LE SALUT
E veux me sauver. Tout le «monde Île’dit, tout le monde le pense. On a bien raison de le dire, et plus encore de le penser: qu’avons-nous à faire.en ce monde que de nous sauver? Qu'est-ce qui nous intéresse plus en cette vie que le salut de notre ame; Pensons-y; ne pensons qu'à cela : dirons-nous sans
cesse ; je veux me sauver. Le salut
de notre ame est la seule chose pour laquelle Dieu nous a mis au monde.
Non, Dieu ne nous a noint mis sur la terre pour être grands, pour ‘être
riche
pour ver.
il a n'’êtr:
Le Salut. 13
riches, pour être heureux : : mais pour être saint, et pour nous sauver. Si nous ne nous sauvons pas, 1] aurait mieux valu pour nous n'être jamais nés. Si nous n’étions pas nés, il y aurait eu une personne de moins dans le monde ; et si nous ne nous sauvons pas, il y aura un réprouvé de plus dans l’enter
Le salut de notre ame est la seule chose qui peut nous donner quelque solide contentement dans la vie ;' les amusemens, les divertissemens, les plaisirs, ne satisfont pas toujours notre cœur ; souvent ils y répandent l’amertume des regrets et le poison des remords, un moment passé avec Dieu, et donné au salut de notre ame, est préférable à des années passés dans les inutilités de la vie et dans l’excès des passions. :
Le salut de notre ame: est la seule pensée qui pourra nous rassurer au moment de la mort, Je vais en esprit auprès du lit d'un homme mourant: il aura vécu dans l’abondance
14 Le Salut.
des trésors, dans l'éclat des honneurs, dans le sein des plaisirs; de tout cela que lui reste-t-il à la mort ? et tout cela, s’il en a abusé, que peutil être pour lui, qu’une source de regrets et un sujet de condamnation ?
Malheureux ! qui n'avait qu’une chose à faire dans ce monde, et c’est la seule qu’il a négligée.
Le salut de notre ame est la seule chose dont Dieu nous demandera compte au Jugement. Vous êtesvous sauvé ? Ce n’est que sur cela que Dieu nous interrogera, et sur cela que nous aurons à répondre ; Vous êtes-vous sauvé ? Sans cela, en vain auriez-vous acquis des richesses immenses ; vous n'avez amassé que des trésors de colère ; en vain auriez-vous tenu un rang distingué dans le monde, vous n'êtes plus qu’au rang des réprouvés, Quelle sera donc la surprise, la consternation et le désespoir d’une ame
qui ira paraître devant son Dieu,
a’ayaat à lui présenter que des crimes
ser a tra va vous.
sans vaill s’en y tr vaill de s rale, on €
Le Salut. | 15
et des remords ? Etait-ce pour cela qu’elle était venue au monde, et avec cela qu’elle devait paraître de-
‘ vant son Juge
Enfin, le soin du salut de notre ame est la seule chose qui décidera de notre éternité. Si nous uvons travaillé au salut de notré ame, le ciel nous est assuré ; si nous l’avons négligé, nous n’aurons à jamais que l'enfer pour partage.
Y'avez-vous bien pensé.
Ce n'est pas même assez de penser au salut de son ame, il faut y travailler. Dieu vous a créé sans vous, mais il ne vous sauvéra pas sans vous. Or qui est-ce qui travaille à son salut ? qui est-ce qui s’en occupe ? ou, sil’on y travaille, y travaille-t-on ardemment, y travaille-t-on efficacement ? Et au lieu de s'en tenir à cette maxime générale, je veux me sauver ; descend-ton dans le détail, et se dit-on en
16 Le Saiut.
articulier ; je veux me sauver ; donc 11 faut quitter cette occasion dangéreuse ; donc il faut m'’éloigner de cette personne suspecte ; donc il faut restituer ce bien mal acquis ; donc il faut me reconcilier avec cet ennemi ; doñcil faut mettre ordre aux affaires de ma conscience. On dit tous les jours, je veux me sauver, et chaque jour on travaille à se perdre.
