NÉCESSITÉ DE LA CRAINTE POUR ÉVITER LA
"IÉDEUR ET 8E SANCTIFIER
L'âme résolue de se sanctifier ne doit pas se contenter de s’abstenir du péché mortel, elle doit brûler de la flamme de la ferveur, et éviter avec soin ce
qui peut la faire tomber dans la tiédeur et le rel4chement. C'est la crainte de Dieu qui la mettra dans cette disposition.
En effet, deux causes produisent ordinairement le refroidissement au service de Dieu : 1. les fautes vénielles volontaires, 2. la routine. Or, le propre de la crainte est précisément u’éloigner de l’âme cette double cause de relâchement. Et ici, ce n’est plus serlement la crainte servile qui agit; mais cette crainte filiale qui est un don du Saint-Esprit.
1. L'âme, sortie des ténèbres du péché voit combien Dieu est bon et digne d’être aimé, et combien le péché lui déplaît et affige son cœur. Elle s’éprend des lors d’un immense amour rour un Dieu si bon et s'inspire d’une horreur profonde pour tout ce qui l’offense. Plus elle aime son Dieu, plus elle craint de lui déplaire, plus elle a le péché en abomination. Elle serait heureuse d’endurer tous les maux de ce monde, plutôt que de commettre un seul péché véniel de propos délibéré. Elle préfèrerait même la perte de la béatitude céleste et tous les supplices de l’enfer au malheur d'offenser Dieu. Et si, dans le passé, elle a commis le péché soit mortel soit vénie, elle en est inconsolable. Elle pleure sans cesse ses fautes, elle voudrait les laver de son sang. Les vies de saints sont toutes remplies d'exemples qui confirment cette vérité.
Telle était l’horreur du péché du jeune saint Stanisles, que des paroles simplement légères, dites en sa présence, suffisaient pour lui causer un évanouissement. Saint Alphonse, accusé un jour d’avoir proféré un mensonge, se contenta de répondre : Je préfèrerais qu’on me coupât la tête plutôt que de dire
un mensonge. Sainte Catherine de Gènes avait une telle horreur du péché qu’elle disait, que pour é:happer à une faute vénielle, elle serait heureuse d’être jetée vivante dans une chaudière pleine de plomb en fusion; et que, dans la supposition qu’elle pût y rester vivante, et qu’on ne consentit à l’en retirer qu’à condition qu’elle commît une faute vénielle, elle aimerait mieux y demeurer pendant toute l’éternité.
Voilà la détestation du péché que le Saint-Esprit inspire aux âmes, par son don de crainte, Et quel repentir, quelle humilité, quelle componction ne leur fait-il pas concevoir au souvenir de leurs fautes passées, et même, de leurs moindres infidélités!
Saint Pierre ne cesse de pleurer son triple reniement. Les larmes de son repentir creusent sur ses joues deux larges sillons. Saint Paul se proclame le dernier des apôtres, la balayure du monde. Saint Augustin pleure ses désordres toute sa vie. Il écrit le livre de ses confessions afin de s’humilier devant le monde entier et devant tous les siècles à venir. Sainte Marguerite de Cortone est inconsolable au souvenir de ses égarements. Au confesseur qui, pour arrêter ses larmes, l’assure de son pardon, elle répond : Oh! je l’espère bien, Dieu m’a pardonné, dans son infinie miséricorde; mais il sera toujours vrai que je l’ai offensé et que j'ai fait souffrir mon Sauveur. Saint Louis de Gonzague avait conçu ur tel repentir de deux petites fautes commises dans son enfance, sans trop s’en reudre compte, qu’il en renouvelait l’accusation dans chacune de ses confessions; et la douleur qu'il en éprouvait était si grande, qu’elle lui fit perdre plus d’une fois connaissance.
Le Bienheureux Alphonse Rodriguez s'était permis un simple regard de curiosité, contre l'inspiration du Saint-Esprit : pendant quarante ans, chaque fois qu'il passait à l'endroit où il avait commis cette infidélité, il se jetait à genoux en pleurant, et demandait à Dieu pardon.
Quand on voit, dans les livres écrits par saint Alphonse, sainte Thérèse et d’autres saints, les sentiments qu’ils expriment en parlant de leurs fautes passées, on croirait qu’ils ont commis des crimes épouvantables, eux cependant, qui ont conservé parfaitement blanche la robe de leur innocence, et dont les seuls crimes n’ont été que de légères infidélités, qui passeraient inaperçues à nos yeux.
