SEPTIÈME ENTRETIEN
Le don de sagesse
Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa, et innumerabilis honestas per manus illius.
Tous les biens me sont venus avec elle, et j'ai reçu de ses mains des richesses innombrables.
SAP vi, 11.
L’âme qui est fidèle à chercher Dieu en correspondant constamment aux impulsions des dons du Saint-
Esprit, qui ont fait jusqu’à présent l’objet de notre
étude, s’élève rapidement dans les pures régions du
surnaturel, et arrive bientôt au terme de tous ses
désirs. Elle trouve le Dieu qu’elle a cherché avec tant
si. d’ardeur et de persévérance, elle le possède, elle le EE goûte, redisant avec une joie indicihle la parole de l’Épouse des Cantiques : J’ai trouvé Celui que mon
- cœur aime. « Mon Bien-Aimé est à moi, et je suis
à lui » : Dilectus meus mihi, et ego illi. Cant. 11, 16. Le don d'intelligence a commencé à la mettre en possession de son trésor, en la faisant entrer dans
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DON
une communication très intime avec Dieu ; mais tant que cette possession n’est pas complète, tant que l'âme ne jouit pas de son Bien-Aimé, tant qu’elle ne l'aime pas autant qu’elle pourrait le faire ici-bas, il manque quelque chose à son bonheur. Elle ne peut demeurer en repos. Or, c’est le don de sagesse qui vient achever l’œuvre du don d'intelligence, mettre le couronnement à la perfection de l’âme et le comble à tous ses vœux. Aussi, ces deux dons d'intelligence et de sagesse sont-ils étroitement unis. Presque toujours, ils sont joints ensemble dans les Saintes Écritures : on dirait que le Saint-Esprit ne peut citer l’un sans faire mention de l’autre. Parlant des Israélites qui désertaient la loi sainte, Moïse disait: « Puissentils avoir la sagesse et l'intelligence ! » Utinam saperent et intelligerent. Deut. xxxr1, 29. David invitait les pécheurs à comprendre et à goûter les choses de Dieu: Intelligite insipientes et stulti aliquando sapite. Ps. XCII, 8. € O mon Dieu, disait Salomon, donnezmoi la sagesse et l'intelligence » : Da mihi sapientiam el intelligentiam. 2 Par. 1, 10. « Que Dieu vous accorde l’esprit de sagesse et d'intelligence », écrivait $. Paul aux Ephésiens : Deus det vobis spiritum sapientiæ et revelationis, PIE à À
Le Saint-Esprit ne fait pas les choses à demi : Îl ne verse jamais dans une âme les lumières du don d'intelligence, sans ÿ verser en même temps l’onction de la divine sagesse, pour qu'elle aime la vérité qu’elle contemple, qu’elle la goûte et s’y conforme. De même que la perfection et le bonheur des bienheu-
reux au ciel consistent à voir Dieu, à la lumière de
la gloire, à jouir de lui et à l'aimer parfaitement, de o
même la perfection et le bonheur d’une âme sur la terre consistent à contempler les vérités divines, à la lumière du don d'intelligence, à les goûter et à les aimer par l’onction du don de sagesse.
Abordons l’étude de ce dernier don, mais auparavant, humilions-nous au souvenir de nos fautes passées, purifions notre cœur par un acte de sincère repentir, et prions l’Esprit-Saint d'éclairer notre intelligence et d’embraser notre cœur. Veni Sancte Spiritus, reple tuorum corde fidelium et tui amoris ignem accende.
SI Nature du don de sagesse
On peut définir le don de sagesse une connaissance expérimentale des choses de Dieu, ou encore, une onction céleste qui nous donne la connaissance des choses de Dieu, en nous les faisant goûter.
Le mot « sage » sapiens, d’après S. Isidore, vient du mot latin sapor saveur». Sagesse (sapientia) signifie science savoureuse, sapida sapientia. S. Bernard adopte l’étymologie de S. Isidore ; seulement au mot «science », il substitue celui de « vertu ». La sagesse, sapientia, peut être ainsi nommée, dit-il, à cause de la saveur, sapore, qu’elle ajoute à la vertu ; car elle lui communique une sorte de condiment spirituel qui, d’insipide et de rude qu’elle était, la rend douce et savoureuse. Je ne pense donc pas
() Etym. lib. x.
"ESPRIT
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qu’on dût blâmer celui qui, voulant définir la sagesse, la nommerait : la saveur du bien. !
Dieu, dit S. Bonaventure, ? est souverainement bon et suave, et tout ce qui découle de lui est bon et savoureux: aussi, quand l’intelligence a commencé à se dilater dans la connaissance du vrai, le palais intérieur de l’âme se délecte en ce qu'il voit, et éprouve une douce saveur ; car la sagesse, c’est l’intelligence à l’état de saveur amoureuse.
Il ÿ a donc deux choses à considérer dans le don de sagesse. Premièrement, connaissance des choses divines. Ce don répand dans l’âme une lumière plus pure, plus élevée que tous les autres dons qui perfectionnent l'intelligence. Grâce à cette lumière, l’âme contemple la vérité, non pas péniblement, par voie d’analyse en remontant, comme par le don de science, des effets à la cause, des créatures au Créateur ; mais elle la voit dans sa cause première qui est Dieu : elle la voit sans le moindre effort, elle en possède une admirable synthèse ; et, de cette hauteur, elle peut porter un jugement très sûr sur tout le plan divin. C’est par ce don que nous voyons et que nous goûtons combien le Seigneur est doux : Gustate et videte quoniam suavis est Dominus. Ps. XXXIII, 9.
