‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 34 sur 45 · ENTRETIEN UNIQUE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN UNIQUE

Les dons du Saint-Esprit en Marie

Sapientia œdificavit sibi domum.

excidit columnas septem.

La sagesse s’est bâti une maison, elle ya taillé sept colonnes.

Prov. 1x, 1.

Après avoir étudié en particulier chacun des dons du Saint-Esprit, et avoir vu comment ils conduisent peu à peu l’âme fidèle jusqu’au sommet de la perfection, que pouvons-nous faire de mieux, que de les considérer dans la plus sainte des créatures, dans l'Epouse même du Saint-Esprit, l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu.

C’est da:s cette âme sans tache qu'ils rayonnent du plus pur éclat ; c’est là que, ne rencontrant aucun obstacle à leurs opérations, ils produisent la totalité de leurs effets, en faisant de l’âme de Marie un chef-d'œuvre de perfection, qui jette dans le ravissement Dieu lui-même,

L'Église applique à la Sainte Vierge cette parole des Proverbes : « La Sagesse s’est bâti une maison.

Elle y a taillé sept colonnes.» Marie fut réellement la demeure du Saint-Esprit. Les sent colonnes qui la soutiennent sont les sept dons qu’elle a reçus de lui, ils sont sa force et son ornement.

Contemplons un instant ce chef-a’œvvre, et que sa beauté nous enflamme d’amour pou: le Saint- Esprit qui en est l’auteur, et nous remplisse de la plus haute estime pour les sept dons divins; qu’elle augmente en même temps notre admiration et notre attachement pour la Très Sainte Vierge, et nous fasse recourir avec confiance à son intercession, afin d'obtenir pour nous-mêmes des dons si précieux.

O Vierge toute pure et ioute sainte, très digne Épouse du Sairt-Esprit, bénissez-nous, éclairez-nous, protégez-nous.

Le Saint-Esprit a pris une pleine possession de l'âme de Marie

La Très Sainte Vierge Marie, qui a été très semblable à son divin Fils, fut comme lui toute remplie du Saint-Esprit. Elle fut son temple et son trône vivant, son Épouse très chère, toujours pure et immaculée.

Le Saint-Esprit prit une entière possession de cette sublime créature, particulièrement, en trois circonstances. La première fut celle de sa Conception sans tache. Dès ce premier instant, il s’est empressé de s'emparer de cette Ame destinée à devenir son Epouse, afin de la soustraire à la loi commune d- péché, et

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de l'empêcher de tomber au pouvoir de Satar, Dès lors, l’âme de Marie fut entièrement envahie par la grâce, elle la reçut dans une telle plénitude qu'elle surpassa tous les anges et tous les saints ensemble. Or, la grâce n’est autre chose qu'une « participation de la nature de Dieu » comme dit S. Pierre: Divinæ consories naturæ. Elle attire nécessairement dans l’âme qui la possède la présence des Trois Personnes divines. La grâce est inséparable de la charité, et la charité, inséparable de l’Esprit-Saint : le Dieu Charité, à qui revient la mission de la répandre dans les cœurs, en se donnant lüi-mêine à eux: Difusa est caritas in cordibus nostris per Spiritum Sanctum qui datus est nobis. Rom. v, 5: Vérité fondamentale, que S. Paul ne cessait de rappeler aux premiers chrétiens. « Ne savez-vous donc pas, disaitil, que vous êtes les temples de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? » Nescitis quia templum Dei eshis, et Spiritus Dei habitat in vobis. 1 Cor. 111, 16. Qu'est-ce, en vérité, que l’âme du juste, demande S. Cyrille d'Alexandrie, sinon un vase plein du Saint- Esprit ? ! Si donc le Saint-Esprit vient habiter en toute âme qui est en état de grâce, il a dû descendre en celle de la Vierge Marie, dès le premier moment de son existence ; puisque dès lors, cette bienheureuse âme fut entièrement envahie par la grâce divine.

L’Archang- abriel, annonçant à la Sainte Vierge qu'elle devier it Mère de Dieu, lui dit : « Le Saint- Esprit survienura en vous»: Spiritus Sanctus superveniet in te. Luc 1,35. Ce mot : superventiet « surviendra » nous fait voir avec quelle plénitude Marie

(1) In Luce KXII.

reçut l’effusion du Saint-Esprit ; mais il nous laisse entendre aussi, qu'avant qu'il ne descendît en elle pour y former l'humanité du Sauveur, il y était déjà venu, afin de la sanctifier par sa grâce : Sanciificavit tabernaculum suum Altissimus. Adjuvabit eam Deus mane diluculo. Ps. xLv, 5-6.

Ainsi, dès le moment de sa Conception Iinmaculée, la Très Sainte Vierge fut la plus digne demeure du Saint-Esprit qui se soit jamais trouvée parmi les pures créatures. Comme tous les fleuves et toutes les rivières qui arrosent la terre vont se jeter et se perdre dans la mer, toutes les effusions partielles du Saint-Esprit, répandues dans les créatures sait angéliques soit humaines, se sont donné rendez-vous dans la Vierge Immaculée, pour en faire la merveille des merveilles, un chef-d'œuvre incomparable de beauté et de sainteté.

