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Sans aucun doute, ces âmes humbles et simples avaient pour maître le Saint-Esprit lui-même, qui se plaît à révéler aux petits des secrets qu’il cache aux sages et aux orgueilleux du siècle.
Le don d'intelligence fait que l’âme comprend facilement les livres spirituels, les sermons, les catéchismes, les instructions religieuses; qu’elle les goûte, les retient et surtout, les met en pratique. « Durant plusieurs années, a écrit Ste Thérèse, je lus beaucoup de livres spirituels, sans en avoir l’intelligence. Je passai aussi un temps fort long sans trouver une seule parole pour faire connaître aux autres les lumières et les grâces dont Dieu me favorisait. Mais quand il plaît à la Majesté divine, elle donne en un instant l’intelligence de tout, d’une manière qui m'épouvante. En vain, plusieurs personnes spirituelles, avec lesquelles j'ai conféré, ont voulu me donner une idée claire des faveurs dont Dieu me comblait, afin de m'aider à les exprimer : tous leurs efforts ont complètement échoué devant mon peu de pénétration ; mais que Dieu soit béni de tout ! La lumière m'est venue quand je ne la cherchais pas. Dieu m'a donné, en un instant, une pleine intelligence de ces faveurs, et la grâce de savoir les exprimer ; mes coufesseurs en étaient dans l’étonnement.»
Le don de l'intelligence ouvre les yeux de l’âme pour contempler les perfections de Dieu, cachées sous le voile des créatures. Elle voit dès lors rayonner à travers ce voile la puissance, la sagesse, la bonté infinies du Créateur, et elle s’éprend de plus en plus d'amour pour lui. Elle voit également sa Providence s'étendre aux plus petites comme aux plus grandes
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choses, s'intéresser à l’herbe des champs aussi bien qu'aux astres qui tournent sur nos têtes. Elle admire son divin fonctionnement dans les événements de l’histoire, dans les persécutions qui affligent l’Église, dans les épreuves des bons et le triomphe momentané des méchants ; ainsi que dans tout le cours de sa propre vie. Elle contemple avec admiration les voies mystérieuses par lesquelles Dieu l’a conduite, elle comprend la raison des douleurs qu’elle a subies, des humüiations, des contradictions qu’elle a essuyées, elle voit à quels dangers la main divine l’a arrachée, les grandes mi:éricordes dont elle a été l’objet. Partout, cette âme découvre et adore l’unique et active pensée d’un Dieu infiniment sage travaillant et le jour et la nuit en vue de sa gloire et du bonheur de ses élus ; combinant tellement bien les choses, que les obstacles même lui servent de moyens ; tirant invariablement le bien du mal, jusqu’à faire tourner à notre propre avantage les péchés que nous avons commis. À cette vue, elle est ravie de reconnaissance et d'amour.
David a donc bien raison de s’écrier : « Heureux, Seigneur, celui que vous daignez instruire vousmême, en lui donnant le don d'intelligence » : Beatus quem tu erudieris Domine. Ps. xcm, 12. Et il ajoute : ( Vous m'avez accordé ce don ineffable, ô mon Dieu, et c’est pourquoi, j’ai été transporté de joie à la vue de vos ouvrages. »
Le don d'intelligence étend donc merveilleusement le regard de l’âme, il lui découvre des splendeurs cachées : c’est comme un rayon de la vision béatifique. Quel secours pour notre foi ! Quelle perfection elle en reçoit !
Le deuxième effet du don d'intelligence est de rendre la vie plus sainte.
Ce don admirable n’agit pas seulement sur l’entendement, en l’éclairant de vives lumières, il agit encore sur la volonté ; car les mouvements de la volonté sont en raison directe des lumières de l’esprit. Mieux l'esprit est éclairé sur les vérités de la foi, plus le cœur en est touché, et plus la volonté a de force pour agir d’une manière qui leur est conforme. «O mon Dieu, disait David, donnez-moi l’intelligence et je vivrai. J’approfondirai votre loi et je l’observerai de tout mon cœur:» Da mihi intellectum et vivam ; et scrutabor legem tuam et custodiam illam in toto corde meo. Ps. cxvIn, 34. Bientôt, se sentant exaucé, il s’écrie : (J’aime vos commandements, Seigneur, par-dessus l’or et la topaze:» Mandata tua dilexi super aurum et topazion. Ps. cXVII, 127.
