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tout premier lieu, elle est chaste : Quæ autem desursum est sapientia primum quidem pudica est. Jac. m1, 17. Le Saint-Esprit lui-même nous dit, que l'amour de la sagesse conduit à la parfaite pureté, laquelle approche l’âme de Dieu. Sap. vi, 19-20. Et il ajoute qu’elle n’est pas susceptible de la moindre impureté. Nihil inquinatum in eam incurrit. Sap. vit, 25.
2° La paix. S. Augustin a donné de la paix une définition très juste. Elle n’est autre chose, a-t-il dit, que la tranquillité de l’ordre : Paz omnium rerum tranquillitas ordinis. La tranquillité de l’ordre ! Que cette parole exprime bien l’état d’une âme enrichie du don de sagesse ! Les insensés qui mettent leur bonheur dans les choses d’ici-bas, prétendent, eux aussi, jouir de la paix ; mais cette paix est secrètement troublée par l'agitation des passions, les ardeurs de la convoitise, les aiguillons du remords ; et plus tard, elle sera remplacée par les angoisses de la mauvaise mort et les déchirements du désespoir en enfer. Dixerunt pax et non erat pax. Jer. vi, 14. Telle n’est pas la paix que le don de sagesse fait goûter à l’âme. Cette âme se trouve fixée en Dieu qui règle tout avec un ordre parfait. Or, il est bon d’adhérer à Dieu et de nous tenir fixés en lui : Mihi autem adharere Deo bonum est. Ps. LxxI1, 28. Dieu ne change pas ; il il fait tout parfaitement : il ne permet le mal que pour le bien. Ce que voyant le sage, il demeure calme, paisible ; alors même que tout s’agite autour de lui, alors que se déchatnent sur son âme les tempêtes des diverses tribulations, il ne perd rien de sa douce sérénité. « Au ciel, dit le P. Desurmont, ! les
(1) Treité : de la Providence
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saints contemplent avec une égale paix tous les évé. nements dont la terre est le théâtre, parce qu'ils les voient en ce Dieu qui se joue dans l'univers et ramène tout à ses fins adorables. Ici-bas, les imitateurs des élus, c’est-à-dire les hommes vertueux, participent à cette paix du paradis, parce que, grâce à la droiture de leur cœur, ils goûtent tout ce que fait le Seigneur.»
La sagesse fait goûter Dieu, et elle fait goûter toutes les œuvres de Dieu, toutes les dispositions de sa Providence ; elle ne permet plus de goûter autre chose. C’est pour cela qu’elle procure une paix si délicieuse et si solide. Par elle, l’âme ne voit plus et ne goûte plus que la volonté de Dieu. Elle n’examine plus les raisons particulières qu’elle peut avoir d'aimer ou de ne pas aimer ce qui lui arrive ou ce qui lui est commandé, elle ne voit plus que cette raison générale et unique : Dieu le désire, Dieu le veut. Cette considération efface toutes les autres. Aussi elle ne désire plus rien, sinon de contenter son Dieu. Elle ne craint plus rien, sinon de lui déplaire. Elle voit Dieu en toute chose et toute chose en Dieu. Les voyant en Dieu, dans l’ordre de sa volonté : elle les veut, elle les goûte, quelque amères qu’elles soient à la nature. En vérité, cette vie est un avant-goût du bonheur des Bienheureux, dont le prophète Isaie nous dit « qu’ils sont assis dans la beauté de la paix.» Sedebit populus meus in pulchritudine pacis. Is. XXXII, 18.
C’est ici, dit Ste Thérèse, le tabernacle de Dieu, où l’âme chérie de lui goûte d’ineffables délices. C'est ici que cette colombe, comme celle que Noé fit sortir de l'arche pour s'assurer si les eaux du déluge étaient
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séchées, a trouvé le rameau d'olivier, et annoncé en le montrant, qu'elle a rencontré la terre ferme au milieu des flots et des tempêtes du monde.
3° L'avancement dans l’oraison. Le don de sagesse transporte immédiatement l'âme dans l'oraison de con‘emplation, au moins, active. La méditation, dit S. François de Sales, considère par le menu, et comme pièc. par pièce, les objets qui sont propres à nous émouvoir ; mais la contemplatio: fait une vue simple et ramassée sur l’objet qu’elle aime. Ok ! que bienheureux sont ceux qui, après avoir discouru sur la multitude des motifs qu'ils ont d'aimer Dieu, :“dui. sant tous leurs regards en une seule vue, et totes leurs pensées en une seule conclusion, arrêtent icur esprit en l’unité de la contemplation, à exemple de S. Augustin et de S. Bruno ; prononçant secrètement en leur âme, par une admiration permanente, ces paroles amoureuses : O Bonté ! O Beauté ! Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ! et à l'exemple de S. François, agenouillé en oraison, répétant toute une nuit : Mon Dieu et mon isut. Deus meus el omnia.
Très souvent même, le don de sagesse transporte l'âme dans la contemplation passive : état sublime, où elle reçoit sa lumière directement de Dieu. Eprise de l'infinie beauté des perfections divines, elle les contemple, d’un regard simple et prolongé, goûtant dans cette co«-mplation une quiétude ineffable et de suaves consolations.
Quelque parfaites que soient les lumières que répand le don de sagesse, elles ne font cependant pa:
disparaître l’obscurité de la ioi ; celle-ci ne s'évanouira que devant les clartés de la vision béatifique: mais cette foi est tellement perfectionnée par ce don précieux, qu’elle devient pour ainsi dire transparente, semblable à un voile léger, à travers lequel l’âme entrevoit la grandeur, la beauté, la bonté infinies du Créateur, et tout l’ensemble des perfections divines.
Cette vue, quoique confuse, donne à l’âme une grande idée de Dieu. Plus elle le connaît, plus elle comprend qu'il lui reste infiniment plus à en connaître encore. La vue confuse qu’on a en regardant la mer donne une bien plus grande idée de la puissance des eaux, que la vue distinrte de tous les fleuves qui vont s'y jeter. Ainsi er. est-il de la contemplation, à laquelle le don de sagesse élève une âme. Regardant la vérité dans sa cause première qui est Dieu, elle ne sait plus en détacher ses yeux pour les porter ailleurs. Comme le dit l’auteur de l’Imitation : « Elle trouve tout dans l’unité, elle rapporte tout à l'unité, elle voit tout dans l'unité.» «O Vérité qui êtes Dieu même, faites que je sois une même chose avec vous par une éternelle charité. Je m'ennuie souvent de lire, je me lasse d'entendre tant de chose: ; c’est en vous seul que je trouve tout ce que je cherche. Que tous les docteurs, que toutes les créatures se taisent devant vous : parlez-moi toute seule.» L. 1, c. 3.
4° L'accroissement de l'amour divin. L'amour naît de la connaissance : plus celle-ci est parfaite, plus l'amour s’accroît. Or, la connaissanre que donne de Dieu le don de sagesse est la plus parfaite à laquelle une âme puisse prétendre ici-bas. La raison en est,
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que cette connaissance est accompagnée du goût des choses divines et d’une douceur ineffable qui les foat aimer. C’est pourquoi, on l'appelle connaissance expérimentale. On sait que Dieu est bon, qu’il est doux de le servir, parce qu’on le sent ; parce que, dans le plus intime de son cœur, on a goûté Dieu, on a éprouvé la douceur infinie de sa présence, et savouré quelques gouttes de cet océan sans limites de voluptés divines, qui constitue l'essence même de son Etre.
Oh ! que cette connaissance expérimentale l’emporte sur la connaissance purement spéculative ! Autre chose est de savoir que le miel est bon pour l'avoir ouï dire, ou en avoir fait la décomposition chimique ; et autre chose de le savoir pour en avoir goûté. De même, c'est tout autre chose de savoir que Dieu est bon et qu’il mérite tout notre amour pour l'avoir entendu prêcher, ou l’avoir lu dans les livres : et de le savoir pour l’avoir expérimenté dans l’intimité du cœur, dans l’oraison et la communion, par de tendres entretiens et de douces communications avec lui. N’y a-t-il pas de grands théologiens, des professeurs célèbres de séminaire ou d'université qui ont acquis par l'étude des connaissances très étendues sur Dieu et ses perfections, et qui sont complètement étrangers à l'exercice de l’oraison, qui sont même incapables de s’entretenir un quart d’heure familièrement avec Dieu ; tandis qu’on rencontre des âmes simples, qui n’ont fait aucune étude, et qui font leurs délices de la prière, soupirent après l’oraison et la communion, y goûtant des douceurs incomparables, oubliant la terre, s’oubliant elles-mêmes, pour se
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plonger entièrement dans la divinité, et s’y perdre heureusement.
