‹ L'âme sanctifiée par les dons du Saint-Esprit [microforme]Chapitre 9 sur 45 · Les fruits admirables qu’il produit dans les âmes · texte numérisé non relu

Les fruits admirables qu’il produit dans les âmes

3. Les divers moyens de l’acquérir et de le développer en nous.

O Marie, Vous qui nous invitez à venir à vos pieds, pour apprendre à pratiquer la crainte du Seigneur: Venite filii, audite me: timorem Domini docebo vos, Ps. xxxII1, 12, daignez accomplir en ce moment votre promesse. Obtenez-nous, par votre puissante intercession, ce don mille fois plus désirable que l’or et que les pierres précieuses.

SI

Nature et nécessité du don de crainte

Pour bien comprendre quelle est La nature du don de crainte, il est nécessaire de distinguer, avec saint Thomas, la crainte servile et la crainte filiale.

La crainte servile envisage principalement le châtiment dû au péché; et comme c’est Dieu qui est l’auteur de ce châtiment, l’âme, craignant de le subir, revient à Dieu et s’attache étroitement à lui, considérant que c’est le plus sûr moyen d’y échapper. !

(1) S. Th. 2. 2. q. x1x a. 2.

not ur 44 LE. UNE

Ainsi, par cette crainte, l’âme n’exclut pas Dieu de son intention: elle l’a en vue; mais indirectement. Cette crainte n’est pas mauvaise.

Il n’en est pas de même de celle qui met Dieu de côté et n’envisage que le châtimert, d':posant l’âme de telle sorte qu’elle serait bien aïse de pécher, si elle pouvait le faire impunément. Dans ce cas, la crainte n’est pas seulement servile; mais elle est purement servile. Elle fait que l’homme met sa fin dernière, non plus en Dieu; mais en lui-même. Une telle crainte, au lieu d’honorer Dieu, l’outrage; au lieu de ramener à lui l’âme égarée, elle l’en éloigne davantage.

La crainte servile vient du Saint-Esprit; mais elle n’est pas ce que nous entendons par « don du Saint- Esprit.».

Elle vient du Saint-Esprit: c’est ce qu’affirme le saint Concile de Trente en ces termes: « L’attrition, que l’on conçoit à la crainte de l’enfer, est un don de Dieu et un effet de l’impulsion du Saint-Esprit, qui veut parce moyen, préparer l’homme à la rémission de ses péchés. » ! Par conséquent, conclut Suarès® «la crainte de l'enfer, qui est le principe d’une telle douleur, est pareillement un don de Dieu et un effet de l’impulsion du Saint-Esprit. »

Cependant, quoique venant du Saint-Esprit, la crainte servile ne peut être mise au nombre de ses sept dons, parce que, dit Saint Thomas,® cette crainte n’est pas incompatible avec la volonté de

(1) Sess. 14 C. 4.

(2) De necess. gr. 1. 2, C. 13.

(3) 2, 2, 9, XIX a 9.

commettre le péché; or, les dons du Saint-Esprit excluent cette volonté malicieuse.

La crainte filiale, appelée encore par l’Ange de l’école la « chaste crainte » timor castus est beaucoup plus parfaite. Elle a pour objet, non plus le châtiment qu’attire ie péché; mais l’offense, le déplaisir qu’il cause à Dieu. C’est cette crainte filiale, inspirée par l'amour, qui est le premier don du Saint- Esprit. On n’y arrive ordinairement qu’en passant par la crainte servile: celle-ci lui sert de vestibule. Nous ne les séparerons pas.

Page 1