Inondée des clartés du don d'intelligence, l'âme comprend à l'instant quelle est sa fin dernière et combien elle est sublime : à tour prix, elle veut l’atteindre ; elle en conçoit un désir, un besoin extrêmes. «Qui me donnera des ailes, dit-elle avec David : Quis dabit mihi pennas, et je m’envolerai loin des vanités de la terre, loin de tout ce qui captive et qui souille, là, je trouverai le cœur de mon Dieu, pour qui je suis créée ; et sur ce cœur, je me reposerai»: Et volabo et requiescam. Ps. LI, 7.
D'un seul regard, elle saisit toute i’économie de la vie spirituelle : les moyens d’atteindre sa bienheureuse fin, leur valeur respective, et l’ordre qu’il faut garder en les employant. Elle comprend donc, qu’avant tout, il faut se purifier du péché, renoncer à
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tout ce qui y conduit, mourir aux inclinations perverses de la nature, enlever, en un mot, tous les obstacles à la grâce. Voulant à tout prix posséder sa in dernière, elle entreprend résolument la lutte contre elle-même, se livre avec un courage tout divin à la mortification des sens, à la pratique de l'humilité, du renoncement, de l'obéissance, tenant les yeux fixés sur le modèle de toute sainteté : Jésus-Christ. Ces vertus paraissent d’un aspect terrible à l'amour propre, mais l’Esprit d'intelligence dissipe ces Vaines frayeurs. Un ancien a dit que si la vertu se pouvait faire voir à découvert, elle ravirait les cœurs, par les charmes de sa beauté. Eclairée par le Saint-Esprit, l'âme comprend surtout le prix de l’oraison, de la communion, du recueillement et de tous ces moyens positifs qui doivent l’unir dir “tement à Dieu. Elle voit le but final de tous les exercices de la vie spirituelle, qui est l’union de l’âme avec sa fin dernière.
Elle comprend les desseins de Dieu, quand il la fait passer par les sécheresses, les aridités, les tentations,
les diverses épreuves de la vie intérieure ; aussi, loin
de s’en troubler, de s’en afiger, elle les reçoit comme
des trésors, comme des occasions précieuses de se déta-
cher de plus en plus d'elle-même, pour être mieux en
état de s’unir intimement au souverain Bien, et de le
posséder plus parfaitement. Oh ! que la vie d’une
âme ainsi éclairée et soutenue est belle ! Qu'elle est
sublime et méritoire ! Et que cette âme est heureuse!
(Rien de ce qui arrive ne peut la contrister»: Non contristabit justum quidquid ei acciderit. Prov. XII,21. Que de progrès ne fait-elle pas dans la perfection !
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Non seulement, elle y marche ; mais elle y court, elle y vole avec une extrême rapidité !
Et que dire quand cette âme est une âme sacerdotale ! Au divin rayonnement du don d'intelligence, le prêtre voit l’excellence, la sublimité des fonctions de son ministère ; l'excellence du très saint sacrifice de la messe, et il l’offre avec un respect, une piété, une ferveur qui s’accroissent chaque jour ; l'excellence de l'office divin, et il le récite avec foi et dévotion ; l'excellence de la parole de Dieu, et il la prêche avec un zèle dévorant. Le prêtre voit le prix d’une seule âme : combien elle est belle et noble, combien elle est chère à Dieu dont elle est l’image, et à Jésus- Christ dont elle a coûté le sang ; et il est prêt à entreprendre tous les travaux, à endurer tous les supplices pour en sauver le plus grand nombre possible. Oh ! heureux le prêtre qui possède et développe en lui ce beau don : son minisi . sera fructueux, et sa vie un ( sursum corda » continuel !
Le troisième effet du don d'intelligence est de nous faire avancer dans l’oraison et dans le recueillement habituel. L'âme, inondée des lumières de ce don béni, se trouve affranchie des difficultés qu’elle rencontrait, quand elle commençait à se livrer à l’oraison. Il lui fallait alors discourir sur les vérités de la foi, s’en pénétrer par voie de raisonnement, lutter constamment contre les distractions, les dégoûts, les ennuis que lui suscitait l’ennemi du salut. Elle était semblable à une personne qui puise de l’eau à un puits, par petite quantité, et avec beaucoup de peiue. Quelle différence avec ce qui a lieu maintenant ! L'eau jaillit comme d’elle-même de la source, l'âme
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peut y boire tranquillement et se désaltérer pleinement. Elle ne doit plus chercher la vérité, elle la voit, elle admire sa splendeur et s'éprend d'amour pour elle. Les distractions ont moins d’empire sur son esprit, les dégoûts n’ont plus accès dans son cœur, le temps de l’oraison lui paraît trop court ; elle voudrait la prolonger des heures, des journées entières ; et, ne le pouvant, elle fait de sa vie une oraison continuelle. Le souvenir de ce que Dieu lui a fait éprouver pendant ce temps béni, l'impression qui lui en est restée la tiennent dans un recueillement habituel. Elle ne cesse de penser à Dieu et de l'aimer, elle évite avec un soin extrême les moindres fautes et les imperfections volontaires, et très souvent, elle laisse échapper de son cœur embrasé, comme des étincelles qui jaillissent d’un feu ardent, des oraisons jaculatoires ferventes, des actes brâlants d'amour, des désirs enflammés de voir Dieu connu, toute la terre.