Oh! aveuglement déplorable des hommes ? Je me transporte sur une place publique ; je vois une foule de personnes qui vont, qui viennent, qui courent qui s’empressent ; je leur demande : où alléz-vous, où courezvous avec cet empressement ? L'un
+ dira : je vais travailler à un établis-
sement ; l’autre, je vais visiter un ami ; l’autre, je vais solliciter un procès ; l’autre une affaire importante m'appelle. Et votre salut, .et votre salut ?—C'est àinsi que, permis cette foule de gens agités, empressés, à peine s’en trouvera-t-il quelqu'un qui s’empresse pour le
salut absor!!
a refu:
à la se sans !
damn chose Dieu crimit affair ét tot n’est On a, ainsi.
Chié:
l’éter mont mille son 8
Le Salut. 17
salut de son ame. Tout le reste, absorbé dans les affaires temporelles, a refusé jusqu’au moindre de ses soins à la seule afiaire qui les mérite tous sans réserve, Non, Dieu ne condamne pas le soin raisonnable des choses de ce monde; mais ce que Dieu condamne, c’est la négligence criminelle pour le salut. Pour les affaires du monde, on est tout ardeur et tout feu: pour celles du ciel, on n’est qu'indifférence, et que glace.
On agit ainsi, on vit ainsi, on mourra ainsi. Voilà l’homme: où est le Chrétien? Voilà le tems ; quelle sera l'éternité? On a travaillé pour le monde, pour sa fortune, pour sa famille, qu’a-t-on fait pour Dieu, pout son salut ? Quand on en sera au tout de sa course, et qu'on jettera les yeux sur Je chemin qu’on a fait durant sa vie, quel étonnement ! quels regrets!
peut-être, quel désespoir ! il fallait ÿ Renser et le prévenir. bar just 44
Pensez à votre salut. De quoi sert à l’homme dé posséder l'univers, s’il
18 Le Sulut. | vient à perdre son ame? Qrid pro-
* dest homini, si mundum universum
lucretur, animæ verd suæ detrimentum patiatur? (1).
HISTOIRE
Un courtisan qui avait passé sa
vie %. service de son Prince, étant
tombé dangéreusement malade, le Prince qui l’aimait, vint le visiter en personne, accompagné de ses autres courtisans. Il le trouva dans le
plus grand danger, réduit à une es-
èce d'agonie, et comme prêt à rendre e dernier soupir. Touché de ce triste état, pourrais-je quelque chose pour vous, lui dit-il Demandez avec confiance, et ne craignez pas d’être refusé. Prince, répondit le malade, dans la triste situation où je suis, je n’ai qu’une chose à vous demander ; ce serait de m'accorder un quart d’heure de vie, Hélas! ce que vous-me demandez, n'est pas en mon pouvoir, dit le Prince; demandez autre chose,
(1) Mare 9,
si vou Eh a:
cinqu:
vous |
à d'heu
aussi leSet sent vie, n bient reux, qu'il des c de tr
Le Salut. 19 si vous voulez .que je vous exauce.
Eh quoi ! dit alurs le malade, il y a cinquante ans que je vous sers, et vous ne pouvez m'accorder un quart
à d'heure de vie. Ah! si j'avais servi
aussi fidèlement et aussi Jlong-tems leSeigneur, il m’accorderait à présent non pas un quart d'heure de vie, mais une éternité de butwheur, bientôt après il rendit l’esprit. Heureux, s"il profita lui-même de la leçon qu'il donnait aux autres sur le néant des choses humaines ; et la nécessité de travailler au salut de son ame.
REFLEXIONS
N'aurons nous point un jour le même sort? Nous nous épuisons,.
nous nous CUNsSUMONS, nous nous sacrifions au service du monde ; quand notre heure sera venue, que pourra le monde pour nous! Et que nous restera-1-il de ce que nous aurons fuit pour le monde, si nous avons négligé le service de. Dieu:et
20 Le Péché.
le service de notre ame ? Pensez-ybien, et disons plus sincèrement, plus efficacement que jamais: Polo salvare animam meam. Je veux me sauver, et j'y cravaillerai le reste de ma vig. Je ne l’ai-quétrop négligé par le passé. Heureu% que Dieu me donne encore le temps et la grace
d'y penser, 1 4 > LE PECHE.
"L faudrait des torrens de larmes pour déplorer toutes les pertes que le péché cause à l’ame, et tous les malheurs qu'il attire sur elle, Le péché lui ôte tonte sa gloire.
Par la grace, l’ame était fille bien « simée du Père céleste, la digne épouse du Fils, et le temple vivant de l’Esprit-Saint. Par le péché, elle perd tous ces précieux avantages, et devient l’esclave du démon et de ses passions.
