PREMIER ENTRETIEN
De la crainte de Dieu, premier don du Saint-Esprit
Qui timent Dominum præparabunt corda sua, et in conspectu illius sanctificabunt animas suas.
Ceux qui craignent le Seigneur prépareront leur cœur, et ils sanctifieront leur Ame en sa présence. EccLr. 11, 20.
L'âme résolue de se sanctifier doit, avant tout, préparer en elle-même une demeure digne du Dieu de toute pureté et de toute sainteté, qui doit venir y habiter et y régner. Il faut donc qu'elle se purifie du péché, qu’elle en détache parfaitement son cœur et qu’elle lui voue une haine implacable, Ce n’est que par le don de crainte qu'elle pourra faire ce pas décisif. A l’âme qui commence, la crainte de Dieu est ce qu’il y a de plus nécessaire. Impossible d’acquérir tout autre don du Saint-Esprit, si l’on ne possède d’abord celui-là.
Le prophète Isaïe, énumérant les dons qui devaient enrichir l’âme de Notre Seigneur, les cite d’apris leur ordre de dignité. Il commence par le plus
parfait et le plus sublime de tous: le don de sagesse, et descend jusqu’à celui de crainte, qui est le dernier. Il convenait de suivre cet ordre en parlant du Fils de Dieu, parce que, dès le premier instant de son Incarnation, il a possédé les dons du Saint- Esprit dans toute leur plénitude. Mais quand il s’agit de pauvres pécheurs tels que nous, qui devons acquérir ces dons précieux, il faut suivre un ordre tout opposé, et commencer par le don de crainte, pour nousélever ensuite, comme par degrés, jusqu’au don sublime de sagesse. Ainsi, le prophète descend pour nous apprendre à monter. Il part du point où nous devons parvenir: le don de la sagesse, et il descend à celui d’où nous devons nous élever: le don de crainte.
La crainte de Dieu est, en effet, le commencement de la sagesse: Initium sapientiæ timor Domini, Eccli. 1, 16. Elle est, dit Mgr Gaume, cette vallée de larmes dont parle David: Ascensiones in corde suo disposuit in valle lacrymarum, Ps. xxx, 6. « Le juste a disposé es degrés dans son cœur, du fond de cette vallée de larmes.» C’est dans la vallée, dit saint Ambroise, que Jésus descend pour trouver des malades et les guérir: ceux-ci ne peuvent monter sur les lieux élevés pour le voir. C’est là qu’il les soulage et les délivre; car il faut que ’âme soit d’abord guérie, pour qu’elle puisse ensuite s'élever, de degré en degré, jusqu’au sommet de la montagne.! Ne craignons point de nous tenir dans cette vallée, par le souvenir humiliant et le repentir sincère de nos péchés. Dieu ne méprise pas un cœur contrit et
() Lib. 5 in Luc cap. 6.
humilié. Dans ce cœur affigé, il a préparé de mystérieuses ascensions pour nous élever jusqu’à lui : in loco quem posuit, jusqu’à ce lieu où réside toute resplendissante la divine sagesse.
Étudions attentivement ce don précieux de la crainte du Seigneur. Considérons-en: