A GEORGES D'ESPARBÈS
Oh ! regarde donc les arbres affolés !
On dirait qu'ils sont pris de vertiges :
Les voilà plus souples que des blés
Dont la grêle d'août vient flageller les tiges.
Le soleil, mourant au bord des deux couverts, Crache encore un flot de lueur rousse Dont il baigne et teinte le revers
Des feuilles d'or vert que Forage retrousse.
Les hauts peupliers, fourbus, ployés en deux, Balayant la terre avec leur crête.
Vont tracer des cercles autour d'eux
Gomme des sorciers par un soir de tempête.
Le lierre, arraché des murs, fouette Tair lourd Qu'il emplit d'un sifflement sinistre.
Tourne, monte, ondule, va, vient, court,
Gomme un serpent fou qui danse au son du sistre.
Les chênes trapus assomment les lilas ; Le rosier qui saigne ses pétales S'abandonne, indiciblement las.
Sous le choc hurlant des rafales brutales.
Pendant quatre nuits et quatre jours entiers.
Secoués dans un fougueux désordre.
Bataillant au-dessus des sentiers.
Ils n'ont pas cessé de geindre et de se tordre.
138 LA VIE KXTÉRIEORE.
Ils tendent leurs bras pour supplier les veiits, Leur bras gourds rompus dans la torture...
— Est-il vrai qu'ils ne soient pas vivants?
Est-ce que tout souffre, ô ma mère, ô Nature?