NÉCESSITÉ DE CET EFFET DU DON DE PIÉTÉ
Après nous avoir rappelé notre qualité d’enfants de Dieu, l’apôtre de l'amour, S. Jean, rous montre aussitôt les obligations qui en résultent, par rapport à nos frères. Charissimi, diligamus nos invicem quia charitas ex Deo est. Qui diligit ex Deo natus est. 1 Joa. 1V, 7: € Mes bien-aimés, aimons-nous mutuellement, parce que la charité vient de Dieu. Celui qui aime montre qu'il est né de Dieu, qu’il est vraiment son enfant.» Qui non diligit fratrem suum non est ex Deo. 1 Joa. 1, 10:« Celui qui n’aime pas son frère n’est pas l'enfant de Dieu.» Nousavons, dit-il encore, un moyen de savoir que nous avons été transférés de la mort à la vie, et qu’ainsi, nous sommes devenus les enfants de Dieu ; ce moyen, quel est-il ? Quoniam diligimus fratres: c’est l’amour que nous portons à nos frères. Qui non diligit, manet in morte. 1 Joa. 117, 14: (Celui qui n’aime pas ses frères demeure en la mort.» Et nos debemus pro fratribus animas ponere. 1 Joa. 111, 16: € Nous devons tellement aimer nos frères que nous soyons disposés à donner pour eux notre vie.» Qui viderit fratrem suum necessitatem habere et clauserit
viscera sua ab eo, quomodo charitas Dei manet in eo. Filioli mei, non diligamus verbo neque lingua, sed opere et veritate. 1 Joa. 111, 16-18: (Quiconque ‘oit son frère dans la nécessité et lui ferme son cœur, peut-il encore avoir en lui la charité divine? Mes petits enfants, n'aimons pas seulement de bouche et en paroles, mais montrons notre charité par des œuvres. »
Tels sont les suaves enseignements du disciple bien-aimé. Il les appuie tous sur la qualité de frères les uns des autres qu’il voit en nous, laquelle exige ces sentiments et ces bons offices mutuels.
Rappelons-nous maintenant les paroles du divin Maître. Rappelons-nous surtout ses admirables exemples. Tout Dieu qu’il est, il ne rougit pas de nous appeler ses frères : Non confunditur vocare eos fratres dicens : nuntiabo nomen tuum fratribus meis. Et ailleurs: «Me voici, avec les enfants que Dieu m'a donnés ; et parce que les enfants sont d’une nature composée de chair et de sang, il a aussi, lui-même, participé à cette même nature... il a donc fallu qu’il fut en tout semblable à ses frères, afin de devenir plus compatissant: » Etiterum : Ecce ego et pueri mei quos dedit mihi Deus. Quia ergo pueri communicaverunt carni et sanguini et ipse similiter participavit eisdem... unde debuit per omnia fratribus similari ut misericors fieret. Hebr. 11, 11-17.
Après nous avoir ainsi montré la charité divine, devenue pour l’homme un amour tout fraternel, S. Paul conclut : Non exim habemus Pontificem qui non possit compati infirmitatibus nostris, tentatum aulem per omnia pro similitudine absque peccato. Adeamus ergo cum fiducia ad thronum gratiæ, ut
misericordiam consequamur et gratiam inveniamus in auxilio opportuno. Hebr. 1v, 15-16: « Car le Pontife que nous avons n’est pas tel qu’il ne puisse compatir à nos faiblesses ; mais il a éprouvé, comme nous, toutes sortes de maux, hormis le péché. Allons donc nous présenter, avec confiance, devant le trône de la grâce, afin d’y recevoir miséricorde et d’y trouver du secours dans nos besoins.»
Oh ! que le divin Maître a aimé les hommes !
Venez à soi, leur disait-il, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés et je vous soulagerai : Venite ad me omnes vos qui laboratis et onerati estis et ego refjiciam vos. Matth. x1, 28.
