‹ L'ame saine [microform]Chapitre 6 sur 7 · LAME SAINE · texte numérisé non relu

LAME SAINE

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des choses de Dieu suppose-t-elle une aptitude et un amour, qui assortissent en quelque manière rame aux mœurs divines, et dont il n'est pas de meilleur secret que la prière. Appui et gage indispensable de la droiture de la volonté, c'est elle qui nous naturalise, pour ainsi dire, dans la patrie des divines réalités. Si telle est la prière, à ne la considérer que dans ses principes rationnels, il ne saurait y avoir de pétition de principe à l'indiquer comme le régime approprié et nécessaire de ceux qui cherchent la Vérité intégrale.

Je n'ai envisagé la droiture de la volonté qu'en fonction de perfection morale et de vérité religieuse ; mais il est remarquable que, dans quelque ordre d'activité que ce soit, la volonté, dès qu'elle s'exerce fortement et noblement, s'inspire toujours, au fond, des vérités simples, et recourt, au moins équivalemment, à la prière. Elle se fait dans la courte formule d'une idée simple, mot d'ordre ou devise, cri de guerre ou de ralliement, sa règle abrégée et son pro-

LA VOLONTE SAINE

gramme ; puis elle se tourne vers Dieu, lui fait des vœux, lui demande des oracles, — ou, à défaut de Dieu, vers quelque idéale fiction, plus ou moins explicite, de divinité. Les grandes révolutions de l'histoire n'eurent-elles pas toutes des origines très simples, trop simples souvent? Leurs auteurs furent, en bonne ou mauvaise part, des simplistes, et par là ils entraînèrent les foules. En même temps, ils furent ou de vrais instruments de Dieu, ou des illuminés, croyant à leur étoile ; ils en appelèrent à Dieu et ils prièrent, ou ils détournèrent au profit de leur entreprise les ressources profanées de leur religiosité naturelle.

C'est montrer suffisamment que la droiture, telle que nous l'entendons, n'a rien de commun avec la pusillanimité et la faiblesse d'esprit. Elle n'est parfaite qu'au prix de beaucoup d'énergie, encore qu'elle ne fasse pas nécessairement des héros de tous ceux qui sont dociles aux vérités simples et qui prient. Et pourtant l'héroïsme est toujours pratiquement une vérité très simple. Et le raffinement de la pensée, la complexité psychologique reviennent, eux aussi, de gré ou de force, aux sentiments et aux idées simples, à

LA TOLONTE SAINE

LA VOLONTE SAINE

moins que leur abus n'ait anémié l'esprit jusqu'à le fausser. C'est la marque de la vraie réflexion de retourner à la spontanéité, et celle de la vraie culture de faire mieux goûter la saine vie instinctive : il faut être malade étrangement pour ne plus supporter l'air vif des champs et la vue des grands horizons. L'âme veut vivre, non point dans le labyrinthe des subtilités de désir et de pensée, où elle s'égare sur place par un vain plaisir, — mais dans les hauts et lucides espaces. Sa supériorité, c'est de revenir savamment aux vérités simples d'où elle est partie, d'y retrouver toute la lumière dont ses recherches compliquées ne lui donnaient que les rayons dégradés, et d'y rencontrer l'inspiration vraie, jaillissante, après tant d'efforts pénibles; — c'est, en un mot, non point de faire l'anatomie de ses ailes, mais de comprendre seulement la loi de leur vol, pour s'élancer plus naturellement et plus aisément dans le ciel libre.

Faite de docilité aux vérités simples et soutenue par la prière, la droiture est donc en l'homme la grande ouvrière de la paix.

Une paix, non de torpeur, mais d'intelligence et de force: la droiture fait le jour dans les

moindres replis de lui-même, elle affranchit de tout péril d'équivoque la conscience et la raison, elle les prépare à répondre sans crainte aux questions tôt ou tard inéluctables de Dieu lui-même : — clairvoyante et prévoyante, elle résout d'emblée la difficulté de chaque moment par l'indication nette du devoir de ce moment même ; et tel n'est point le caractère des expédients douteux de l'amour-propre ni des solutions précipitées de la passion, qui ne tranchent aucune difficulté et ne laissent que le regret ou le vide.

Une paix purifiante : le repentir n'est autre chose que la réaction de la droiture longtemps outragée, réaction si généreuse qu'elle peut conférer au repentir de réels avantages sur la vertu commune, et, devant Dieu, de spéciales prérogatives. En outre , la souffrance, cette grande loi transformante et réparatrice de la vie morale, ne révèle qu'à la droiture son secret, qui est de rendre plus parfaite la docilité aux vérités simples, en libérant la volonté et le cœur.

Paix inaltérable enfin : la droiture donne à l'âme une sorte d'invulnérabilité au choc des

passions adverses ou aux insidieuses caresses de la convoitise. J'ai suffisamment décrit ce bel équilibre de Tâme, désormais soustraite non au contact du mal, mais à la contamination de ce contact. Sans doute, elle ne pourrait toujours impunément être tentée, mais du moins elle ne se crée ni ne s'exagère à ellemême les tentations. En ce sens, tout lui devient pur, à mesure qu'elle est davantage purifiée, — comme disait saint Paul à propos des impuretés légales du judaïsme. Et c'est pourquoi les époques les plus saines et les plus religieuses furent aussi, dans leur littérature, leur art et même leurs coutumes pieuses, les plus naïves ou les moins prudes et les moins effarouchées. Ce ne sont point les nuages noirs d'un ciel de tempête, ni les vents furieux qui troubleraient les eaux d'un beau lac, si la vase n'était pas au

fond.

Malgré tout, cette étude de fâme saine n'est qu'une réponse partielleàla question du psaume: Quis est homo qui vult vitam 9 Mais l'estime de la vie saine conduit au désir de la vie divine, dont la foi est la source. Il y a des langueurs qui peuvent tuer lentement le désir de la vie : j'ai

LA VOLONTE SAINE

voulu dire leurs causes et leurs remèdes. A ceux qui hésitent sur le seuil de la Foi, j'ai rappelé, avant toutes choses, la formule de l'âme saine. Fut-il jamais vérité plus simple ?

Conclusion

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