Lé péché la dépouille de tout sa beauté, La grace la rendait un objet
Le Péché. 21
de complaisance aux yeux de Dieu ; il la regardait comme son temple, son sanctuaire, le péché en fait un objet d'horreur à ses yeux, et d’exécration pour son cœur,
Le péché lui ôte tous ses mérites.
Représentez-vous un vaisseau richement chargé de tout ce qu’il y a de plus précieux, il échoue, il fait un triste naufrage, tout est perdu et enseveli dans les flots : voilà la triste image de l’aime dans le péché. El lui ôte sous les mérites qu’elle avait devant Dieu, et'ne lui laisse qu’une affreuse indigence. |
Le péché lui ôte sa paix ; elle en jouissait, tant qu'elle était avec Dieu. Le péché entrant dans elle, y a introduit le trouble, l’agitation, les remords, les craintes, les alarmes :
elle devient à elle-même une espèce d'enfer.
Le péché l’expose à tous les malheurs de la vie, à toutes les horreurs dela mort, à tous les tourmens d’une éternité malheureuse : y pense-t-on ?
22 Le Péché.
Il faudrait des larmes de sang, pour pleurer sur les affreux caractères du péché dans une ame, et sur l'opposition monstrueuse qu'il lui donne avec Dieu, (Caructère de révolte et de rébellion : Dieu commande ; le pécheur répond : je n'obéirai point. Si la bouche ne le dit pas, le cœur, la conduite, les actions le disent, Caractère de témérité et de présomption : un ver deterre, une ville créa-
dit St. P e fuit de Dù il im on ame
Hélas Jiscours lots qu Disons € blant : | que que utres !
ture Ôse” s'élever contre le Tout- pre | * puissant, contre l'Etre suprême, qui Mrludie peut l’anéantir à jout les instans. éché
Caractère d'ingratitude ; comblée .
des bienfaits de Dieu, elle en abuse, : Le aie et les tourne contre son bienfuiteur. Den y Caractère de perfidie,. mille fois [bee
elle avait promis une fidélité inviolable. à son Dieu ; peut-être l’avait-elle rendu plus solemnelle dans la grace des Sacremens ; elle trahit son Dieu et viole toutes ses promesses. Enfin pourrai-je le dire sans horreur ! Caractère de paricide et de déicide, tout pécheur, comme
usqu’à ang, P er enfk de jam jéché e par un les dau
Le Péché. 23
dit St. Paul, crucifie de nouveau J, C, t fuit de son cœur un autel sacrilège pù il immole son Dieu, en immolant on ame au déinon.
Hélas! à mon Dieu! sont-cé des liscours ou des soupirs et des sanlots qu'il faut ici faire entendre ?
Disons donc en gémissant, en tremlant : le péché est un si grand mal, ue quand vous réuniriez tous les utrez maux à la fois; la guerre, la peste, la famine, les chagrins, les aladies, la mort mêine, tout cela ne erait rien en comparaison d’un
péché. Le péché est un si grand mal, ue quand, pour ne pas le commettre,
faudrait perdre vos biens, votre iberté, votre santé, votre vie, sans balancer un instant, il faudrait verser usqu’à la dernière goutte de votre ang, présenter votre cœur et y laiser enfoncer le poignard, plutôt que de jamais consentir au péché. Le péché est un si grand mal, que quand par un péché on pourrait retirer tous es damnés de l'enfer et les placer
24 Le Péché, |
dans le ciel, il vaudrait mieux laisse les réprouvés dans les feux, les tour mens et les désespoirs, que de les e délivrer, si pour cela il fallait com mettre, je ne dit pas un péché mor . tel, mais le moindre péché veniel Enfin, le péché est un si grand mal un mal si affreux, si détestable, que le ciel n’a pas assez de’ foudres pou
audit ot, n ans l'é ui tre!
éché, | ans Île:
es Péni t des >s Mar
l'écraser, la terre assez. d’abymedlhng, p:
pour l'engloutir, l'enfer assez ddéhit ? qu flammes pour l’expier. our ex]
. ourir,
pis plut ucun ; ec vot
II est eut-éêt
Qu'est-ce qui y pense?