Quelle compassion ! Quelle tendresse ! Il aime les petits et les faibles : Sinite parvulos venire ad me et nolite prohibere eos. Marc x, 14: (Laissez les petits enfants venir à moi et gardez-vous de les en empécher.» Il aime les pauvres : Il les admet dans sa compagnie, les console, leur promet le royaume des cieux: Beati pauperes spiritu quoniam ipsorum est regnum cælorum. Matth. v, 3. Ne s'est-il pas fait pauvre comme eux? Il a compassion des affligés : Misereor super turbas. Marc vint, 2. Il pleure au tombeau de Lazare.
Il a compassion surtout des pauvres pécheurs. C’est pour eux spécialement, qu’il déclare être venu en ce monde : Non veni vocare justos sed peccatores. Matth. 1x, 13. Dès qu’il les voit repentants, il pardonne tous leurs crimes, sans leur adresser un seul mot de reproche. Vous ne pardonnerez pas seulement jusque sept fois, au même pécheur, dit-il à S. Pierre, mais jusque soixante-dix fois sept fois, c’est-à-dire,
un nombre indéfini de fois ; aussi souvent qu'il sera vraiment repentant de ses crimes. Voyant que l’ingrate Jérusalem s’obstinait dans son péché, il pleura surelle: Videns civitatem flevit super eam. Luc x1x, 41.
Voilà comment le don de piété, que J'isus possédait dans toute sa plénitude, agissait sur son cœur. Voilà les sentiments de tendre et sincère compassion, que le Saint-Esprit inspirait sans cesse à ce bon Maître. Et c'était avec un plaisir infini, qu’il correspondait à cette divine impulsion. Faire du bien à ses frères, les soulager, les consoler, les sauver, étaient les délices de son cœur.
Eh bien ! ces sentiments de tendre piété et de compatissante charité, Jésus-Christ veut que nous les ayons à notre tour. Je vous ai donné l’exemple, nous dit-il, pour que vous fassiez comme j'ai fait: Exemplum enim dedi vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis. Joa. XI, 15.
Et afin de nous y porter plus efficacement, il veut s'identifier, en quelque sorte, avec chacun de nos frères. Ce que vous ferez au moindre :':s miens, je le regardreai comme fait à moi-même : Quandiu fecistis uni ex his minimis, mihi fecistis. Matth. xx v,
Il ne veut reconnaître pour ses disciples que ceux qui témoigneront cette charité : In hoc cognoscent 0mnes, quia discipuli mei estis, si dilectionem habueris ad invicem. Joa. XIII, 35.
Enfin, il ne veut Pas que nous nous approchions de l’autel, pour lui apporter notre offrande, si nous nous souvenons qu’un de nos frères a quelque chose Contre nous : Si ergo offers munus tum ad altare, et 1bi recordatus Jueris quia frater tuus habet aliquid
adversum te, relinque ibi munus tuum anle altare, et vade prius reconciliari fratri tuo et tunc veniens offeres munus tuum. Matth. v, 23. C’est que l’offrande la plus agréable à ses yeux est un cœur orné du don de piété, rempli de miséricorde et de char té. Que si un tel cœur nous fait défaut, il détourne son visage et ne nous écoute pas. La prière, pour être bien accueillie de lui, doit être embaumée du parfum de la piété: Quand vous prierez, dit-il, vous direz : Pater noster... panem nostrum quotidianum da nobis... dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris Matth. vi, 9-12. N'est-ce pas comme s’il dis. ‘+: Vous vous souviendrez, en priant, qu'ayant tous ie même Père dans les Cieux, vous êtes tous frères les uns des autres ;: vous ne prierez donc pas pour vous seulement, mais pour tous vos frères en même temps. Et si vous voulez obtenir des grâces, particulièrement le pardon de vos fautes, vous devez commencer par pardonner vous-mêmes les torts qu’on vous a faits. Que si vous ne pardonnez pas à vos frères leurs offenses, votre Père céleste ne vous pardonnera pas non plus celles qu’il a reçues de vous : St autem non dimiseritis hominibus, nec Pater vester dimittet vobis peccata vestra. Matth. vi, 15.
