la grandeur de vos espérances vous per« met de les porter. Si vous cherchez un bonheur» cherchez-en un qui soit digne de vous ; qui soit capable de vous rendre solidement heureux ; et puisque le monde ne sauroit vous le procurer » puisque le service de votre Dieu vous l'assure , détachez-vous entièrement de ce monde , attacbeZ'Vous inviolablement à votre Dieu ; c'est dans lui » et lui seul , que vous trouverez à présent

ou CONPVITB SFIBlTtBLLB* SI?

sent la paix de votre âme » et un jour Taccomplissemeat de tous vos désirs.

PRATIQVjBS.

1.* Une âme intérieure rendra grâce à Dieu des lumières qu'il lui donne sur le véritable et solide bonheur.

s.® Elle gémira sur Faveuglement et Tégarement de tant d'âmes qui s'écartent des voies de ce vrai bonheur » et elle ofTrira ses prières et ses vœux , afin que Dieu les éclaire et les ramène à lui.

3.* Non contente d'élever ses pensées et ses sentimens vers ce bonheur suprême , elle for* mera une nouvelle résolution de consacrer tous ses soins , tous ses efforts , pour s'en rendre digne.

4.^ Elle considérera dans ce bonheur bien moins le bien dont elle jouira , que la gloire qui en reviendra à Dieu.

Le désir du Ciel.

Voici l'heureux terme où la vie intérieure doit enfin notis conduire ; voici la grande pensée qui doit soutenir l'âme intérieure durant ses épreuves ; voici la couroqneqoi lui est préparée après tous ses travaux et tous ses combats.

Nous sommes faits pour le ciel , il est natu-

ir

Sl8 L^AMB INTiBIBUBB,

rel de le délirer ; le cœur porte ses sentiiiiens et ses vœux vers la fin qui lui est destinée. Que doit désirer un exilé dans une terre étrangère , si ce n'est le retour en sa douce patrie ? Que peut désirer un captif dans le fond d'une obscure

Jméon , si ce n*est de recouvret la lumière et la iberlé ? Que peut désirer un voyageur exposé sur une mer orageuse , si ce n'est sa rentrée dans un port assuré ? Nous sommes en ce monde comme dans Cm lieu à^exVi ; notre âme est ensevelie dans le corps comme dans uûe dure prison[; nous sommes sans cesse exposés aux tempêtes de la mer orageuse de cette vie. Quoi de plus naturel que de soupirer après la liberté des enfans de Dieu , après l'heureux port de l'éternité ? Jésus-Christ notre chef nous est allé préparer une place dans son règne ; les Saints nous tendent les mains et nous invitent à aller partager leurs délices ; tout nous appelle au terme de notre bonheur. Tous désirent en effet le ciel , et soupirent après lui ; mais souvent tous les désirs ne sont pas tels qu'ils doivent être pour Is mériter et en rendre dignes.

Portons nos cœurs , nos désirs vers le^ ciel , nous le devons ; mais que nos désirs aient les sacrés caractères formés par la grâce » et soieat en état d'être agréés de Dieu.

1 .* Que notre désir pour le ciel soit pur ; non, ne désirons point le ciel purement pour être délivrés des maux et àes misères de cette vie; ce 4ésif seroit bas et rtmpant : ne désirons pa^

ou CORDIUTB SMBITtJELLB* SIC)

même le dd uniquemeat pour êlre heureux » ^ pour y goûter la félicité ^es Elug : ce désir ser oit trop intéressé. Désirons le ciel pour voir pluidt Dieu » pow.étre plutôt en état de le glorifier, de Taimer plus parfaitement avec ceutL qui ne vivent plus que de son saint amour. . .

9.*^ Que notre désir du ciel soit ardeni : il le sera , s'ifest proportionné à la grandeur du bien que nous désirons* Qu'on ne forme que des désirs foibles et languissans pour des biens fragiles et périssables , je n'en serai pas surpris : mais pour des biens célestes et permanens » mais pour la possession même d'un Dieu dans sa gloire » que nos désirs soient vife , soient animés , soient ardeos ; est-il rien qui mérite plus nos senti- 4nens et tous nos transports ?

3.*^ Que notre désir pour le ciel soit continuel ; pas un jour » pas un moment où nous ne devions soupirer après le céleste séjour : nos Jours « nos années ne ttous sont domiés que pour lious y préparer , et cette préparation contimielle au souverain bien demande une continuité de 4ésirs ; que ne pouvons- nous former autant de aoupirs pour le ciel que de respirations pour la .vie I

4** Mais surtout , que nos désirs pour le ciel ;soient mis en pratique : en désirant le ciel » delà* cbons-notts de la terre ; en désirant le ciel , travaillons pour le mériter ; en désirant le ciel , menons une vie toute céleste qui nous y prépare ; souflrances » épreuves , mortifications «

StO L*A1IB IlfTÂSIEOBE »

morts à nous-mêmes , tout doit être employé , dévoué » cotisacré à cette fin bienheureuse. Ce n'est pas le seul désir d'être heureux qoii a formé les saints , mais Texercice et les œcrvres de la sainte té» qu'ils ont ardemment et constamment pratiqués. Nous visons au même terme » prenons le même chemin ; lirrons les combats pour mériter la couronne.