La sagesse, disent les docteurs, consiste à juger d'après la plus haute des causes : ex altissima causa. L'homme sage sait qu’au-dessus de toutes les causes qui s’agitent en sens divers, il en est une qui les domine et les Souverne, qui est toujours juste et
(1) Serm. cant. 85.
(2) De prof, relig.
bonne, à laquelle rien n’échappe, et qui dirige tout vers le plus grand bien. Cette cause n’est autre que Dieu lui-même. Qui remonte jusqu’à cette cause dernière, pour apprécier les choses et régler la conduite à tenir, est sage et supérieurement sage ; car il juge et coordonne tout, dit S. Thomas, d’après les règles ou les raisons divines. !
Voilà ce que nous fait faire le don de sagesse. Avec lui, on scrute tout, même les profondeurs de Dieu. Spiritus omnia scrutatur, etiam profonda Dei. 1 Cor. 11, 10. L'homme, dit le P. Desurmont, devient alors pareil aux anges de la première hiérarchie, qui voient en Dieu la raison même des choses. « La sagesse, est-il écrit, est la divine maîtresse qui enseigne la loi de Dieu et nous fait pénétrer le secret de ses œuvres): Doctriz enim est disciplinæ Dei et electrix operum illius, Sap. vin, 4.
Le don de sagesse joint à la connaissance des choses de Dieu un goût exquis, une suavité incomparable, une onction indicible qui les fait aimer. S. Bernard compare le Saint-Esprit, qui est l’auteur de ce don, à l’abeille qui porte la cire et le miel ; parce que, dit-il, ce Divin Paraclet n’apporte pas seulement la lumière pour éclairer l’esprit ; mais encore la douceur, pour attendrir le cœur et l’attirer au pur amour. ? C’est par ce don « que nous voyons et que nous goûtons combien le Seigneur est doux » : Guslate et videte quoniam suavis est Dominus. Ps. xXxHI, 9.
Le don de sagesse, dit S. Bonaventure, est éclatant
(1) 2.2. q. 45. a. 1, (2) Serm. F in cant.
-ESPRIT
ge tout tre que e cause la conge ; Car près les
sagesse.
eurs de da Dei, devient hie, qui sagesse, e la loi ivres):
operum
ice des compa- S. Berr de ce ce que, nent la a dou- Lu pur et que : Gus- XIII, 9.
latant
comme la lumière du soleil, et d’une saveur qui l’emporte sur celle du miel.
Cette notion du don de sagesse nous en révèle déjà bien l'excellence. Il est le plus noble de tous, la fin vers laquelle tous convergent. « Comme la fin résume les moyens en les développant, le don de sagesse contient et perfectionne tous les autres dons. Ainsi, on peut dire que la sagesse, c’est la crainte de Dieu perfectionnée, la piété perfectionnée, la science perfectionnée, la force perfectionnée, le conseil perfectionné, l'intelligence perfectionnée.» ! Tous les biens nous arrivent avec la sagesse, elle tient dans ses mains des richesses innombrables. Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum illa, et innumerabilis honestas per manus illius. Sap. vir, 11. Voyons quelles sont ces richesses.
$ II Effets du don de sagesse
1° L’horreur et le dégoût des Plaisirs des sens. Il y a entre les divines suavités du don de sagesse et les douceurs empoisonnées des plaisirs des sens une distance infinie, une opposition plus forte qu'entre la lumière et les ténèbres, le feu et la glace. Le goût des plaisirs sensuels est appelé par S. Jacques, sagesse terresire, animale, diabolique ; elle a pour effet l’affaiblissement du sens moral et l’obscurcissement de l'esprit. « L'homme animal, dit S. Paul, ne perçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu,»
(1) Mgr Gaume Traité du St Esp.
de même qu’un homme, dont le goût a été altéré par de mauvaises humeurs, ne trouve plus de saveur aux aliments les plus doux. Cette sagesse animale n'est que folie aux yeux de Dieu : Sapientia hujus mundi stuliitia est apud Deum. 1 Cor. 111,19. C’est une folie aussi aux yeux de l’âme douée du don de sagesse. Ce don divin, dit S. Bernard, étouffe les sentiments de la chair, affadit le plaisir des sens, purifie l’entendement, guérit le palais du cœur et lui rend le vrai goût des choses. Il n’y a que la vraie sagesse qui détruise le goût dépravé des sens, et guérisse le cœur de la plaie des convoitises charnelles: Nam per sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi Domine a principio. Sap. IX, 19.
Dès que l’âme a goûté la sa veur du don de sagesse, elle ne peu: plus goûter autre chose. Les joies sensuelles surtout, ne lui inspirent plus qu’une profonde répulsion. Elle ne comprend pas comment des âmes créées à l’image de Dieu peuvent y chercher leur bonheur. Aussi ressent-elle pour ces pauvres âmes une immense compassion. Pour elle, élevée rar le don de sagesse, bien au-dessus de ces grossières voluptés, elle s’écrie avec S. Paul : Omnia arbitror ut stercora : « Je considère comme du fumier tous les plaisirs et toutes les folles joies du monde.» « Je suis crucifiée au monde et le monde est crucifié pour moi » : Mihi mundus crucifirus est et ego mundo. Gal. vi, 14. « Loin de moi de me réjouir et de me glorifier, si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.» C’est pour cela que S. Jacques, énumérant les qualités de la sagesse qui vient de Dieu nous dit, qu’en
-ESPRIT
éré par eur aux le n’est mundi st une agesse, iments ’entenle vrai sse qui le cœur sapien- Domine
agesse, es senofonde s âmes er leur s âmes rar le voluput sters plailis Crumoi » :