Le don de piété, que S. Thomas rattache à la cinquième béatitude (bienheureux les miséricordieur) précisément, parce qu’il rend l’homme si compatissant aux misères d'autrui, s’est toujours trouvé dans l'Église, depuis que le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres.
Depuis S. Paul qui disait (quel est celui qui pleure, sans que je ne pleure avec lui» jusqu’à nos jours, il
s'est manifesté en superbes démonstrations d’héroïque charité.! N'est-ce pas sous le souffle de l’esprit de piété que s’est épanouie cette magnifique eflorescence d'œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle, que nous contemplons aujourd’hui: tous ces ordres religieux d'hommes et de femmes, qui ont pour but de soulager le prochain, d'assister les malades, d’abriter les vieillards et les orphelins, de donner l'instruction aux enfants pauvres, de voler jusque sur les plages les plus lointaines au secours des tribus sauvages et de toutes les âmes abandonnées ? Il en sera toujours de même jusqu’à la fin des temps. Le Saint-Esprit suscitera toujours, au sein de l'Église, d'admirables dévouements : des âmes nobles et généreuses, qui feront leur bonheur de consacrer leur existence au soulagement de toutes les misères physiques et morales.
DE QUELLE MANIÈRE LE SAINT-ESPRIT FAIT FRUCTI- FIER EN NOUS LE DON DE PIÉTÉ PAR RAPPORT AU PROCHAIN
l° En nous rendant patier agréables les uns envers les autres.
De même que le Saint-Esprit, par le moyen du don de piété, nous rend douces et suaves nos communications avec Dieu, nous le montrant comme le meilleur des pères ; de même, il nous rend faciles et agréables celles que nous avons avec les hommes,
(1) Mgr Gaume.
nos frères, et en premier lieu, avec les personnes avec lesquelles nous vivons.
«I faut bien le reconnaît.e, dit Mgr Landriot, la vie est partout une suite de luttes, de combats, de froissements et par conséauent, de support mutuel. Là où deux hommes vivent ensemble, ils se font souffrir ; ils se rapprochent et en se rapprochant, ils s’entrechoquent. Nous sommes, dit S. Augustin, des vases de terre lutea vasa » et quand nous nous rapprochons, il en résulte de nombreuses contusions, souvent même des ruptures ; c’est la cause de presque toutes les souffrances de la terre. Sumus homines mortales, fragiles, infirmi, lutea vasa portantes queæ faciunt invicem angustias. Il arrive même souvent que ceux qui se plaignent le plus sont précisément ceux qui ont le plus de torts, ceux dont le caractère est le plus insupportable, le plus cassa it. L'onction du Saint-Esprit seule peut adoucir ces relations et les rendre au moins tolérables. Elle ne fait pas disparaître entièrement les difficultés, mais elle les diminue, elle arrondit l’angle des aspérités. Elle met dans le cœur un grand esprit de charité et de pardon et leur donne aussi quelque chose de la souplesse de l'huile ; or l’huile ne résiste pas, elle cède et cependant, elle remporte la victoire. »
«Lorsqu'une clef ne fonctionne plus facilement, au milieu d’une complication de rouages, on y met une goutte d’huile. Aussitôt, il s'opère une sorte de transformation dans l’engrenage des ressorts, et leur jeu devient très facile. N'est-ce point là une image de la vie humaine, de la vie, dans ses rapports avec les amis, les connaissances, avec les proches de toute
espèce ? Que de rouages différents ! que de ressorts qui s’altèrent encore plus facilement que ceux du métal ! Et cependant, il faut que ces différentes pièces de l’engrenage humain marchent ensemble. Aussi, que de fois ces rouages qui manquent d’huile, c'est-à-dire de bienveillante charité, que de fois ils s’accrochent par le mauvais côté, ils crient, ils résistent, ils refusent leur service ! Que de fois on brise la clef, parce qu’on veut forcer. Cette goutte d'huile qui manque, c’est l’onction du Saint-Esprit. Quand elle est donnée à l’âme, elle la pénètre très intimement, elle assouplit les fibres intérieures du cœur, elle adoucit les rapprochements. elle détend les rouages et les empêche de se rompre, elle arrête la dureté des chocs, et souvent, elle prévient le feu qui allait prendre aux roues si rapides des passions humaines.»
