A UN POÈTE
TOUTE ma clarté vient d’un bleu rayon d’espoir,
Et toute ma chanson, teinte d’un peu de soir,
Bien aisément tiendrait dans une demi-gamme. L’immensité des cœurs humains aux grandes voix! Moi, je ne suis qu’un tout petit oiseau des bois,
Et j’ai Musset pour maître et pour Muse la femme.
Je prends ma part des pleurs et du rire des deux, Et, des matins bruyants aux soirs silencieux,
Je vis ce que le jour m’abandonne de rêve ;
Comme le papillon qui va de fleur en fleur,
Je vais, amant du rythme, épris de la couleur,
De la chimère blonde d l’illusion brève.
Parfois, de ce voyage, on revient le cœur las ;
Mais ayant tant frôlé de roses, de lilas,
On en garde toujours un parfum qui demeure ;
Car le rêve après lui nous laisse un souvenir
Que ne peuvent jamais entièrement ternir
Les longs ennuis du jour et les regrets de l’heure.
Poète, toi qui sais ce qu’une rime vaut,
Lorsqu’elle est à sa place, et quel plaisir rymveau, Quoiqu’il puisse être vieux après trente mmutes.
C’est d’agencer des mots usés qui font des vers, Pourvu qu’ils sentent bon l’air pur et les bois verts, Qu’ils éclatent en cors ou qu’ils sifflent enflâtes,
Lis les miens seulement avec les yeux du cœur ; Epargne-leur l’affront d’un sourire moqueur :
Ils sont légers d’esprit, mais lourds de gratitude ; Moi, je n’ai point passé par la France, et je n’ai De Cyrano pas même un petit bout du ne: ;
Et le mal m’a tenu loin des salles d'étude...