2. La seconde cause de relâchement dont nous préserve la crainte de Dieu, c’est la routine. Les âmes qui, par état, sont obligées de tendre à la perfection, et celles qui, par choix, s’adonnent à la piété dans le monde, sont très exposées au grave défaut de la routine. On se farriliarise aisément avec les choses saintes : avec la prière, la prière vocale surtout; avec la sainte messe, la confession, la communion, la parole de Dieu. On s’habitue à entendre parler de crèche, de calvaire, de tabernacle, de la bonté et de la puissance de la Vierge Marie. il en résulte bientôt une sorte d’indifférence et d’insensibilité : si bien que plus rien n’émeut... Cette maudite routine stérilise les grâces que l’on reçoit, paralyse l'effet des sacrements, rend impossible la réforme des mœurs et l’avancement dans la vertu. Les retraites elles-mêmes ne parviennent pas à réveiller l’‘me endormie dans ce triste état. Il est donc nécessaire de se mettre en garde contre ce
mal funeste de la routine. Le Saint-Esprit veut à tout prix éloigner de l’âme le danger d’y tomber, et il le fait par sc don de crainte.
Le propre de ce don est, en effet, d’inspirer à l’âme un respect profond pour Dieu et pour les choses de Dieu : respect qui est incompatible avec la routine. Dès que ce respect disparaît, la routine fait immédiatement invasion.
L'âme remplie de l’esprit de crainte se sent pénétrée de respect en la présence du Très-Haut. Partout où elle se trouve, elle se rappelle sa divine présence; mais plus particulièrement dans le lieu saint, et lorsque par la prière, la sainte messe, la confession, la communion, elle se met en rapport avec lui.
« C’est un fait constant que plus les saints excellent en vertu, plus on les voit saisis de respect et d’une sorte de frayeur dans les églises, plus aussi ils ont d’attrait à s’anéantir devant la Majesté divine, et à témoigner leur respect pour sa présence en tous lieux par une tenue modeste, un langage convenable, une vie irréprothable; plus ils sont attentifs à traiter toujours Dieu en Dieu, c’est-à-dire, avec une religion parfaite, ne s’agit-il que de la plus courte prière, que d’un signe de croix ; plus enfin ils ont de respect pour tout ce qui se rattache à Dieu et à son culte, aux personnes qui lui sont consacrées, aux lieux saints, aux vases sacrés, aux choses bénites par l'Église, aux cérémonies, aux divines Écritures que saint Charles ne lisait jamais qu’à genoux et tête nue.» !
(1) Hamon, Méd, 3e lundi ap. Pent.
Tremblant de respect, Abraham disait à Dieu, qui lui apparaissait sous la forme d’un ange : Je prendrai la hardiesse de parler à mon Seigneur, bien que je ne sois que cendre et poussière: Loquar ad Dominum meum, cum sim pulvis et cinis. Gen. xx vin, 27. Après que l’ange Raphaël se fut fait connaître à Tobie et à tous ceux de sa famille, ils furent saisis d’une sainte frayeur, et tombèrent le visage contre terre ; et lorsque l’envoyé céleste eut disparu, ils demeurèrent prosternés la face contre terre pendant trois heures. Après quoi, le vieux Tobie plein de l'Esprit de Dieu rendit grâces à haute voix, disant : « Vous êtes grand Seigneur dans l'éternité. «Enfants d'Israël, rendez grâces au Seigneur,. . bénissez-le avec crainte et tremblement.» Cum timore et tremore confitemini illi. Tob. xmn, 6. Quoi de plus admirable que la confiance mélée de respect que le prophète David fait éclater dans ses Psaumes ? « Seigneur, s’écrie-t-il, prêtez l'oreille à mes paroles ; entendez mes cris. Soyez attentif à la voix de ma prière, vous qui êtes mon Roi et mon Dieu, car je vous adresserai ma prière, Seigneur ; vous entendrez ma voix dès le matin. Dès le matin, je me présenterai devant vous, et je reconnaîtrai que vous n'êtes pas un Dieu qui aime l’iniquité ;... me confiant dans la multitude de vos miséricordes, j’entrerai dans votre maison, et, rempli de crainte, je vous adorerai dans votre saint temple.» Ego autem in multitudine misericordiæ tuæ, introibo in domum luam, adorabo ad templum sanclum tuum in timore tuo. Ps. V, 8. Comme on reconnaît bien dans ce saint roi, l’image de Jésus-Christ, dont S. Paul nous dit que, dans les jours de sa vie
mortelle, ayant offert au Père éternel des prières et des supplications mêlées de larmes, il fut exaucé à cause de son profond respect: Exauditus est pro sua reverentia. Hebr. v, 7.