2° En attendrissant notre cœur sur les misères d'autrui.
Il y a, pour le prochain aussi bien que pour Dieu, l'insensibilité du cœur, laquelle est diamétralement opposée au don de piété.
Viendra un temps, dit S. Paul, où les hommes n'aimeront plus qu'eux-mêmes, ils seront sans affection... ayant seulement les apparences de la piété et rejetant les sacrifices qu’elle demande : Erunt homines seipsos amantes. .. sine affectione... habentes speciem quidem pietatis, virtutem ejus abnegantes. 2 Tim. m1, 3-5.—Combien d'âmes réalisent en elles ce triste portrait. Un vil égoïsme les a envahies. Uniquement occupées d’elles-mêmes, de leurs intérêts, de leurs plaisirs, elles sont tout à fait indifférentes et
insensibles aux misères d'autrui. Souvent, l’envie, cette maudite passion qui cause tant de ravages dans le monde, a achevé de les endurcir. Loin de compâtir aux maux du prochain, elles ont de la peine à ne pas s’en réjouir. Cette joie maligne brille comme malgré elles sur leur visage, dans leur regard et dans leurs paroles ; elles ne peuvent pas davantage cacher leur dépit et leur chagrin, quand elles en voient d’autres prospérer et réussir, comme si elles devaient en subir du préjudice. Avec de tels sentiments, le don de piété n’est plus possible. Au lieu de la bienveillance, de la compassion, du dévouement : il n’y a plus que froideur, indifférence, dureté ; il en résulte une foule de maux qui portent le trouble et la perturbation dans les familles et dans la société.
C’est cette mauvaise disposition du cœur que le Saint-Esprit veut faire disparaître. Il veut nous amener à nous oublier nous-mêmes, pour nous dévouer au soulagement de tous ceux qui souffrent.
Et d’abord, id nous rend sensibles à l'égard des pauvres qui sont généralement méprisés et délaissés.
Ne s’appelle-t-il pas le Père des pauvres ? Veni Pater pauperum. Quiconque est rempli du Saint- Esprit se fait, autant qu'il est en lui, le père des pauvres ; il tâche de les secourir, il entre avec bonheur dans les associations qui ont pour but leur soulagement, il stimule en leur faveur la charité des riches, il se prive volontiers du superflu dans la nourriture, le vêtement, le logement, afin d’être plus à même de venir en aide aux nécessiteux ; il accompagne toujours ses aumônes d’une parole du cœur, ce qui en double la valeur et le mérite. S. Grégoire
se condamna au pain et à l’eau, pendant six mois, parce qu'il avait appris qu’un pauvre était mort de faim dans ses États.
Par son don de piété, l’Esprit-Saint nous rend sensibles à l'égard des infirmes et des malades. Jésus- Christ, conduit en toutes choses par le Saint-Esprit: Ductus a spiritu sancto, Matth. 1v, 1. parcourait, dit l'Évangile, les bourgades de la Judée, guérissant toute langueur et toute infirmité : Curans omnem languorem et omnem infirmitatem. Matth. 1V, 23. Le don de piété met au cœur une grande compassion pour tous ceux qui souffrent dans le corps. Ce n’est pas toujours la douleur physique qui fait le plus souffrir un malade ; c’est l’isolement, l’abandon où on le laisse. Rien ne le console autant que la visite d'un ami. Afin de nous porter à cette compassion, Notre-Seigneur veut bien nous promettre la même récompense que si nous la témoignions à sa propre Personne : visiter, consoler un malade, c’est visiter, consoler Jésus-Christ : Infirmus eram et visitastis me. Matth. xx v, 36.
