‹ L'âme moderneChapitre 20 sur 21 · LE CHANT DV. LA TOUR · texte numérisé non relu

LE CHANT DV. LA TOUR

Avec du bois, avec du fer, avec du verre, Ils seront élégants autant qu'audacieux; Ils allégeront l'âme en lui rouvrant les deux, Et le cristal et le métal vaincront la pierre.

Ils remplaceront l'art mystique où l'aspect seul Des nefs était pesant au cœur comme une faute, Où l'ombre, d'autant plus sombre qu'elle était haute. Enveloppait l'esprit naïf d'un lourd linceul.

Ils chasseront la peur, trop puérile en somme, Qu'infligeaient h nos fronts les monuments chrétiens : Ils rendront à nos corps affermis leurs maintiens, Car ils attesteront la victoire de l'homme!

La cathédrale était pour les peuples enfants L'asile redoutable et fait pour la prière, Mais notre âme, sereine et virile ouvrière, Veut pour se reposer des temples triomphants :

Il lui faut le plein air lumineux du vitrage. Comme il lui faut l'essor vertigineux du fer, Et moins le souvenir de ce qu'elle a soufl'ert Que l'affirmation de son hautain courage.

Solitaires dans leurs squelettes de granit, Pétrifiés, muets, vrais monstres d'un autre âge, Les temples du passé s'effondrent dans l'outrage Palais du temps présent, montez vers le zénith!

Ah! je puis donc enfin vibrer avec ma race,

Et lui dire des mots où nous soyions d'accord !

Je puis être poète avec la foule encor.

Puisque ceux de ma race ont la foi que j'embrasse!

Je crois à l'Action qui nous peut rapprocher

Dans la gloire et l'espoir des œuvres collectives :

Je préfère le cri de nos locomotives

Au refrain vague et vain qui vient d'un vieux clocher.

Je crois au siècle, comme un fils croit à sa mère ; Je ne sépare pas mon sort des autres sorts. Je ne méprise pas le peuple dont je sors Et j'ai le vaste espoir d'être un jour son Homère;

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Kille du siècle, toi que uiou peuple éleva, Symbole de science cl de démocratie, Salut, Tour lumineuse à mon âme éo-laircie, Symbole aussi de l'art nouveau qu'elle rêva!

C'est d'éléments égaux que ta charpente est faite: Le fer s'ajoute au fer et n'en diffère pas, Et des boulons pareils fixés par le compas, Assurent ton élan de ta base h ton faîte.

Ainsi le peuple monte et se dresse à travers Le large ciel de la Liberté translucide, Et c'est l'égalité dans la Loi qui décide Comme pour toi, l'essor de ses pouvoirs divers.

Comme la Cathédrale et comme l'Acropole,

Tu proclames l'esprit de tes fiers bâtisseurs:

Et je te trouve aussi sublime que tes sœurs,

Toi qui peux à ton tour être à l'homme un symbole !

Dresse donc maintenant au-dessus des palais L'élégante maigreur de ta brune armature ; Balance les réseaux de ta forte mâture Dans les roses matins et les soirs violets,

Dresse-toi sur la Ville et verse-lui ton ombre, Ton ombre sombre au jour et lumineuse au soir: Dresse-toi, dresse-toi, Tour du moderne espoir, Force et grâce du fer, rythme et beauté du nombre!

Autour de toi, moins beaux que toi, mais beaux encor Dans la grâce de leur flore multicolore, Voici tout un bouquet de monuments éclore Pour éblouir nos yeux de bleu, de rouge et d'or.

Le bleu, le rouge et l'or des dômes polychromes Abriteront bientôt pour nos regards séduits. Tous les peuples du monde avec tous leurs produits, Leurs femmes et leurs dieux, leurs arts et leurs arômes.

Tout ce qu'on peut sentir, nous Tirons échanger Avecceuxqui viendront d'une autre latitude. Nous en enrichirons notre âme sans étude, Et rien d'humain ne nous sera plus étranger. .

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Toutes les fleurs de l'art, tous les fruits du commerce, Prodigueront aux sons leurs parfums, leurs saveurs; El nous admirerons, étonnes et rêveurs.

L'unité de la race en sa beauté diverse.

C'est ainsi que le cœur plus large et le cerveau Plus vibrant, nous irons vers notre œuvre éclatante, Non plus avec l'esprit lassé d'un dilettante, Mais avec des espoirs gonflés d'un sang nouveau !

Et toi, la Tour, vers qui tout cet effort converge, Toi, la Mecque des plus différents voyageurs, Qui sais tiniposer aux vivants comme aux songeurs, Rayonne sur Paris, tour symbolique et vierge,

Vierge de toutes les souillures du Passé, Qui n'as point accueilli le tyran ni le traître. Vierge de tout guerrier et vierge de tout prêtre. Des serments criminels comme du sang versé.

Vierge pour un Futur peut-être grandiose, Si nous savions ne pas trahir notre idéal Et si tout notre effort physique et cérébral S'employait au succès d'une commune cause!

Domine-le, ce vieil horizon de Paris, Symbole gigantesque offert aux fortes âmes, Et puisse l'Idéal que nous nous proposâmes S'imposer comme toi, rigide, à nos esprits!

Déjà, dans les vapeurs troubles du crépuscule, Palpitant ainsi qu'un diamant qui vivrait, S'allume, éblouissant et haut comme le Vrai, Ton phare, que le rêve aux étoiles recule.

Il fait tourner ses feux géants sur la cité, Et par moments, sa nappe aux flamboiements candides Tombe sur Notre-Dame ou sur les Invalides, Vieux souvenirs de gloire et de mysticité.

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