NOCTURNES
LE soir mélodieux chante dans les pins sombres Dont les larges bras noirs battent les fraîches ombres. Le ciel s’est étoilé lentement. La forêt Voit mille yeux bleus s’ouvrir sur son dôme discret. Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune,
Luire de fins rayons et des flaques de lune.
Parfois vibre un bruit d’aile, et furtif, égaré,
Un oiseau somnambule apparaît, effaré.
Le soir tendre en chantant, doux comme u ne âme blanche. Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche.
C’est grand comme la nuit et frais comme elle encor. Et je songe à Vigny, quand éclate le cor !
La Chanson des Heures
La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves.
De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves,
Qui s’élèvent aux clairs de lune familiers Comme les papillons nocturnes par milliers.
Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines. Ils montent incertains vers les lueurs sereines Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt Les joignent, qui s’en vont se perdre aussi là-haut... Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime, Car il sait que le cœur souvent le plus sublime Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé Sa force, et qu’il mourrait s’il en était privé.
La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune. Elle ne charmera pas cette nuit le faune Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus. Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus.
Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres,
A sa clarté n’auront que des songes funèbres.
Veilles du Jour et de ta Nuit
Ah ! Madame la Lune, avec vos traits( flétris Vous ne réjouirez que les chauves-souris !
Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme Une influence heureuse, et, durant son long somme, Pour changer le plomb noir qui l’avijit encor, Voudrez-vous lui verser au cœur des rayons d’or...
O Lune, qui ce soir as l'air d'une malade.
Lune paiement bleue, astre cher au nomade.
Lampe d’or du poète et soleil des hiboux,
O Lune ! qu as-tu donc à pleurer comme nous !
Car ce sont bien tes pleurs, Lune triste et superbe, Qui perlent au matin et brillent à chaque herbe.. Lune languide et blême, en ton beau ciel de nuit Ltre hantee ainsi d’un formidable ennui ;
Au vaste paradis des divines étoiles
Gémir comme une femme éplorée en ses voiles !
Ah ! Lune, nous pouvons nous lamenter un peu Quand tu pleures, si haut, nous, si loin du ciel bleu !...
La Chanson des Heures