Que je vous trouve heureux, vous autres savants, disait un jour le bienheureux Gilles, frère iai, à S. Bonaventure, d’avoir été favorisés de tant de dons que vous pouvez ernployer au service de Dieu, tandis que nous, qui n’avons en partage que l'ignorance et la simplicité, nous ne pouvons rien faire pour sa gloire. Sachez, mon frère, répondit S. Bonaventure, que la grâce que Dieu vous a faite de l’aimer vous suffit pour lui rendre des services plus agréables, que ceux que peuvent lui rendre les hommes les mieux doués.—Mais, mon Père, comment un homme simple et ignorant comme moi peut-il aimer Dieu autant qu’un homme savant et éclairé !—Oui, mon frère, il le peut, et même, la plus simple, la plus ignorante des femmes peut aimer Dieu plus parfaitement qu'un docteur très savant et très éclairé. Alors, ce bon frère, rempli d’une ardeur nouvelle, s’en alla dans un endroit du jardin qui a' ançait dans la ville, et se mit à crier de toutes ses forces : femmes simples et ignorantes, aimez Jésus-Christ, aimez Jésus-Christ, et vous deviendrez plus parfaites et plus agréables à Dieu que frère Bonaventure. Après quoi, il entra dans un ravissement qui dura trois heures.
Si ce n’est pas le Saint-Esprit qui nous conduit, disait le saint curé d'’Ars, nous avons beau faire, il n'y a point de substance ni de saveur dans tout ce que nous faisons. Si c’est le Saint-Esprit, il y a une douceur moelleuse... c’est à mourir de plaisir ! Une âme qui à le Saint-Esprit ne s’ennuie jamais en la
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présence de Dieu : il sort de son cœur une transpiration d'amour... Une âme qui possède le Saint- Esprit goûte : 1e saveur dans la prière, qui fait qu’elle trouve le temps toujours trop court : elle ne perd jamais la sainte présence de Dieu. Son cœur, devant notre bon Sauveur au saint Sacrement de l'autel, est comme un raisin sous le pressoir.
Le saint curé d’Ars avait remarqué à maintes reprises un pauvre paysan, se tenant immobile des heures entières, regardant le tabernacle, et comme étranger à tout ce qui se passait autour de lui. Un jour, le saint curé s’en approche, et lui demande ce qu'il fait là, et de quoi il occupe son esprit. Le pauvre homme lui répond avec ure simplicité charmante : «Je l’avise, et il m’avise.» Tout son bonheur était donc de se tenir dans l’amoureuse présence de son Dicu.
C'était par un effet du don de sagesse, que Ste Thérèse commençant le Pater, s'arrêtait des heures entières au mot « Notre Père », il lui était impossible d'aller plus loin, tant ce mot faisait jaillir de lumière dans son esprit et allumait d'amour dans son cœur. Elle ne cessait de le prononcer et de le savourer.
Ste Gertrude répétait jusqu’à cent soixante-cinq lois, avec un goût toujours nouveau, ces paroles du Pater : Que votre volonté soit faite. S. François- Xavier ne se lassait pas de redire : O Altissima, o sanclissima Trinitas ! et S. François de Paule : O Dieu Charité ! O Dieu Charité !
Comment ne pas se souvenir ici de ces paroles que l’auteur de l’Imitation met dans la bouche du fidèle: { Voici mon Dieu et mon tout. Qu'est-ce que je veux
davantage, et que puis-je désirer de plus heureux ? O parole pleine d’onction et de douceur ; mais pour celui qui aime Dieu et non pas le monde ! Mon Dieu et mon tout : c’est assez dire à celui qui conçoit, et la répétition en est douce à celui qui aime. Car tout est agréable quand vous êtes présent, et tout déplait en votre absence. »
(Il y a une grande différence entre goûter le Créateur ou la créature, l'éternité ou le temps, la lumière incréée ou la lumière qui a été faite. O lumière éternelle ! qui surpassez toutes les lumières créées, dardez vos rayons du haut du ciel, et qu’ils pénètrent dans le fond de mon cœur. Purifiez, réjouissez, éclairez et vivifiez mon âme et toutes ses puissances, afin qu'elle s'attache à vous par des transports de joie. Oh! quand viendra ce moment heureux et désirable, où vous me rassasierez de votre présence, et où vous me serez tout en toutes choses ? Ma joie ne sera pas entière jusqu’à ce que je l’obtienne.»