Er'in. le don de piété donne à l’âme le besoin de consoler les cœurs affligés. L'Église appelle le Saint- Esprit : le Consolateur suprême : Consolator optimus, l’'Hôte suave de l’âme : Dulcis hospes anime, un doux rafraîchissement : Dulce réfrigerium. Vous êtes, lui dit-elle, notre consolation dans les pleurs : In fletu solatium. Tout cela, le chrétien le devient dès qu’il possède le don de piété. Comme S. Paul, il pleure avec ceux qui pleurent. Son cœur compatissant le mène vers ceux qui sont dans l’affliction, Pour y porter le baume de douces et réconfortantes
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paroles. Il vaut bien mieux, dit l’Ecclésiaste, aller à une maison de deuil qu’à une maison de festin : Melius est ire ad domum luctus quam ad domum convivii. Eccle. vu, 3. Oui, cela est plus salutaire pour soi-même et plus profitable pour les autres.
Mais de toutes les misères qu’on peut rencontrer ici-bas, il n’en est pas d’aussi profonde, d'aussi grave, d’aussi désolante, que celle du péché. Rien ne doit autant émouvoir notre cœur, que la vue d'âmes qui se perdent pour toute une éternité. Si vous aperceviez une maison en feu et que vous voyiez tout-à-coup apparaître, à une fenêtre, un pauvre vieillard et de petits enfants, implorant un secours qu’on pourrait encore leur porter, pourriez-vous demeurer insensible et laisser périr dans les flammes tous ces infortunés ? Hé quoi ! des milliers d’âmes, coupables de réché mortel, sont menacées de brûler éternellement dans des flammes bien plus horribles, vous avez devant les yeux bon nombre de ces âmes : peur-êt ‘e parmi elles, en est-il qui vous sont particulièrement chères ; auriez-vous la moindre étincelle du don de piété, si vous ne vous sentiez rempli d’une immense compassion pour ces âmes malheureuses, si vous n’éprouviez le plus ardent désir de les arracher à leur lamentable situation ?
Ecoutez notre adorable et divin Modèle : « L’Esprit du Seigneur s’est reposé sur moi, c’est pourquoi, il m’a consacré par son onction, il m’a envové pour prêcher l'Évangile aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux captifs ia délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres ceux qui sont brisés, pour publier
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l’année favorable du Seigneur et le jour auquel Dieu rendra à chacun selon ses œuvres » : Spiritus Domini super me, propler quod unxit me, evangelizare pauperibus misit me, sanare contritos corde et prœdicare captivis remissionem et cœæcis visum, dimittere confraclos in remissionem, prœdicare annum Domini acceptum € em retributionis. Luc 1v, 18-19.
Reyu ez-le, après cela, courant après la brebis perdue, témoignant la plus miséricordieuse compassion à Madeleine 1: pécheresse, à la pauvre samaritaine, à la femme adultère, au bon larron en croix. Voyez ses travaux, ses fatigues, ses douleurs, sa mort ignominieuse. Le bon pasteur, dit-il, donne sa vie pour ses brebis. Près de mourir, il s’écrie : Sitio. (J'ai soif.» Et de quoi a-t-il soif? Des âmes, pour lesquelles il donne son sang et sa vie : son cœur brûle d'un désir extrême de les arracher toutes au péché et à l’enfer.
