‹ L'âme solitaireChapitre 111 sur 140 · EN MARGE · texte numérisé non relu

EN MARGE

ECRIRE ce qu’on sent, exprimer ce qu'on pense,

Ce doit être une exquise et noble récompense !

Faire dire aux vieux mots par les bouches usés, Comme des sous anciens et démonétisés,

L’ardeur profonde et neuve et vive des tendresses,

En y faisant passer le frisson des caresses ;

Ou, poète inspiré, retrouvant leurs valeurs.

Sentir couler, en les disant, les mots en pleurs; Comme en des vases d’or, verser dans les mots vides Leurs sens premiers, ainsi que de rares liquides Qui moussent, fins, pareils au sang riche du vin,

Ah I ce doit être doux, ce doit être divin !

Les Livres

J'ai chanté bien des yeux, poète monotone,

Mais j’aime les yeux clairs comme j’aime 1 automne : Étant, comme lui, doux et, comme lui, divers.

Ils peuvent illustrer sans cesse les beaux vers.

Les yeux par qui l'on croit, lesyeux par qui l’on doute, Les yeux par qui l'on aime ont ma passion, toute !

Je les comparerai toujours, banalement,

Comme jadis, aux étoiles du firmament.

Ah ! que n’ai-je vécu du temps des vieux poètes,

Où les comparaisons n’étaient pas toutes faites! J’aurais, usant des mots sans craindre le cliché,

Dit le charme des yeux en style non cherché.

J’ai lu les vieux rimeurs aux grands vers pleins de sève, Dont le style robuste éternise le rêve.

J’ai lu Villon, triste et sensible débauché Dont la gloire a depuis par les siècles marché.

Du Bellay m’a fait voir à nu l’âme d’un homme Loin du pays natal, vécut-il même à Rome ;

L’Ame Solitaire

Ronsard, millionnaire en rythmes, m'a conté Ses amours, longuement et d’un verbe<éhonté ! Marot, spirituel et clair, m'a fait sourire...

Et j’ai maudit ma vanité sotte d’écrire,

Me jurant de ne plus commettre un vers français ! — A moi-même parjure, hier je recommençais !

Les Livres

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