Evidemment, une âme remplie de ces sentiments de respect ne peut pas tomber dans la routine. Docile à cet avertissement divin: Ante orationem præpara animam tuam. Eccli. xvint, 23 : « Avant l’oraison, préparez votre cœur », elle apporte le plus grand soin à sa prière et se tient recueillie devant Dieu. Son attention redouble quand elle s’approche des sacrements, quand elle reçoit au dedans d’elle-même, par la communion, Celui qui remplit le ciel et la terre. Elle témoigne également un religieux respect à tous ceux qui, revêtus de quelque autorité sont, à l’un ou l’autre titre, les représentants de Dieu. Ce respect s'étend même à toute sorte de créatures, car toutes viennent de Dieu, toutes nous parlent de lui, toutes doivent nous aider à le servir et à l’aimer. Le don de crainte fait réellement de notre sainte religion la religion du respect, ou selon l’expression de Guizot : « une grande école de respect.»
O Esprit-Saint, nous vous en conjurons, pénétreznous de votre sainte crainte: Confige timore tuo carnes meas, afin que nous comprenions la grandeur des moindres fautes, et que rien au monde ne puisse nous faire consentir à en commettre encore. Que ce don précieux nous inspire toujours la plus profonde révérence dans nos rapports avec la Majesté divine, et nous préserve ainsi du vice maudit de la routine, source de tiédeur et de relâchement. Frappez notre cœur plus dur que le rocher, de cette crainte salutaire, et il en sortira un fleuve de larmes, où notre
âme, se baignant chaque jour, deviendra de plus en plus pure et agréable à vos yeux. Alors notre cœur se dilatera par une confiance illimitée et toujours respectueuse, et nous courrons joyeusement dans la voie de vos commandements : Viam mandatorum luorum cucurri, cum dilatasti cor meum. Ps. CX VII, 32.
$ II Fruits précieux du don de crainte
Rien ne manque, dit David, à ceux qui craignent le Seigneur : Non est inopia timentibus eum. Ps. XXXIH, 10. Les fruits que produit la crainte dans une âme sont aussi précieux qu’abondants ; et c’est ce qui faisait dire à Tobie, quand il donnait à son fils ses derniers conseils : « Ne craignez point, mon fils ; il est vrai que nous sommes pauvres, mais nous serons dans l’abondance de toute sorte de biens, si nous craignons Dieu » : Multa bona habebimus si timuerimus Deum. Tob. IV, 23.
Il y a, dit S. Thomas, trois sortes de biens : le bien utile, le bien honnête et le bien délectable. ! Au bien utile se rapportent les richesses : au bien honnête, la gloire ; au bien délectable, le plaisir. La crainte de Dieu nous procure déjà en cette vie, dans l’ordre surnaturel, ces trois sortes de biens; elle nous les procurera surtout en l’autre.
1. En cette vie. Les vraies richesses d’une âme sont les vertus chrétiennes, la sainteté ou perfection, appelée aussi sagesse.
(1) 1ma q. V. a. 5.
La crainte de Dieu nous donne ces biens abondamment. Elle est, dit l’Esprit-Saint, le commencement de la sagesse : Initium sapientiæ, timor Domini. Eccli. 1, 16.
La crainte de Dieu n’est pas seulement le commencement de la Sagesse, elle est la Sagesse elle-même : Ecce timor Domini ipsa est Sapientia. Job. xx vint, 28. Il y a plus: la crainte de Dieu est appelée: plenitudo, corona Sapientiæ, « la plénitude, la couronne de la sagesse », plenitudo sapientiæ est timere Deum. Eccli. 1, 20. Corona sapientiæ, timor Domini. 1, 20.
Quant à la gloire que le don de crainte fait rejaillir sur l’âme qui la possède, et à la grandeur où elle l'élève, qu’on médite ces paroles des Livres Saints : Non est major illo qui timet Dominum. Eccli. x, 27 : « Personne n’est plus grand que celui qui craint le Seigneur.» Timor Domini gloria, et gloriatio et lætitia, et corona exultationis. Eccli. 1, 11 : « La crainte de Dieu, c’est la gloire, c’est pour l’âme un juste sujet de se glorifier, c’est la joie, c’est une couronne d’allégresse.»
