OBSTACLES À CE PREMIER EFFET DU DON DE PIÉTÉ
Si nous voulons que le don de piété porte en nos âmes les fruits :--"ients que nous venons de voir, nous devons enlever les obstacles qui s'opposent à ses livines opérations. Il faut considérer comme tels les pensées, les sentiments, les dispositions intérieures qui rétrécissent le cœur, lui ôtent la confiance, la vigueur et la paix.
Le premier obstacle au don de piété provient des craintes excessives causées par le souvenir des péchés du passé et de la défiance qui en résulte, à l’égard
(1) Pietatis doni principale objectum sit Deus ut Pater, et consequenter omnia spectantia ad Deum ut Patrem. Actus vero sit habere se ad Deum ut Patrem.. et similiter habere se ad . et alia rt filios et res Patris. Cajetan in S. Thom. 2a 2æ q; 121, a. 1
de Dieu. L'âme doit combattre ces sentiments, par la pensée de le miséricorde infinie de Dieu et le souvenir fréquent des promesses de pardon, faites au pécheur repentant. Notre-Seigneur dit un jour à sainte Catherine de Sienne : Les pécheurs, qui désespèrent de ma miséricorde, à cause du nombre et de l’'énormité de leurs crimes, m'offensent plus grièvement par ce seul péché, qu'ils ne l'avaient fait par tous les autres. Si au lieu de s'’abandonner à la défiance, ils espéraient en ma bonté. ils en ressentiraient aussitôt les effets et se verraient délivrés de leurs max. Car ma miséric: rde est infiniment plus grande que tous les péchés qui ont été commis et qui pruvent se commettre. Supposé que le monde entier fût en feu, disait S. Jean Chrysostôme, et que l’on jetât un brin de paille dans cet immense brasier, nul doute qu’il ne fût aussitôt consumé. Il eu serait de même de tous les péchés des hommes, s'ils étaient jetés, par le repentir et la confiance, dans le sein de la miséricorde de Dieu.
Que l'âme tentée de défiance et de désespoir, au souvenir de ses péchés d'autrefois, ne cesse donc de répéter : In te Domine speravi. non confundar in æternum: Ps. xxx, 1. «J'ai espéré en vous, Seigneur, je ne serai point confondue.»
Le deuxième obstacle au don de piété, c’est la crainte excessive de pécher en tout ce que l’on fait, crainte qu'on appelle scrupule. Rien de plus contraire au don de piété.
Ecoutons les sages conseils deS. François de Sales: '! Ne vous laissez point aller à une attention trop minu-
(1) Entr. Spir.
tieuse sur vous-même. Gardez-vous de trop examiner, de pointiller, de disputer sur des riens. Ces riens, pour certaines âmes, sont des montagnes de sable aux yeux de leur imagination. Leur vie se passe à examiner le grain de sable... Ne nous amusons pas à éplucher; il est des esprits ainsi faits, des natures trop réfléchissantes, qui épluchent tout, qui se fatiguent par leurs recherches inquiètes et minutieuses et qui n’aboutissent jamais à aucun résultat sérieux... . Il faut y aller rondement et simpiement au service de Dieu. Personne ne commet de péché, sans le savoir et sans le vouloir. Le péché mortel, disait Ste Thérèse, est un monstre tellement abominable, qu'il ne peut entrer dans une âme, sans qu’elle ne s’en aperçoive clairement. L'âme portée au scrupule doit donc combattre cette tendance pernicieuse, qui ne produirait en elle que la tristesse, l’agitation, l'inquiétude et la crainte. Qu'elle cesse de regarder Dieu comme un tyran et un bourreau, qu'elle voie en lui le meilleur des pères qui la regarde avec complaisance et lui prépare un magnifique héritage ; enfin, qu’elle abandonne toutes ses inquiétudes, en montrant la plus parfaite docilité a son confesseur et en lui obéissant aveuglément en tout. Nous ne rendrons pas compte à Dieu, disait S. Philippe de Néri, de ce que nous aurons fait pour obéir au confesseur; et dans la supposition que le confesseur se trompât en nous donnant telle ou telle décision, nous sommes assurés de ne pas nous tromper en lui obéissant.
Mais rien n’est plus opposé au don de piété que l'insensibilité spirituelle. La piété attendrit le cœur, le rend, par rapport à l’amour divin, semblable à une
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cire molle. L’insensibilité le durcit de plus en plus et le rend semblable à la pierre. Cependant, il faut distinguer deux sortes d’insensibilités. Il en est une qui vient de Dieu qui éprouve. Elle ne fait que perfectionner la piété. L'autre vient de nous-mêmes et la ruine totalement. La première est ressentie par des âmes très ferventes, la seconde par les tièdes et les relâchées.