5° Le détachement universel des biens de la terre et le désir de ceux du ciel. « Que la terre me semble vile quand je regarde le ciel », disait S. Ignace. L'âme qui a goûté les douceurs du don de sagesse peut tenir le même langage. Je ne saurais dire, disait Ste Thérèse, au sortir d’une de ces oraisons sublimes où elle avait goûté le don de Dieu, je ne saurais dire jusqu’à quel point je découvre la vanité et le mensonge de tout ce qui ne tend pas au service de Dieu, ni jusqu'où va ma compassion pour ceux qui ignorent cette vérité. Celui qui boira de l’eau que je donnerai, disait Notre-Seigneur à la Samaritaine, n’aura plus jamais soif. Le divin Sauveur voulait parler de ls
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soif des biens terrestres, laquelle ne se fait plus jamais sentir à l’âme qui s’est abreuvée aux sources pures de la divine sagesse. O Seigneur, devons-nous nous écrier avec la Samaritaine, Da mihi hanc aqua : donnez-moi de cette eau, afin que je n’aille plus puiser aux sources empoisonnées des vanités terrestres. Donnez-moi de cette eau, afin que je puisse dire avec la Prophète : « Que puis-je souhaiter au ciel et sur la terre si ce n’est vous, 6 mon Dieu, vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité.» Dans cet état, dit encore la sainte, l’âme connaît si clairement la vérité, et en a une vue si habituelle, qu'elle regarde tout le reste comme un grand jeu d'enfants. Oh ! comme elle sent sa captivité dans ce corps et la misère de la vie ! Qu'’elle comprend bien la raison qui portait S. Paul à supplier Dieu de l'en affranchir ! Avec l’apôtre, elle élève de grands cris vers Dieu et lui demande la liberté ; mais c’est avec une si véhémente aspiration et des désirs si impétueux que, très souvent, elle paraît vouloir s'élancer de sa prison pour saisir cette liberté, qu’on ne lui accorde pas encore. Elle se regarde comme un esclave vendu sur une terre étrangère ; et ce qui lui est le plus amer, c’est de voir de tous côtés cet amour passionné qu'on a pour cette vie, et si peu de bannis qui gémissent comme elle, demandant la fin de leur exil. Ab ! si nous n’étions attachés à rien, si nous ne mettions notre bonheur dans aucun objet périssable, comme l’absence de Dieu se ferait sentir à nos âmes, et comme la soif de jouir de lui et de la véritable vie tempèrerait les craintes de notre dernière heure ! Je m'arrête de temps en temps à cette considération : si malgré mon peu d’amour, malgré mon incertitude
du bonheur à venir, que n’ont pas mérité mes œuvres, il me suffit de cette lumière que Dieu m’a donnée pour éprouver souvent un si mortel ennui de me voir dans ce lieu de bannissement, que devaient donc éprouver les saints ? Que devaient sentir un S. Paul, une Ste Madeleine et tant d’autres, en qui ce feu de l'amour divin jetait de si vives flammes ? » L'âme détachée de tous les biens d'ici-bas tourne toutes ses aspirations vers les biens célestes. Elle s’enflamme du désir de contempler face à face l’infinie Beauté. O Sainte Foi, s'écrie-t-elle, plaise à Dieu que vous vous retiriez pour me laisser contempler l’éternelle Vérité, dans la pleine et entière manifestation de sa gloire ! Cette âme ne fait plus que languir de désir de voir tomber le voile transparent qui la sépare de Dieu. Tel était le martyre intérieur de la séraphique réformatrice du Carmel, quand elle s’écriait :
Je vis, mais hors de moi ravie J'attends en Dieu une si haute vie Que je meure de ne pas mourir.
6° La déification de notre être. Le don de sagesse fait de nous des êtres déifiés. A force de regarder Dieu, de l’aimer, de le goûter, on devient en quelque sorte semblable à lui. Ne prend-on pas, comme tout naturellement, les mœurs de ceux que l’on aime et avec qui on se trouve habituellement ? Si un peintre qui est attentif à regarder un original en tire une parfaite copie, comment, regardant et goûtant Dieu par le don de sagesse, ne reproduirions-nous pas son image en nous? N'est-ce pas ce que nous laisse entendre l’apôtre, quand il nous dit : « Quant à nous, contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes
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‘uvres, lonnée 1e voir donc . Paul, feu de L'âme tes ses amme eauté.