Les douceurs cachées dans la crainte sont ineffables. David qui les a goûtées ne peut en exprimer toute la suavité. Il s’écrie, dans un saint enivrement : « Combien est grande, Seigneur, l’abondance de votre douceur que vous avez cachée et réservée pour ceux qui vous craignent. Vous en comblez ceux qui espèrent en vous. Vous les cacherez dans le secret de votre face. Béni soit le Seigneur parce qu’il a fait paraître envers moi sa miséricorde d’une manière admirable.» Quam magna muititudo dulcedinis tuæ Domine, quam abscondisti timentibus te. Perfecisti eis qui sperant in te... abscundes eos in abscondito faciei
NE Arras ten Frrariiohe fhere srntatntecerse mmemanimernnsrene ro peurs,
| SE er
tuæ... Benedictus Dominus : quoniam mirificavit misericordiam suam mihi. Ps. xxx, 20-22. L'Écriture est toute pleine d'expressions semblables. En une foule d’endroits, elle célèbre les joies pures et intimes que la crainte fait goûter au cœur fidèle : Timor Domini delectabit cor, dabit latitiam et gaudium et longitudinem dierum. Eccli. 1, 12. « La crainte de Dieu réjouira le cœur, donnera le bonheur et la joie et la longueur des jours.»
Les fruits de la crainte sont si abondants qu'ils produisent la plénitude, ils remplissent totalement le cœur ; et quel abîme, pourtant, que le cœur humain : il est en quelque sorte infini. Si profond qu'il soit, il se trouve comblé par les fruits qui naissent de la crainte; et dès lors, on ne désire plus rien en ce monde, on jouit de la paix, on possède la douce assurance du salut : Plenitudo a fructibus ejus, replens pacem et salutis fructum. Eccli. 1, 20.
Quoi d’étonnant ! la crainte de Dieu bannit le péché, conserve la pureté du cœur et produit nécessairement la tranquillité de la conscience : le plus grand de tous les biens. De plus, ceux qui craignent Dieu cherchent sans cesse à accomplir son bon plaisir : Qui timent Dominum inquirent que placita sunt ei. Eccli. 11, 19. Quelle source de paix, de mérites et de perfection que de chercher toujours à faire ce qui plaf! dar antage à Dieu
2. À ia mort. Après avoir procuré à l’homme tant de biens pendant la vie, la crainte met à son œuvre un digne couronnement, par une grâce qui surpasse toutes les autres : celle d’une sainte et heureuse mort. Ceia est juste. Avec elle, on a vécu à l’abri du péché, avec elle. on a cherché à faire toujours ce qui était
sg.
agréable à Dieu. Or, telle vie : telle mort. Avec la crainte de Dieu, on est donc sûr d’avoir une bonne mort, de mourir dans le Seigneur.
Dieu lui-même nous en donne la certitude : /n timore Domini esto tota die quia habebis spem in novissimo. Prov. xxXIN, 17-18. Conservez-vous dans la crainte de Dieu toute votre vie, et vous aurez l’espérance à votre dernier jour ; c’est-à-dire, selon les Interprètes, vous recevrez à la mort ce que vous aurez espéré pendant votre vie.—Et pour qu'il ne nous reste pas même l’ombre d’un doute, Dieu s’exprime avec plus de clarté encore : « Timenti Dominum bene erit in extremis, et in die defunctionis ejus benedicetur.» Eccli. 1, 13. « Et in diebus consummationis ejus benedicetur.» Eccl. 1, 19. Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux à la fin de sa vie, et il sera béni au jour de sa mort. Dans ses derniers moments, au temps où tant d’autres sont glacés d’effroi, où les angoisses sont si poignantes, bene erit, il ne trouvera que paix et consolation. A la dernière heure, alors que les assauts de l’enfer sont si redoutables, bene erit, il sera bien, car il se sentira soutenu par le bras divin, il ne perdra ni courage ni confiance. Au tribunal de Dieu, où le pécheur comparaît en tremblant, sachant qu’il n’a qu'à attendre uue sentence de réprobation ; là, où le juste lui-même n’est pa: exempt de crainte, bene erit, lui ne craindra pas, il sera en assurance, et benedicetur, et il n’y recevra que des bénédictions. Il sera béni de Jésus-Christ qui lui dira : « Venez, le béni de mon Père, posséder le rr;aume qui vous a été préparé dès le commencement du monde.» Il sera béni aussi des hommes, qui
raconteront ses vertus et en conserveront fidèlement la mémoire.