La vue de ces effets admirables du don d'intelligence embrasait le cœur de S. Paul d'un désir immense, que tous les chrétiens fussent en possession de ce trésor. « Je ne cesse, écrivait-il aux Ephésiens, de rendre des actions de grâces pour vous, me souvenant de vous dans mes prières ; afin que le Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne l'Esprit de sagesse et de révélation pour le connaître, qu’il éclaire les yeux de votre cœur, Pour vous faire savoir quelle est l'espérance à laquelle il nous a appelés, quelles sont les richesses et la gloire de l’héritage qu'il destine aux saints»: Non cess0 gralias agens pro vobis Memoriam vestri faciens in oratio-
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nibus meis : ut Deus, Domini nostri Jesu Christi Pater gloriæ, det vobis Spiritum sapientiæ et revelationis in agnitione ejus : illuminatos oculos cordis vestri, ut sciatis quæ sit spes vocations ejus, et quæ divitiæ guoriæ } æreditatis ejus in sanctis. Eph. 1, 16-18. «C'est pourquoi, ajoute-t-il, je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le principe de toute paternité dans le ciel et sur la terre, afin que, selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans l’homme intérieur par son Esprit ; qu'il fasse que Jésus-Christ habite par la foi dans vos cœurs, et qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, (de ce mystère de la rédemption) et connaître l’amour de Jésus-Christ envers nous, lequel surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis selon toute la plénitude de Dieu.» Eph. 111, 14-19.
$ III
Moyens d'attirer ou d'accroître le dor d'intelligence
1° Le premier moyen à employer pour obtenir ou développer en soi le don d'intelligence, c’est un grand esprit de foi: une foi vive et pratique qui préside à chacune de nos actions.
Par cet e“nrit de foi, tout en nous est soumis à Dieu : et l’e. rit qui adhère sans hésiter à des vérités qu’il ne comprend pas, uniquement parce que Dieu les a révélées ; et la volonté qui, dans tous les détails
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de la vie, se conforme à ces vérités quelles que soient les répugnances de la nature, les résistances de l'amour propre ou des passions.
Cette double soumission de l'esprit et du cœur est la preuve la plus certaine d’une vraie et sincère humilité. L'orgueilleux, attaché qu'il est à ses propres lumières, est incapable d’avoir cette parfaite soumission d'esprit à des vérités qu'il ne voit pas, qui paraissent même contradictoires, opposées à la raison et au bon sens. Il peut moins encore pratiquer la soumission de la votonté en conformant sa vie à ces mêmes vérités. Aussi, Dieu s'éloigne de lui, l’abandonne à ses propres lumières qui ne sont, hélas ! que d'épaisses ténèbres.
Mais à l’humble d'esprit et de cœur, Dieu donne l'intelligence : Intellectum dat parvulis. Ps. cxvurx, 130. Parlant de ses enseignements qu’il préférait toujours donner aux petits et aux pauvres, Notre- Seigneur disait : « O mon Père, je vous rends grâces de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents du siècle, et de ce que vous les avez révélées aux humbles.» Dieu, dit l’auteur de l’Imitation, se penche avec tendresse vers l’âme humble, il la protège, la console et lui révèle ses secrets. Ce n'est que lorsque David se fut bien humilié, au souvenir de ses péchés, que Dieu lui découvrit les mystères cachés de sa sagesse; Incerta et occulta sa pientiæ luæ manifestasti mihi. Ps. L, 8. Un acte d’humilité, un aveu humiliant de ses fautes en confession, un affront subi tranquillement, feront jaillir plus de
lumières surnaturelles dans notre âme que dix années d'étude.
Croyez afin d'avoir l'intelligence, dit S. Augustin,
Crede ut inte!lir L'’orgueilleux veut comprendre pour croire ci ‘}ieu ie laisse dans son aveuglement. L'humble ce. 1. c mprendre, et Dieu récompense
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2° Deurième moyen : La pureté du cœur. « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu »: Beati mundo corde, quoniam Deum videbunt. Matth. v, 8. (Un cœur pur pénètre le ciel et l’enfer.» Im. L 3, €. 4.
