‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 12 sur 45 · DEUXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ENTRETIEN

Le don de piété

Misit Deus spiritum Filii in corda nostra clamantem : Abba Pater.

Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui nousfait crier: Mon Père, mon Père. (Gal. vr, 6.)

Lorsque le Saint-Esprit, par son don de crainte, a décidé une âme à faire avec le péché un divorce perpétuel, il ne peut la laisser sous l'impression de sentiments qui la rendraient toujours timide et tremblante. Li ne l’a retirée du péché, que pour l’unir à Dieu et la transformer en Lui. Il faut donc qu'il mette dans cette âme craintive un attrait doux et puissant qui la porte vers Lui, la décide à aller se jeter entre ses bras et à reposer avec confiance sur son cœur. À cet effet, l'Esprit Sanctificateur l’enrichit du don de piété, qui est comme le second degré de cette échelle mystérieuse qu’il faut monter pour retourner à Dieu.

Ce don fait le charme de la vie chrétienne. Il procure à l’âme d’immenses avantages: il la soutient, ia console, lui facilite merveilleusement la pratique des

vertus, lui prépare une magnifique récompense dans le ciel, Aussi, l’apôtre saint Paul le recommaridait-il instamment à son disciple Timothée : Ererce teipsum ad pietatem. Nam, corporalis exercitatio ad modieum utilis est, pietas autem ad omnia utilis est, promissionem habens vitæ quæ nunc est et futuræ. 1 Tim. 1v. 7-8: « Exercez-vous à la piété, car les exer-ices corporels servent à peu de chose, mais la piété est utile à tout; c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis.»

Etudions dans cet entretien :

La nature du don de piété, son effet principal Cans les âmes et les obstacles qui s’y opposent; enfin, son etfet secondaire qui concerne le prochain.

O Marie, Mère de la vraie piété, priez pour nous.

SI Nature du don de piété

En quoi consiste le don de piété ? D'après S. Tho-

mas, ce don n’est autre chose qu’une disposition habituelle, par laquelle le Saint-Esprit nous porte à témoigner à Dien une affection toute filiale, en le considérant comme le meilleur des pères. !

La raison fondamentale du besoin de ce don en nous, c’est que, par la grâce sanctifiante, Dieu est devenu véritablement notre Père et que nous sommes devenus ses vrais enfants.

Dieu est notre Père. I] tient tant à ce titre que, même sous la Loi de creinte, où il se plaît surtout à

manifester sa puissance et à faire éclater sa justice, il ne peut se résoudre à laisser totalement dans l’ombre sa qualité de père.

Invitant, par l’organe de Jérémie, le peuple d'Israël à la pénitence, il lui dit : « Appelez-moi donc et invoquez-moi, maintenant du moins, dites-moi : Vous êtes mon père. Serez-vous donc toujours irrité contre nous, et votre colère durera-i-elle éternellement ? » Ergo saltem amodo voca me: Pater meus. Numquid irasceris in perpeluum aut perseverabis in finem ? Jer. I, 4. ( Convertissez-vous donc, enfants rebelles, dit le Seigneur, revenez à votre Père: » Convertimini, filu, revertentes. 111, 14. ( Pour moi, je l’ai dit, je vous considèrerai comme mes enfants et vous m’appellerez votre Père:» Ego autem dixi : Quomodo ponam te in filios... et dixi: Patrem vocabis me. Jer. 111, 19.