Il y a de bonnes âmes extrêmement ferventes qui se trouvent parfois, pendant un temps assez long, comme frappées d'’insensibilité. Plus rien ne les touche, ni la lecture des livres pieux, ni l’oraison, ni la communion, ni les fêtes de l’Église, ni les mystères les plus touchants de notre sainte religion. Le don de piété est dans ces âmes, et il y est avec une grande perfection, mais il ne s’y fait pas sentir. Il y opère. mais d’une façon tellement délicate, élevée, sublime, qu’elle échappe tout à fait à la partie sensible. Et parce que l’âme, ainsi éprouvée, aime Dieu comme un bon Père, ne ressentant plus l’attrait de la grâce, ni les douceurs des divines consolations, elle craint de lui avoir déplu et qu’à cause de cela, il ne se soit retiré d’elle... Voilà une des plus dures épreuves de la vie intérieure. Le démon ne manque pas de profiter de cet état d’obscurité et d’angoisses, où se trouve cette pauvre âme, pour lui suggérer des pensées de désespoir, des sentiments de dégoût, des paroles de blasphème... Parfois même, la voyant à ce point sevrée de toute douceur et consolation, il ne craint pas de venir lui proposer les douceurs empoisonnées de la chair, en soulevant, au dedans d'elle-même, la révolte des passions, une véritable
tempête de tentations... L'âme se trouve alors aux prises avec les angoisses du doute et de mortelles inquiétudes, qui lui font subir une sorte de martyre, une vraie agonie intérieure. C’est ainsi que Dieu éprouve les âmes qui lui sont chères.! C’est par ces tribulations qu'il polit, comme par autant de coups de marteau et de ciseau, ceux qui sont destinés à être un jour les pierres vivantes de la Jérusalem céleste.
La seconde sorte d'’insensibilité vient de nousmêmes et détruit totalement l'esprit de piété. Elle résulte d’une longue suite d'’infidélités volontaires et en est le juste châtiment.
Aujourd’hui, dit le Père Lancicius, on néglige une méditation, demain une lecture, puis, l’examen de sa conscience et bientôt, on laisse tout. On ne s'ucquitte de ce qu’on doit faire absolument qu'avec précipitation et fort misérablement. Enfin, l’on contracte l'habitude du péché véniel, on s’y attache de plus en plus. Or, l'affection au péché véniel ôte à l'âme l’attrait pour Dieu et la délicatesse de l’amour. Elle la frappe de cette insensibilité dangereuse où plus rien ne touche, ni les remords de la conscience, ni les exhortations des prédicateurs, ni les avertisseme ‘ts des supérieurs, ni les grands motifs que nous avons de ne plus vivre que pour Dieu : c’est une insensibilité universelle. Cette âme résiste continuellement au Saint-Esprit. Il est bien à craindre qu’elle ne finisse par en être abandonnée et que, tombant dans de graves désordres, elle ne se perde éternellement. Chacun doit se mettre en garde contre un état
(1) P. Surin.
PRE pepe dre | rene enmemnenr nes pertinence
aussi triste et aussi opposé au don de piété. On y est tous plus ou moins exposé. La nature tend toujours à prendre le dessus, la routine se glisse facilement dans nos meilleurs actes ; la préoccupation, la surcharge des affaires absorbent l'esprit et détournent l'attention de Dieu ; parfois aussi, le découragement s'empare de nous et nous enlève tout élan ; enfin, les petites fautes que nous commettons, certaines attaches trop naturelles, nos sympathies ou antipathies trop faiblement combattues, tout cela contribue à affaiblir en nous l'esprit intérieur, à affadir notre piété, à endurcir notre cœur. Oh ! que nous avons besoin que l'Esprit de piété vienne nous visiter ! Que nous devons le conjurer de nous en’ever ce cœur de pierre qui est en nous, et de nous en donnc :n de chair, c'est-à-dire, un cœur sensible ax touches délicates de la grâce, un cœur et un esprit nouveaux qu: fassent que nous marchions, sans défaillir jamais, dans la voie des divins préceptes. « Dabo vobis cor novum et spiritum novum in medio vestri et auferam cor lapideum de carne vestra et dabo cor carneum e faciam ut in præceptis meis ambuietis.» Ezech. xxx Va, 26-27.
Demandons donc sans cesse le don de piété, que le Saint-Esprit désire tant nous accorder. Répétons souvent avec toute la ferveur de notre âme, ces ardentes supplications de la Sainte Église : Emitte spiritum tuum . .. et renovabis faciem terra. Envoyeznous votre Esprit, Seigneur, et vous renouvellerez la face de la terre ; vous changerez, vous transformerez entièrement notre cœur.
LA Flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege 1- quod est devium. Nous vous en supplions, daignez, & par la vertu du don de piété, fléchir ce qu'il y a en a nous de raide, échauffer ce qui est froid, redresser L ce qui est tortueux. Alors, nous pourrons, avec plus t d'assurance que jamais, lever les yeux au ciel, en L disant : Pater noster. O mon Dieu, vous êtes mon 8 Père, et je suis vraiment votre enfant, que puis-je s souhaiter encore ?
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! Eflet secondaire du don de Piété