Mais, qu'est-ce qu’un cœur pur? C’est celui qui n'aime que Dieu, et tout le reste en Dieu et pour Dieu ; qui a en aversion les moindres péchés, étant attentif à ne point en commettre, ou à faire disparaître, par des actes fervents d’humilité et de repentir, ceux dont il se serait souillé. Un tel cœur est devant Dieu pareil à un cristal limpide. Les nuages du péché. de la passion, ou des vaines attaches aux créatures
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ne peuvent ni l'assombrir, ni empêcher les rayons du don d'intelligence d'arriver jusqu'à lui. Le Saint- Esprit y prend ses complaisances, et il y répand ses lumières avec une abondante profusion.
Oh ! si nous avions le courage de nous détacher de tout, de résister constamment à nos mauvais penchants, et d'aimer Dieu de tout notre cœur, comme la lumière divine affluerait dans notre âme ! Qui timetis Dominum, diligite illum et illuminabuntur corda vestra. Eccli. 11, 10. C'est alors que le Saint-Esprit se plaîrait à nous donner ces yeux illuminés du cœur, dont parle S. Paul : {luminatos oculos corcis. Eph. 1,18. La nuit dans laquelle nous ne sommes que trop souvent plongés, deviendrait brillante comme le plein jour: Et nox sicut dies illuminabitur. Ps. cxxx vtt, 12.
Les âmes pures ne s2--ent plus aimer que Dieu, et elles en sont nécessairement aimées. Ego diligentes me diligo. Prov. viu, 17. Or, on n'a pas de secret pour ceux que l’on aime. On leur dit tout, et la confiance qu’on leur témoigne par là, est une des plus grandes preuves d'amour qu'on puisse leur donner. C'est pour cela que Jésus disait à ses disciples : « Je re vous ippellerai plus mes serviteurs, mais mes amis; Parce que tout ce que j'ai entendu dire à mon Père, je vous l'ai fait connaître: » Jam non dicam vos serres: tos autem diri amicos quia omnia quæcumque audiri a Patre meo, nota feci vobis. Joa. XV, 15. Voilà comment agit le Saint-Esprit envers les âmes dont il est aimé : il les inonde de lumières. Ces lumières, leur découvi : toujours davantage les amabilité. de Dieu, accreissent de plus en plus l’ardeur de jeur amour ; de sorte que, ces Âmes bienheureuses s’éi:vent sans cesse, par la lumière et l'amour, comme par
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deux ailes, vers leur fin suprême ; et, parcourant rapidement les divers degrés des vertus, elles parviennent bientôt à une haute perfection, et à une union intime avec leur Bien-Aimé.
Ah ! ma fille, disait Jésus à Ste Catherine, qu'il y a peu d'hommes qui m’aiment véritablement ! S'ils m’aimaient, je ne leur cacherais pas mes secrets.
Tant que le cœur n’est pas entièrement purifié du péché et des affections terrestres, on a comme un voile sur les yeux et l’on ne voit point, on ne pénètre point les choses spirituelles : Oculos habent et non videbunt. Ps. CXIN, 5.
Qu'on médite donc très attentivement ces paroles de l’Imitation : « Tent que quelque chose me retiendra, Ô mon Dieu, je ne pourrai librement m'’envoler vers vous. Îl désirait prendre un libre essor celui qui disait : Qui me donnera des ailes, comme à la colombe ? Et je volerai, et je me reposerai. Quel repos plus paisible, que celui d’un homme qui n'a en vue que vous ! Et quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre? Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher parfaitement de soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là, reconnaître que c’est vous qui avez tout fait, et que rien n’est comparable à vous. Car si l’on n’est détaché entièrement de ce qui est créé, on ne saurait s'occuper librement des choses de Dieu. Et c’est pourquoi l’on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables. Pour cela, une grande grâce est nécessaire. Et tant que l’homme n’est pas ainsi élevé en esprit, détaché de toute créature, et parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait
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et tout ce qu’il a est de bien peu de prix. Il sera longtemps faible et rampant sur la terre, celui qui estime quelque chose hors de l’unique, de l'immense, de l'éternel Bien. Tout ce qui n’est pas Dieu n’est rien, et doit être compté pour rien.» Im. L. 111, c. 31. Appliquons-nous donc à purifier notre cœur de tout péché et de tout attachement à la créature, et les yeux de notre âme s’ouvriront, et nous contemplerons des splendeurs qui nous avaient été cachées jusque là.