La deuxième circonstanre 0: la Bienheureuse Vierge fut favorisée de l’effusion du Ssint-Esprit, est celle de l’Incarnation du F°'s de Dieu, dans son sein virginal. Elle devint aies, d’une manière toute spéciale, l’Éponse du Saint-Esprit. « Ne craignez pas, lui dit l’envoys céleste, vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus... Et Marie dit à l’ange : Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d’homme ? Et l’ange répondant, lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : c’est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu»: Spiritus Sanctus superveniet in te et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Luc 1, 35. L’humble Vierge de Juda, entendant

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ce message, incline doucement la tête, et donne son consentement à la proposition qui lui est faite : « Voici la servante du Seigneur, qu'il r soit fait selon votre parole»: Ecce ancilla Domin at mihi secundum verbum tuum. Luc 1, 38. C’en est tait : elle est épouse, elle est mère : Epouse d’un Dieu, Mère d'un Dieu ! De l'Enfant qu’elle mettra au monde, l'Église catholique chantera jusqu’à la fin des temps: « Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie»: Conceptus de Spiritu Sancto, natus ex M aria Virgine.

S. Anselme dit que l’Esprit-Saint descendit corporellement en Marie, et que, l'ayant élevée au-dessus de toutes les créatures par la grâce singulière dont il l’eurichit, il reposa en elle, et rendit ainsi son Epouse bien-aimée Reine du ciel et de la terre. !

Le Saint-Esprit devait à sa sagesse, autant qu’à sa bonté, d’en agir ainsi. En formant l'humanité du Fils de Dieu dans le sein de sa très chaste Epouse, il élevait celle-ci à une dignité, en quelque sorte, infinie, il la faisait entrer dans un ordre supérieur à celui de toutes les créatures ; il fallait donc qu’il la sanctifiât, pr une grâce immense, d’un ordre supérieur, en harmonie avec sa sublime dignité ; il fallait qu’il l’ornât des plus riches parures, qu’il la dotât d’une beauté, d’une splendeur à nulle autre pareille, qu’il l’aimât bien plus encore qu'il ne l’avait aimée jusque là ; il fallait enfin, qu'il la rendît autant que cela est possible à une siriple créature, la digne mère

(1) Ipse Spiritus Dei, ipse amor Patris dt Filii, corporaliter venit in eam, singularique gratia præ omnibus requievit in ea, et reginam cœli in terræ fecit eam. De Eccl. V. c. 3.

d’un fils aussi grand: Sanctificavit tabernaculum Altissimus. Ps. XLv, 5.

La troisième circonstance où le Saint-Esprit descendit en Marie est celle de la Pentecôte, quand, unie aux apôtres au Cénacle, elle eut persévéré pendant dix jours, avec eux, dans la prière. Le Saint- Esprit descendit alors visiblement, sous la forme de langues de feu, sur Marie et sur tous les disciples du Sauveur qui étaient là.

N'en doutons pas, dit Mgr Gay, ce furent les prières de cette humble Vierge si chere à Dieu, ce furent les ardentes supplications de cette Fille bien-aimée du Père, de cette Mère chérie du Fils, de cette tendre et chaste Epouse du Saint-Esprit, qui attirèrent le Divin Paraclet au Cénacle. Assurément, les apôtres priaient ; mais sans la prière de Marie, celle des apôtres eût été insuffisante. Il était nécessaire que la prière des apôtres fut appuyée sur celle de Marie, pour obtenir tout son effet : si Marie n’avait pas prié, le Saint- Esprit ne serait pas descendu. Ainsi avaient prié autrefois les patriarches et les prophètes. pour obtenir la venue du Messie ; mais ce ne fut que lorsque Marie eut joint sa prière à la leur, que le Père éternel envoya son Fils. Et pour nous montrer que c’était bien à elle que nous devions l’envoi du Saint-Esprit, et en même temps, pour nous convaincre que toutes les grâces, faites aux hommes, passent par ses mains, et découlent de sa plénitude: « De plenitudine ejus nos omnes accepimus » Jon. 1, 16, les langues de feu, sous lesquelles l’Esprit-Saint était caché, parurent d'abord au-dessus de la tête de Marie, et se distri-

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LES DONS DU SAINT-ESPRIT EN MARIE 291 buèrent de là sur chacun des disciples de Jésus. Suivant une tradition, un globe de feu descendit sur Marie, et de là, se fractionna en cent et vingt langues de flamme, qui se distribuèrent sur les apôtres et sur les disciples du Sauveur. Quand l’Esprit-Saint descendit, dit Denys le Chartreux, chacun des disciples reçut la grâce avec d’autant plus d’abondance, qu’il s'en était rendu plus digne, par sa générosité et son amour. Et comme la Vierge Marie les surpassait tous, par les dispositions de son cœur, il n’est pas étonnant qu'elle ait reçu, à elle seule, une surabondance de biens célestes plus considérable que celle qui pénétra dans l’âme de tous les disciples ensemble.

La venue du Saint-Esprit dans les apôtres fut, pour eux, la consécration définitive de leur apostolat, Pleins de l'Esprit de lumière et de force, ils allaient se répandre dans le monde, prêcher la Bonne Nouvelle de l'Évangile, faire à Jésus-Christ la conquête des esprits et des cœurs.

Quant à l’Immaculée Vierge Marie, cette nouvelle effusion du Saint-Esprit fut sa consécration de Mère et de Directrice de l'Église naissante, Elle reçut, en ce moment, la mission de la consoler, de la protéger, de l’aider de ses lumières, de ses prières et de ses conseils,

Mais si la Très Sainte Vierge a été déjà toute remplie de la grâce, et toute possédée du Saint- Esprit, dès le premier instant de son existence, comment a-t-elle pu en recevoir encore de nouvelles effusions ?

Voici ce que répond le Docteur angélique : La Puissance divine est si grande qu’elle peut toujours

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