Oui , en désirant ardemment le ciel » détachons-nous entièrement du monde , de ses biens, de ses honneurs , de ses plaisirs ; ne prenons aucune part à ses folies joies ; éloignons-nous de ses pompes profanes ; que rien de ce monde ne nous attire et ne nous satisfasse ; que tout nous cause le dégoût et l'ennui ; que ses jours de fêtas et de réjouissance soient pour nous des jours da tristesse et dé deuil.

Tels étoient les sentîmens des I^aélites captifs , qu'ils exprimoient en des termes bien toachans et bien propres à former les nôtres : Aa souvenir de Jérusalem , notre chère patrie , disent-ils » réduits à une dure captirité dans une terre étrangère » nous nous sommes assis sur le bord des fleuves de Babylone , et nous avons grossi leurs cours par le torrent de nos larmes. hh f dans la profondeur de nos soupirs et l'abondance de nos pleurs» nous nous sommes livrés à toute l'amertume de. notre douleur ; nos instrumens de musique sont suspendus , ou ne rendent que des sons lugubres. Ceux qui nous tiennent captifs 9 lions demandent de chanter nos

ev coifstriTB spirituelle. s)ii

Cantiques de joie ordinaires i\ Hëlas ! leur di-^ sons- nous^ par nos soupirs , plus encore que par nos paroles , comment pourrions-nous chanter des cantiques d'allégresse dans une terre étran^ gère ? Ah ! chère Jérusalem , que ma main, droite soit condamnée à un éternel oubli ; que ma lange reste attachée à mon palais desséché^ si jamais je viens à perdre ton tendre et douloureux souvenir : chère Sion , tu seras Tunique objet de mes vœux , «t mon cœur ne soupirera jamais que pour toi : Adhœreat lingua mea faucibuêtnetSfSinonmeminerotuu ( PsaL i36. )

Que si les Israélites sonpiroient si ardemment après la Jérasalem^terrestre , avec quelle ardeur ne devons-nouspas soupirer après la céleste Sion, la Jérusalem véritable I

A la vue du eiel qui nous attend , et ies éaû^i^ gers continuels auxquels nous sommes exposés; disons sans cesse avec le Prophète roi : Quis dabit mthi pennas siout columbœ , et volabo et requiescam ? ( P$aL 54. ) Qui me donnera les ailes de la colombe , pour m'envoler et trou ver mon repos dans le sein de mon bien-aimé ?

Disons avec S. Paul ; Quis me liberabit de corpore mortis hujus ? ( Rom. 7. ) Qui me délivrera de îa prison de ce corps mortel , pour entrer enfin dans l'heureuse liberté des enfans de Dieu ?

Ecrions-nous avec saint Augustin 7 et dans les mêmes transports lAmormeuê , pondus meum; illuc feror , qUooumquè fer or. .Mon Dieu , mon

«a» L^AXB iiit£rubvrb»

amoar , Virant et régnant dans le ciel , est Tat-* trait yainqiieur qui allume tous mes désirs , en dirigeant tous mes pas. Disons encore avee un autre saint : Ah I que la tmrre me parolt yile et méprisable , quand je porte mes regards et mes yœux vers le ciel I Quàm sortUt tnihi tellus » tkm cœlum aspieio I

' Quand viendra donc ce grand jour , cet heureux moment ott je pourrai me réunir à jamais à Fauteur de mon être ? Quandd veniam ?

( Psal. 4i« ) Que fais-je en ce monde ie peu de temps que j'ai à y passer , que grossir le compte' que l'aurai un jour à rendre ? Pourquoi suis-je sur la terre , et à quoi dois- je penser le peu de jours que Dieu m'y laisse en exil ? Oti doivent tendre mes vœux » mes soupirs , tous les «entimens de mon cœur?

De quoi me serviroit de faire des projets » de former des désirs , pour les voir bientôt se dissiper comme un soilge ? Peut-être» hélas ! dans peu de temps ma dernière heure viendra , ma course finira , il me faudra sortir de ce monde; et alors » si jen'avois pas soupiré , travaillé pour le ciel , quel seroit mon sort , quel seroit mon malheur I

O sainte Sion I ô céleste Jérusalem ! ô maison de Dieu I

Chère patrie ! oh tous les enfans du Père céleste doivent se réunir.

Terre des vivahs 1 où tous ceux qui l'habitent ne vivront que de la vie de Dieu même.

OV CONDUITB SPIRITUELLE. î»5

Séjour des élus I où coule \e fleuve des plus pures délices.

Terme de tous les désirs ! où Tâme sera enfia rassasiée , le cœur satisfait , tons les vœux remplis » tous les travaux couronnés» toutes les espérances inflniment surpassées.

PRikBS.

Dieu saint , Dieu puissant I c'est après vous^ c'est pour vous seul que nous soupirons ; appelez-nous tous à vous ; abrégez la longueur de notre exil ; failes du moins que tant qu'il durera»^ nous ne nous occupions que du désir de vous voir un jour face à ûice^ du bonheur de célébrer vos louanges , de bénir vos miséricordes , de contempler vos grandeurs , vos amabilités , vos beautés toujours anciennes et toujous nouvelles.

Ainsi soil-il.

SS4 t\nÈ INTiRTBIJBB»

Page 1