Ab! disons de tout notre cœur maudit péché qui attire sur nou toutes les malédictions. Maudit de Dieu le père, dont il efface l’image:
maudit du fils, dont il profane le sang ; maudit de l’Esprit-Saint, dont il méprise les graces; maudit dan:
le ciel, qui lance sur lui tous ses ana thèmes; maudit sur la terre, qui couvre d’iniquités ; maudit dans l’en fer, où il précipite tous les damnés:
L’Ea érétiq pntre Dur en
laisse s (our : les e t com é mor veniel d mal le, que >E pour abyme sez de
> cœur r nou audit de image :
fans L it, dont it dan:
es ana ,) qui ns l’en amnés :
Le Péché. 25
audit durant la vie, maudit à la
nort, maudit dans le tems, maudit
ans l’éternité. Je vois les Saints ui tremblent à la seule vue du éché, les Solitaires qui s’enfoncent ans les déserts pour s’en éloigner, es Pénitens qui poussent des soupira t des sanglots, pour le déplorer ; s Martyrs qui nagent dana leur ang, pour l’éviter ; qu’avons-nous it ? que faisons-nous pour pleurer, our expier, pour effacer nos péchés !
ourir, Ô mon Dieu! mourir mille pis plutôt que d'en commettre jamais
ucun ; je vous le demande, je l'espère ec votre grace,
Il est bien tems d'y penser, demain eut-être nous ne seront plus.
HISTOIRE
L’Empéreur de (Constantinople, érétique, était mortellement irrité ontre Saint Jean Chrisostôme : un ur enflammé de colère, il dit en
26 Le Péché.
présence de ses courtisans : Je vaudrais bien me venger de cet Evêque, Quatre ou cinq de ces sourtisans assemblés, pour faire leur cour, dirent leur avis. Le premier dit : envoyézle si loin en exil, que vous ne lel voyez jamais. Le second : confisquez tous ses biens, Le troisième :
jettez-le dans une prison chargé de fers. Le quatrième : n’êtes vous pas maître, faites le périr, et délivrezvous-en par la mort. Un cinquième, plus intelligent : vous vous trompez tous, dit-il : ce n'est point là le moyens de s’en venger et de le punir.
Si vous l’envoyez en exil, la terre entière est sa patrie; si vous confisquez tous ses biens, vous les enleve
aux pauvres et non à lui: si vous le mettez dans un cachot, il baisera ses fers et s’estimera heureux : si vous le condamnez à la mort, vous lui ouvrez le ciel. Prince, voulez-vous vous venger? Forcez-le à commettre ‘un péché : je le connais, cet homme ne craint que le péché en ce monde :
Je vou:
vêque, rtisans , dirent \VOyéZ-
ne lel
confissième :
rgé de Jus pas livrez-
uième,|
"ommpez
à le punir.
terre confisenleve ous le era ses ji VOUS us lui Z-VOUSs mettre 1omme onde :|
Le Péché. 27
hic homo nihil timet nisi peccatum.
Non, il ne craint ni l’exil, ni la perte des biens, ni fer, ni feu, ni tourmens :
il ne craint au monde que le péché.
Grands sentimens! ah! que nous serions heureux, si on pouvait dire de nous comme de lui : cet homme ne craint que le péché, et il le craint :
souverainement, hic homo nihil timet nisi peccatum.
REFLEXIONS
Pensons-y donc, et ne l’oublions jamais, avec le péché jamais nous n'entrerons dans le ciel, notre unique patrie; avec le péché jamais nous ne verrons Dieu, l’auteur de notre être ; et par un, seul péché, s’il n’est effacé, nous serons à jamais livrés aux feux, aux tourmens, aux remords, à la fureru, au désespoir éternel de l’enfer.
Pensons-y : et s’il le faut, oublions tout le reste pour y penser.
Quasi à facie
coluhri fuge pecca- B 2
28 Le Péché,
tum (1): à la vue du péché, tremblez et fuyez comme à la vue d'un serpent. |
Peccavi in cœlum & coräm te (2) j'ai péché contre le ciel et en votre présence, Ô mon Dieu !
Peccatum meum contrà me est semper : (3) mon péché est toujours présent à mes yeux, et il s'élève sans cesse contre moi.
Averte faciam tuam à peccatis meis, &c. Détournez vos regards, Ô mon Dieu! de dessus mes péchés, et lavez toutes les iniquités de mon ame.
» \ | (1) Eeccl. 21. (2) Luc15. (3) Psalm 150.