Saint Bernard, un des premiers compagnons de saint François, disait au moment de s1 mort: « Maintenant, je meurs content, je sens combien il est bon d’avoir vécu dans la crainte de Dieu. Je ne voudrais pas pour tout l’or du monde avoir vécu autrement.» Saint Eloi disait à ses disciples, quand il touchait à son heure dernière : « Désormais, je ne vous dirai plus rien, au revoir, soyez en paix ; et élevant les yeux au ciel, il s’écria : N'unc dimittis servum tuum Domine. Luc. 11, 29. « C'est maintenant Seigneur, que Vous laisserez mourir en paix votre serviteur. Oh ! que votre main me conduise dans la demeure que vous avez préparée à ceux qui vous craignent.» Tout cela prouve bien que celui qui craint Dieu est assuré de son paradis.
5 3. Après la mort. L'homme qui craint Dieu n’a pas besoin d'être canonisé par l’Église : il l’est d'a- Ë vance par Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous É tromper. L’Esprit-Saint le proclame bienheureux en
une foule d’endroits : Beatus vir qui timet Dominum.
Ps. cxt, 1. « Bienheureux est l'homme qui craint le ; Seigneur »; Beatus homo qui semper est paridus: Prov. ; XXVIH, 14; ( Bienheureux l’homme qui est toujours dans la crainte.» Beatus cui datum est habere timorem Domini. Eccli. xx v, 15. « Bienheureux celui à qui il a été donné de craindre le Seigneur.» Le Saint-Esprit a dicté ces paroles pour nous montrer, que la crainte de Dieu n’est pas seulement une sorte de béatitude, déjà sur la terre, et le plus grand de tous les biens : Nihil melius quam timor Domini, Eccli. xxiut, 37.
ie: PE Ntstsatant
LE + var DNS de ST Tu = + SR
TS Te
mais aussi le gage le plus certain du bonheur éternel : Timor Domini sicut paradi+:s benedictionis. Eccli. XL, 28. Après avoir fuit goûter à l'âme un paradis de bénédictions ici-bas, elle la transporte infailliblement après cette vie dans la suprême béatitude du Ciel.
$ III Moyens d'acquérir le don de crainte
Le premier moyen d'acquérir un don si précieux, c'est de nourrir en soi-même l'esprit de Pénitence ou de componction. Il faut donc entretenir le souvenir douloureux et habituel de ses fautes passées, à l’exemple de David qui disait : Peccatum meum contra me est semper. Ps. 1, 5: « Mon péché est toujours présent devant mes yeux.» Pas de meilleur préservatif contre la rechute. Comment pourrait-on se résoudre à commettre encore le péché, lorsqu'on regrette de tout son cœur de l’avoir commis. Faisons donc très souvent des actes de contrition en pensant à nos péchés passés. Apportons à nos confessions les meilleures dispositions possibles d'humilité et de repentir. Répétons fréquemment la prière du saint roi pénitent : Amplius lava me ab iniquitate mea. Ps. 1, #: « Lavez-moi de plus en plus de mes péchés, ô mon Dieu. Créez en moi un cœur pur.» L'esprit de componction a été cher à tous les saints.
Le second moyen, c'est de méditer souvent et sérieusement les grandes vérités du salut: la mort, le jugement, l'enfer, l’éternité. Pourquoi, en temps
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
FFEFEEEE
EF F Fe
APPLIED IMAGE Inc
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone
(716) 288 - 5989 - Fax
de mission et de retraite, voit-on tant de pécheurs se convertir et commencer une vie vraiment chrétienne ? C’est parce que les missionnaires leur ont prêché, d’une manière frappante, les grandes vérités de la foi. En les entendant, ils ont été saisis d’une sainte terreur, ils ont vu l’abîme épouvantable ouvert sous leurs pieds. et se sont décidés à sortir du péché et à mettre en assurance l'affaire de leur salut. Or, ces vérités ne sont pas des vérités de circonstance, qui sont vraies seulement en temps de mission ou de retraite : ce sont des vérités éternelles, qui ne subiront jamais la moindre altération. Par conséquent, si elles ont assez de fcrce pour faire sortir les âmes du péché, elles en ont assez aussi pour les empêcher ensuite d’y retomber. Le malheur est, qu’on n’y réfléchit pour ainsi dire jamais. Si l’on y pensait habituellement, on ne voudrait consentir à aucun péché mortel : Ssuvenez-vous de vos fins dernières, nous dit le Saint-Esprit, et vous ne pécherez jamais : Memorare novissima tua et in æternum non peccabis. Eccli. vir, 40. Aussi, le Prophète attribuait-il à ce fatal oubli des grandes v‘rités tous les crimes et tous les malhèurs de la terre : Desolatione desolata est omnis terra quia nullus est qui recogitet corde. Jer. XI1, 11: (La terreest tombée dans la désolation parce qu’il n’est personne qui rentre dans son cœur pour réfléchir.»