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transformés en la même image, nous avançant de clarté en clarté par l’illumination de l'Esprit du Seigneur »; Nos vero omnes, revelata facie gloriam Domini speculantes, in eamdem imaginem transformamur, a claritate in claritatem lanquam a Domini Spiritu. 2 Cor. 11, 18. De même que le fer ne peut rester longtemps dans une fournaise ardente sans devenir tout rouge et sans prendre les qualités du feu : de même, notre âme ne peut demeurer longtemps plongée en Dieu par le don de sagesse, sans se transformer pour ainsi dire en lui.
Dieu est l'Etre suprême, il domine toutes les créatures. Le don de sagesse, fixant en Dieu notre cœur, nous élève au-dessus de tout ce qui est créé. Il fait que nous nous dominons nous-mêmes en vue de Dieu, et si nous nous soumettons aux créatures, ce n'est qu’à cause de Dieu qui le veut ainsi et qui cache son autorité dans la leur.
Dieu est immuable. L'âme ornée du don de sagesse est toujours la même, également calme et sereine. Semblable à la mer qui n’est agitée qu’à la surface et qui reste parfaitement calme dans ses profondeurs, cette âme demeure paisible dans les agitations de la vie, parce qu’elle a établi son repos dans la volonté de Dieu, qui est toujours la même, également bonne, également sainte.
Dieu est infaillible, il ne peut se tromper. En obéissant à la direction du don de sagesse, on ne se trompe jamais, car on ne veut que ce que Dieu veut.
Dieu est impeccable, il est la sainteté même. L'âme qui agit sous l’empire du don de sagesse ne peut pas pécher. Elle n’aime, ne goûte que la volonté de Dieu
et y conforme toute sa vie. Or, la volonté de Dieu est la règle de toute sainteté.
Dieu est infiniment heureux. Le don de sagesse nous fait trouver déjà ici-bas le parfait bonheur. Avec ce don précieux, on voit toujours tous ses désirs accomplis, parce qu’on ne désire plus qu’une seule chose : la sainte volonté de Dieu sans laquelle rien n'arrive. On reçoit alors avec joie les maladies, les revers, les diverses afflictions de le vie. On accepte la mort le sourire sur les lèvres, et le dernier soupir n'est qu’un acte d'amour et de douce conformité à la volonté divine.
En un mot, par le don de sagesse, on participe à tous les attributs divins, on est un être déifié.
7° La ressemblance avec Jésus-Christ. La conséquence naturelle de notre déification par le don de sagesse est de nous rendre semblables à Jésus-Christ, ce qui est le but final de toutes les opérations du Saint-Esprit en nous. Il veut former Jésus-Christ dans nos cœurs, comme il l’a formé autrefois dans le sein de la Bienheureuse Vierge ; afin que nous puissions dire avec S. Paul : « Je vis, non, ce n’est plus moi qui vis : c’est Jésus qui vit en moi.» Vivo, jam non ego, vivit vero in me Christus. Gal. 11, 20.
Le don de sagesse nous fait goûter Dieu, tout ce qu'il aime et tout ce qu’il fait. Or, Dieu met toutes & + compausances dass son divin Fiis, Jésus-Christ : sa vivante et substantielle image, la Sagesse éternelle revêtue d'une nature comme la nôtre, pour nous apprendre à vivre divinement. C’est ce que nous fait faire aussi le don de sagesse. Par lui, nous mettons nos complaisances en Jésus-Christ, nous goûtons sa
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doctrine, nous goûtons ses exemples ; nous voulons à tout prix vivre de sa vie, le reproduire en nous aussi fidèlement que possible.
Quelle a donc été la vie de Jésus-Christ ? Une pratique incessante de parfaite et affectueuse conformité à la volonté de son Père. Depuis sa naissance dans l'étable de Bethléem jusqu’à sa mort sur le Calvaire, Jésus ne vit que pour elle : il ne goûte, il ne cherche qu'elle. Il est indifférent à tout le reste. Sa mère, après l’avoir cherché pendant trois jours, se plaintelle de ce qu’il l’a laissée : « Ne savez-vous pas. lui dit-il, que je dois m'employer à ce qui regarde le service de mon Père ? » Ses disciples l’invitent-ils à prendre de la nourriture, il leur répond : Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé: » Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me. Joa. 1v, 34. La pauvre nature humaine s’effraie-t-elle en lui à la vue du calice amer qui lui est préparé, il s’écrie : « O mon Père! Que votre volonté se fasse et non la mienne.»
