CÉRÈS
C’EST aux feux créateurs de messidor qui flambe,
Au midi bleu, pesant sur les fronts accablés,
Que je t’aime, ô Cérès, Déesse des hauts blés.
Des blés beaux et profonds où s’enfonce la jambe !
Tu m’as nourri longtemps du froment de ton pain ; Tes champs blonds m’ont chanté, sur ton ordre, la gloire Des prosternations à tes deux pieds d’ivoire,
Quand les frôle la hrise embaumée aux grands pins.
C est assez. Mon Iront penche et mes chairs sont ridées ; Mes sens matériels, Cérès, sont satisfaits.
O Déesse, par qui les épis lourds sont faits,
Mûris pour mon cerveau le blé d’or des idées !
Sur la gerbe, à genoux, frappé du plein soleil,
La lèvre habituée aux prières ardentes,
Je viens triste, troublant les cigales stridentes, Mendier un froment nouveau de blé vermeil 1
La Chanson des Mois