Saint Alphonse, le docteur pratique par excellence, voulait que les âmes auxquelles il avait prêché la mission, se rappelassent souvent ces grandes vérités. "in les quittant, il leur disait : « Ne perdez jamais de vue que vous avez une âme à sauver, un ciel à mériter,
un enfer à éviter. Quand vous vous mettrez au lit, vous direz, avant de vous endormir, les paroles suivantes :
Je dois mourir, mais je ne sais quand !
Je dois mourir, mais je ne sais où !
Je dois mourir, mais je ne sais comment !
Tout ce que je sais, c’est que, si je viens à mourir en péché mortel, me voilà précipité pour toujours en enfer.»
Une dame mondaine, après avoir résisté à la grâce de la mission, suivit ce conseil. Quelques jours plus tard, elle se décida à changer de vie, tant ces grandes pensées torturaient son cœur.
Un troisième moyen également très puissant, c’est de se rappeler souvent l'exemple de tant d’autres qui, après avoir “té fidèles à Dieu un certain temps de leur vie, ont eu ensuite le malheur de faire de tristes chutes et de rouler jusqu’au fond de l’abime. Ce malheur ne peut-il Pas nous arriver aussi ? Qui se existimat stare, videat ne cadat. 1 Cor. x, 12: « Que celui qui est debout prenne garde de tomber.» Il n'est pas de péché commis par un homme, dit saint Augustin, qu’un autre homme ne puisse commettre, si la grâce de Dieu ne le retient. J’ai vu tomber, dit-il encore, les cèdres du Liban. J’en ai vu qui semblaient être parvenus au faîte de la sainteté, se précipiter dans l’abîme du péché et de la perdition. Tremblons pour nous-mêmes. Tant que je vis, disait sainte Thérèse, je puis me perdre et me damner.
Un moyen infaillible d'augmenter en nous la crainte et de la perfectionner de telle sorte qu’elle n'ait plus rien de servile, mais qu’elle devienne toute filiale,
c'est d'aimer toujours Dieu davantage. Il est nécessaire, dit saint Thomas, ! que la crainte filiale croisse dans la même proportion que la charité, comme l’effet qui découle d’une cause augmente avec celle-ci. Ainsi, plus on aime une personne, plus on craint de lui déplaire et de se séparer d’elle! L’amour divin produit sur la crainte servile un effet tout opposé ; car, plus il grandit, plus elle diminue : et quand il est parfait, elle disparaît entièrement ; ou plutôt, elle se transforme et devient purement filiale. C’est dans ce sens que saint Jean a dit : Perfecta charitas foras mittit timorem. 1 Joa. 1V, 18: ( La charité parfaite met dehors la crainte.»
Enfin, le principal moyen d’acquérir le don de crainte, c’est de le demander à l’Esprit-Saint, à l'exemple de David qui disait : Confige timore tuo carnes meas. Ps. CX VII, 120: « Pénétrez-moi, Seigneur, de votre sainte crainte.» Dieu qui a dit : demandez et vous recevrez, ne peut pas nous refuser un don si nécessaire et si précieux, si nous le lui demandons avec confiance. Demandons-le aussi à la Vierge Marie qui nous invite à aller à elle pour recevoir des leçons de crainte : Venite, filii, audite me ; timorem Domini docebo vos. Ps. xxxin1, 12. Elle s'appelle la mère de la sainte crainte. Ego mater... timoris. Eccli. XX1v, 24. C’est à elle à la faire naître dans nos cœurs.
O Esprit Saint, qui avez en horreur l’iniquité et le mensonge, donnez-moi, je vous en supplie par l’intercession de votre très sainte Épouse l’Immaculée Vierge Marie, un cœur tout rempli de la crainte de vous déplaire. Accordez-moi un profondet: inuel
(bt-2 9 XES s. 10:
regret de mes fautes passées. Changez mes yeux en deux sources de larmes, afin que je ne cesse de pleurer mes iniquités. Faites surtout que je n’aie plus jamais le malheur de vous déplaire ; mais qu’au contraire, cherchant par tous les moyens à vous être agréable, je sois constamment docile à vos saintes inspirations, je mène une vie féconde en mérites et obtienne un jour la mort promise à ceux qui auront vécu dans la crainte du Seigneur.