Mais c’est surtout quand cette volonté de son Père lui demande des sacrifices, des humiliations, des douleurs, la mort qu’il la goûte et la chérit. « Mon cœur est prêt, dit-il avec bonheur, 6 mon Dieu, mon cœur est prêt:» Paratum cor meum Deus, paratum cor meum. Ps. cvix, 2. Il soupire après la croix, il l’embrasse, il la porte, il y meurt volontairement, confondant ainsi la sagesse des sages du monde, et faisant éclater la force et la sagesse de Dieu. Christum crucifizum... Dei virtutem et Dei sapientiam. 1 Cor. 1, 24.
A l'exemple de cet adorable Modèle qu'elle aime et qu'elle goûte, l’âme déifiée par le don de sagesse, ne peut plus se complaire que dans la volonté de Dieu. Tout le reste lui est insipide ; elle ne veut, elle ne goûte, elle ne cherche que cette tout aimable volonté. O volonté de Dieu, dit-elle avec S. Alphonse, que vous m'êtes chère ! Je vous aime autant que j'aime Dieu, parce que vous êtes Dieu lui-même !
Comme S. Paul, ce parfait imitateur de Jésus- Christ, cette âme se complaît dans les infirmités, dans les affronts, dans les privations, dans les persécutions, dans les douleurs et les angoisses de toute sorte par amour pour son Sauveur crucifié: Placeo mihi in infirmitatibus, in contumeliis, in necessitatibus, in perseculionibus, in angustiis pro Christo. 2 Cor. XII, 10.
Parlant des plus hautes faveurs de la contemplation, Ste Thérèse disait : « Il ne faut pas s’imaginer que le dessein de Dieu soit seulement de donner à l’âme des consolations et des délices, ce serait une grande erreur ; car la faveur la plus signalée que Dieu puisse nous faire en ce monde, c’est de rendre notre vie semblable à celle que son Fils a menée sur la terre. Ainsi, je tiens pour certain qu’en accordant ces grâces, Notre-Seigneur se propose de fortifier . notre faiblesse ; afin de nous rendre capables d’endurer à son exemple de grandes souffrances. Et de fait, nous voyons toujours que ceux qui ont approché de plus près de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ont été ceux qui ont le plus souffert.»
Voilà donc le dernier et le plus sublime effet du don de sagesse, c’est de transformer l’homme en
Jésus-Christ, par l'amour de l'humiliation et de la souffrance.
Si tels sont les effets du don de sagesse, il n'est pas étonnant que l'Écriture en fasse un si brillant éloge, et nous exhorte si instamment à l'acquérir.
« Heureux, dit-elle, celui qui a trouvé la Sagesse, sa Possession vaut mieux que celle de l'argent, et le fruit qu'on en tire est plus excellent que l'or le plus fin et le plus pur. Son prix surpasse toutes les richesses, et tout ce qu'on désire ne mérite pas de lui être comparé... Ses voies sont belles, et tous ses sentiers sont pleins de paix. Elle est un arbre de vie Pour ceux qui l'embrassen! ; heureux celui qui se tient étroitement uni à elle.» Prov. 111, 13-18. « T'raraillez à acquérir la Sagesse... Faites tous vos efforts pour l'obtenir, et elle vous élèvera: elle deviendra votre gloire lorsque vous l'aurez embrassée. Elle mettra sur votre tête un accroissement de grâce, et elle vous couvrira d'une éclatante couronne.» Prov. IV, 7-9.
Ecoutons maintenant l'éclatant témoignage que rend de la sagesse le roi Salomon qui l’avait reçue dans une si large mesure : « J’ai invoqué le Seigneur el l'esprit de sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée qux royaumes et aux trônes, et j'ai estimé que les richesses n'étaient rien au prix de la sagesse. Je n’ai point fait entrer en Comparaison avec elle les pierres précieuses, parce que tout l'or, auprès d'elle, n’est qu'un
peu de sable, et que l'argent, devant elle, n'est que de la boue. Je l'ai aimée plus que la santé et que la beauté. J'ai résolu de la prendre pour ma lumière, parce que sa clarté ne peut jamais être éteinte. Tous les biens me sont venus avec elle, et j'ai reçu de ses mains des richesses
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