3° Troisième moyen: La prière. Le don d'’intelligence est tellement précieux que le Saint-Esprit ne l'accorde qu’aux âmes qui le désirent ardemment et le demandent avec toute la ferveur dont elles sont capables.
L'Église nous apprend à concevoir ces désirs enflammés et à faire ces prières suppliantes : « Venez, s'écrie-t-elle, 6 vous, la lumière des cœurs.» Veni lumen cordium. « Venez, Ô Esprit-Saint, et projetez sur nous un rayon de votre lumière.» Veni Sancte Spiritus et emitte cœlitus lucis tuæ radium. «O Lumière bienheureuse, remplissez jusque dans ses dernières profondeurs les cœurs de vos fidèles.» O lux beatissima, reple cordis intima tuorum fidelium.«Venez Esprit créateur, visiter les âmes de ceux qui sont à vous. Eclairez nos esprits de votre lumière. Faites- Nous connaître le Père et le Fils ; donnez-nous la foi €n vous, qui procédez de l’un et de l’autre.»
Répétons souvent ces ferventes supplications, elles feront au Saint-Esprit une douce violence, et il nous accordera le don que nous désirons. Implorons particulièrement la divine lumière du don d'intelligence, Quand nous commençons notre oraison. Elle nous
est nécessaire, pour bien nous pénétrer des vérités de la foi et nous en faire retirer des fruits abondants. Demandons-la encore avant nos saintes lectures, avant d’entendre la parole de Dieu. Eile seule peut nous faire saisir le sens caché sous la lettre qui frappe nos yeux, et sous le son qui frappe nos oreilles. Disons donc avec Samuel : « Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.» Loquere Domine quia audit servus tuus. 1 Reg. in, 9. Et avec David : «Seigneur, donnez-moi l'intelligence, afin que je comprenne vos commandements.» Da mihi intellectum ut sciam testimonia tua. Ps. CXVII, 125. Ajoutons avec l’auteur de l’Imitation: « O mon Dieu, que ce ne soit pas Moïse, ou quelqu'un de vos prophètes qui me parle ; mais plutôt, parlez-moi vousmême, Seigneur mon Dieu, qui inspirez et éclairez les prophètes ; car vous seul, pouvez sans eux m'instruire parfaitement, au lieu que sans vous, ils ne me serviraient de rien. Ils peuvent bien faire entendre des paroles, mais ils ne donnent pas l'esprit. Ce qu’ils disen: est beau ; mais si vous ne parlez, ils n’échauffent pas le cœur. Ils enseignent la lettre, mais vous en découvrez le sens. Ils annoncent les mystères, mais vous en donnez l'intelligence. Ils n’ag'ssent qu'extérieurement, mais vous instruisez et éclairez les cœurs. Ils font retentir le son de vos paroles, mais vous donnez à l’ouïe l'intelligence pour les comprendre. Parlez donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute, car vous avez les paroles de la vie éternelle.» L. rt, c. 2.
O Esprit de lumière et d’amour, ô flamme vivante, qui avez illuminé les apôtres, et par eux. tout l’uni-
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vers, venez éclairer nos âmes plongées hélas ! dans d'affreuses et épaisses ténèbres. Pauvres aveugles que nous sommes, nous crions vers vous, gémissant et pleurant ; ouvrez nos yeux, nous vous en conjurons humblement : Domine ut videam. Luc XVIH, 41.
Faites que nous contemplions la splendeur de la vertu, l’ineffable beauté de nos mystères, les merveilles de vos préceptes, la richesse de l'héritage glorieux que vous nous avez préparé. « Seigneur, donnezmoi l'intelligence et je vivrai. » ntellectum da mihi et vivam. Je vivrai ici-bas de la vie de la foi et de la grâce, de la vie de Jésus que vous avez vous-même éclairé et conduit, de la vie dont ont vécu les saints qui tous, ont été remplis de vos dons précieux. Je vivrai surtout de la vie de la gloire dans le beau ciel, où je contemplerai sans voile la Beauté incréée : Dieu, Un en nature et Trois en personnes ; et la contem-
plant, je l’aimerai de toutes mes forces, je la possé-
derai et j’en jouirai pendant toute l'éternité. C’est
alors, Ô Esprit-Saint, que je pourrai dire en toute
vérité : J’ai trouvé Celui que mon cœur aime, je le
tiens maintenant et plus jamais je ne le quitterai.