Parlant par la bouche du prophète Isaïe, Dieu révèle mieux encore la tendresse ineffable de son cœur. ( Une ère, dit-il, peut-elle oublier son enfant, au point de ne ressentir aucune compassion sur les misères de celui qu’elle a porté dans son sein ? Hé bien, si une mère pouvait tomber dans un tel oubli, moi, je vous l’assure, je ne vous oublierai jamais ; car voici que je vous ai écrit dans mes mains, pour penser toujours à vous.» Nunquid oblivisci potest mulier infantem suum ut non misereatur filio uteri sui ? Et si illa oblita fuerit, ego tamen non obliviscar tui. Ecce in manibus meis descripsi te. Is. XLIX, 15-16. Cette bonté tendre et paternelle de notre Dieu, David ne l’a-t-il pas chantée, dans ses psaumes, avec de célestes transports ? « Comme un père a compassion de ses enfants, dit-il, ainsi le Seigneur a eu pitié de

ceux qui le craignent, car il sait, lui, la boue dont nous sommes pétris. Il s’est souvenu que nous ne sommes que poussière : ( Quomodo miseretur pater filiorum, misertus est Dominus timentibus se, quoniam ipse cognovit figmentum nostrum, recordatus est quoniam pulvis sumus. Ps. cit, 13-14. Le prophète Malachie est plus formel encore que les autres. Voici les paroles que Dieu adresse à son peuple par sa bouche: « Un fils honore son père... si donc je suis votre Père, où est l’honneur qui m'est dû:» Filius honorat patrem.. .si ergo Pater ego sum, ubi est honor meus ? Mal. 1, 6.

Mais c’est surtout sous la Loi nouvelle, que Dieu met dans tout son jour sa qualité de Père et qu'il nous découvre toute la tendresse de son cœur. Il a donné à son divin Fils mission de nous en instruire ; aussi, ce bon Sauveur ne cesse de nous parler de notre Père Céleste. On dirait q&'il ne sait lui donner d'autre nom. Veut-il nous exhorter à la perfection : (Soyez parfaits, dit-il, comme votre Père Céleste est

“t:»1Estote perfecti sicut pater vester cœlestis per-

est. Matth. v, 48. Veut-il nous enseigner à prier,

: & Retirez-vous dans votre chambre... faites

tre prière dans le secret, et votre Père Céleste qui voit dans le secret vous le rendra. Et quand vous prierez vous direz : Notre Père qui êtes au cieux:» Pater noster qui es in cælis. Matth. vi, 9. Veut-il ouvrir notre cœur à la confiance : « Ne vous inquiétez donc pas, dit-il, au sujet de la nourriture et du vêtement, car votre Père Céleste sait que vous avez besoin de tout cela :» Scit Pater vester quia his omnibus

indigetis. Matth. vi, 32. Veut-il enfin nous apprendre

de | menant menerresti amet en Es

à pardouner, il emploie encore la même expression : « Si vous remettez aux hommes les torts qu’ils vous ont faits, votre Père Céleste vous remettra aussi vos péchés:» Dimittet et vobis Pater vester cælestis. Matth. VI, 15.

Dieu est donc notre vrai Père. Personne, dit S. Augustin, n’est père comme Lui : Nemo tam pater. Et qu'on le remarque bien : Dieu n’est pas seulement notre Père, parce qu'il est notre auteur, notre conservateur et que par sa Providence infinie, il nous gouverne et prend soin de nous: Tua, Pater, providentir qubernat. San. Xiv, 3, car de cette manière, il est pére de tout ce qui existe ; mais il a fait pour nous ce qu'il n’a pas fait pour les autres créatures, il nous a engendrés très réellement et 5ar une pure bienveillance de sa part : Voluntarie genuit nos verbo veritatis. Jac. 1, 18. Il nous a rendus participants de sa propre nature : Divinæ consortes naturæ. 2 Petr. 1, 4. Il a insinué par les sacrements, et spécialement par l’Eucharistie, au plus intime de notre âme, le sang et la vie de son Fils. Aussi, l’apôtre S. Paul n° as craint de proclamer devant l'Aréopage cette grandeur qui surpasse toutes les grandeurs : « Nous sommes de la race de Dieu:» Ipsius enim et genus sumus... genus ergo cum simus Dei. Act. XVII, 28-29.