Cette soif, le Saint-Esprit la fait sentir aux âmes qu'il favorise du don de piété. Il leur fait éprouver les mêmes sentiments que Jésus-Christ : Hoc enim sentite in vobis quod et in Christo Jesu. Philip. 11, 5. N'était-ce pas de cette soif que brâûlait l’apôtre S. Paul, quand il disait : « Je me dépenserai très volontiers et je me sacrifierai entièrement pour le salut de vos âmes:» Ego autem libentissime impendam et superimpendar ipse pro animabus vestris. 2 Cor. XI, 15. Tous les apôtres, tous les saints missionnaires, tous les grands contemplatifs ont ressenti les mêmes ardeurs.
{Ne s'agît-il que de la perte d’une âme, disait S. Augustin, il n’y a qu’un cœur dur comme le diamant
qui puisse y être insensible.» « Ma joie suprême en ce monde, écrivait S. François de Sales, c’est de gagner une me au Bon Dieu. J'aimerais mieux quitter tous les honneurs et toutes les richesses du monde que le soin des pécheurs.»
S. François-Xavier faisait sans cesse cette prière : Domine, da mihi animas. Seigneur, donnez-moi des âmes et rien que des âmes. Le bienheureux Grignon de Montfort, considérant la multitude d’âmes qui se perdent, s’écriait : au feu ! au feu ! au secours ! au secours ! au feu dans les âmes, au secours de nos frères qui périssent.
S. Alphonse, dans les règles qu’il a tracées à ses religieux, leur dit qu’un missionnaire doit compter pour rien la faim, la soif. les incommodités, les fatigues et la mort même, s’il peut, à ce prix, gagner une âme à Dieu.
Ste Thérèse aurait voulu se trouver sur une montagne dominant le monde er‘i?r, pour crier à tous les hommes : N'allez pas, n’allez pas en enfer. Priez, priez, sauvez votre âme. Quoi, disait-elle en considérant les flammes de l’enfer où se précipitent des multitudes d’âmes, je pourrais prendre un instant de repos, je vivrais tranquille tandis que tant d’âmes se perdent ! Oh ! je donnerais mille fois ma vie pour une seule d’entre elles. Sans autre resso ‘rce que ses prières et ses pleurs, elle ne cessait de les répandre en secret pour la conversion des hérétiques et le salut des pécheurs.
Le Saint-Esprit ne se contente pas d'’inspirer ces grands désirs du salut des âmes, il donne encore le
courage d'agir en conséquence. Il pousse à l’apostolat, chacun à la manière qui lui convient. Au prêtre, au missionnaire, dont la vocation a directement pour objet le salut des âmes, il communique un dévouement sans bornes, un zèle insatiable qui ne cesse de se déployer dans les diverses fonctions du saint ministère, particulièrement en chaire, au confessionnal, dans la création d'œuvres 1yant pour but l'éducation chrétienne de l'enfance, préservation de la jeunesse, la sanctification de telle ou telle classe de personnes.
Au simple fidèle, comme aussi, au religieux, à la religieuse qui n'ont pas été comme le prêtre appelés à travailler directement à sauver des âmes, l'Esprit- Saint inspire l’apostolat de la prière dont la fécondité est merveilleuse, l’apostolat du bon exemple dont l'efficacité est incontestable et, dans une certaine mesure, l'apostolat de la parole et du bon conseil, si propre à ramener les âmes à Dieu, quand on sait en user avec prudence et à propos.
Il y a encore l’apostolat du sacrifice que le Saint- Esprit réserve aux âmes plus généreuses, à celles qui veulent marcher de plus près sur les traces du divin Maître, qui nous a rachetés au prix de son sang.
Sans être prêtre ou missionnaire, que d'âmes ne peut-on pas arracher au péché et à l'enfer, en se livrant, de l’une ou de l’autre manière, à l’apostolat! Dieu a voulu le rendre accessible à tous et l'esprit de piété fait que la pratique en est douce et facile. Que nous serons étonnés, au jour du Jugement, de voir des élus qui, tout en menant ici-bas une vie
commu! + et ordinaire, auront converti plus de pécheurs par leurs prières et leurs sacrifices, que des missionnaires très renommés par leurs travaux apostoliques !