Dieu est notre vrai Père, nous sommes donc ses vrais enfants. Nous sommes nés de lui, dit S. Jean : Er Deo nati. 1, 13. Ce mystère d'amour transportait d’admiration et de joie le disciple bien-aimé. « Voyez, nous dit-il, quelle charité le Père nous a témoignée, en nous accordant non seulement d’être appelés, mais d’être en réalité les enfants de Dieu»: Videte qualem

charitatem dedit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. 1 Joa. 111, 1. Ce n’est donc pas là une simple dénomination ext{ iewre, un titre purement honorifique, mais une filiation très réelle, qui n'est autre qu'une participation à la filiation même du Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous ne sommes pas seulement appelés, mais nous sommes très réellement et très véritablement les enfants de Dieu : ut filii Dei nominemur et simus. Ravi d’admiration en présence de tant de grandeur, S. Jean ajoute : « Oui, mes bien aimés, nous sommes à présent les enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que quand Dieu se montrera, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est:» Charissimi ! nunc filii Dei sumus, et nondum apparuît quid erimus, scimus quoniam cum apparuerit, similes ei erimus quoniam videbimus eum sicuti est. 1 Joa. rx, 2.

Nous sommes donc les enfants de Dieu. Ce Père infiniment bon nous a fait entrer dans sa famille : nou 1 lui étions étrangers par nature, et qui nous nous ons faits ses ennemis par nos péchés.

Mais est-il facile à un étranger admis tout à coup dans une famille illustre, en qualité d’enfant adoptif, d’avoir aussitôt les sentiments, les pensées qu’exige sa position nouvelle ? Peut-il jamais, comme l’en‘ant légitime, ressentir au fond de son cœur cet amour filial, cette tendresse, cette douce confiance que la nature imprime dans le cœur des enfants, à l'égard de leurs parent? Comment donc nous, qui étions si étrangers à Dieu, qui étions même ses ennemis, nous trouvant tout à coup /‘evés par la grâce à la dignité

d'enfants de Dieu, pouvons-nous concevoir les sentiments qui conviennent à une si haute condition ? La Sagesse et la Bonté divines ont pourvu à notre impuissance, « Parce que vous êtes ses enfants, dit l’Apôtre, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils qui vous fait crier : Mon Père, 6 mon Père:» Quoniam estis filit, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra clamantem : abba, Pater. Gal. 1v, 6.

La mission de cet Esprit d'amour est donc de nous inspirer envers notre Père Céleste, ces sentiments de piété et de confiance filiales que la nature est impuissante à produire. Aussi, ce divin Esprit rend-il témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de Dieu: 1pse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sumus filii Dei. Rom. vut, 16. Et quand, par la prière, nous nous mettons en rapport direct avec notre Père Céleste, lui-même, le divin Esprit, vient à notre secours, et il prie pour nous, avec des gémissements inénarrables: Adjuvat infirmitatem nostram, ipse Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus. Rom. vit, 26.

Telle est donc la raison d’être du don de piété en nous. Dieu étant notre vrai Père, et nous ses vrais enfants, il fallait absolument qu’un nouvel ordre de rapports, correspondant à notre nouvelle condition, s'établit entre nous et Dieu ; et ces rapports, d’une douceur e‘ d’une suavité indicibles, Dieu seul pouvait le- er : c’est ce qu’il a daigné faire par son divin Esprit.

Comment, à la vue d’un tel bienfait ne pas nous écrier avec S. Paul : « Béni soit Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés, dans

le Christ, de toutes sortes de bénédictions spirituelles et célestes, nous ayant élus en lui, avant la constitution du monde, afin que nous fussions saints et immaculés devant lui, dans la charité. Car, par une f veur toute gratuite, il nous a prédestinés à devenir s: fils adoplife, par Jésus-Christ, ponr la gloire et le : iomphe de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux, en son Fils bisn-aimé.» Eph. 1, 3-6.

$ II Effet principal du don de Piété

Page 1