Oh ! que le don de piété est un grand trésor, puisqu’il nous fait faire de si grandes choses pour Dieu et pour les âmes ! L’opôtre S. Paul avait bien raison de le recommander si instamment à son disciple : Exerce teipsum ad pietatem. Pietas ad omnia utilis est. 1 Tim. 1v, 7: «Exercez-vous à la piété, car la piété est utile à tous.» Elle profite à tout le monde. «Elle a pour elle les promesses de la vie présente» : Promissionem habens vitæ quæ nunc est. 1 Tim. 1V, 8. La piété rend la vie heureuse, par les relations toutes d'amour qu’elle établit entre l'âme et Dieu et les bénédictions abondantes qu’elle fait descendre du Ciel ; heureuse encore par les soulagements, les consolations qu'elle fait déverser sur les autres et par les bénédictions qu'elle reçoit de ceux qu’elle a obligés. Elle a surtout pour elle les promesses de la vie future : et futuræ. Ceux-là, en effet, qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu sont ses vrais fils: Quicumque Spiritu Dei aguntur, hi sunt fili Dei. Rom. VIII, 14. Or, si nous sommes les fils de Dieu, nous sommes aussi ses héritiers et les cohéritiers de Jésus- Christ: Si autem filii et hæredes, hæredes quidem Dei, cohæredes autem Christi. Rom. vint, 17. Quelle meilleure assurance pouvons-nous avoir de posséder un jour les biens éternels !
Quant aux services rendus au prochain : quelles magnifiques promesses encore ! « Ce que vous avez fait au moindre des miens, dira Jésus-Christ à ses
élus au jour du ’ement, c’est à moi-même que vous l'avez fait: ‘/uandix fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mi fecistis. Mit. XXV, 40.
CUn verr: d'eau froide donné à un pauvre en mon nom ne resteiäa pa: ‘ans récompense }, a dit encore Notre-Seigneur : Et quicumque potum dederit uni ex minimis istis calicem aque frigidæ tantum in nomine discipuli, amen dico vobis, non perdet mercedem suam. Matt. x, 42. « Celui qui aura ramené un pécheur de sa mauvaise voie et l’aura converti, dit S. Jacques, celui-là doit savoir qu'il a sauvé sa propre âme de la mort et couvert la multitude de ses péchés»: Scire debet quoniam qui converti fecerit peccatorem ab errore viæ suæ, salvabit animam ejus a morte et operiet mulhtudinem peccatorum. Jac. v, 20. Peut-on posséder une plus grande assurance de son salut éternel !
0 don de Piété, que vous êtes désirable ! O Esprit- Saint, je vous en conjure, très humblement par ies mérites de Jésus-Christ, apportez-moi cet immense trésor. Venez amollir mon cœur si dur, si insensible. Remplissez-le, à l'égard de Dieu, de ces sentiments d'entière confiance et de filial amour qui conviennent à l'enfant d’un si bon Père. Rendez-le sensible aux misères du prochain, à celles des âmes surtout. En un mot, prenez entièrement possession de ce pauvre cœur, Changez-le, transformez-le. Rendez-le semblable au Cœur très tendre de Jésus, afin qu'à son exemple, je ne fasse que ce qui est agréable à mon Père céleste et que je cherche à me rendre utile à mes frères.
O Marie, Épouse du Saint-Esprit, vous qui avez possédé à un degré si éminent le don de piété, obte-
nez-moi, par votre puissante intercession, ce don si précieux et si nécessaire, afin qu’aimant et servant Dieu comme mon Père, je vous aime et vous serve, vous aussi, comme ma bonne et tendre Mère, que j'acquière, par ce don béni, un trait de plus de ressemblance avec vous et que je devienne de plus en plus l’objet de vos complaisances.
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