‹ L'âme solitaire [microforme]Chapitre 39 sur 107 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

DANS l'assoupissement vaporeux du jour gris, Tout est silence ; les oiseaux n'ont pas de cris. Il pleut une tristesse immense sur les arbres Immobiles, ainsi qu'au champ des morts les marbres. Pas de vent. Une attente a suspendu tout bruit. L'automne de bien loin nous arrive aujourd'hui. Et je songe, attristé pat le destin des choses, Aux fleurs dernières dont les corolles décloses Tombent, sans qu'un rayon aussi doux que leur miel Ait apaisé leur soif éternelle de ciel.

Les ailes au départ ne se sont pas ouvertes, Et les mousses des bois frileux sont encor vertes.

Ne voient plus leurs petits calices tout en feu, Dans la brise du ciel toujours tremblants un peu. Obscur est le jardin, désertes les allées.

Les fleurs qui l'animaient s'en sont toutes allées. Car Octobre, arrivant quand tout est préparé, Quand le lys mûr s'est de sa tige séparé,

A du venir, ayant les nuages Pour voiles,

À grands coups de rateau ramasser les étoiles |

ni

Lesoir d'automne estdoux. Le soir d'automne est triste. Ah ! comme mon ennui se réveille et persiste, Plus vorace d'avoir un long été dormi !

Sous ce ciel ténébreux qui ne m'est Plus ami,

Sous toutes ces splendeurs Pour longtemps éclipsées,

Qui donc rendra mon âme à ses chères pensées ». 2

er

Veilles du Jour et de la Nuit

— Beau soir des qui fais luire, frais et pur, Ta claire floraison d'étoiles dans l’azur ;

O toi qui viens parfois, quand la saison s'achève, Rendre une volupté triste à mon dernier rôve,

Mets tes astres, parais, mélancolique soir,

Et brille, comme au fond du cœur un grand espoir |

L'été, les vagabonds qui cherchent où dormir, ® N'ont pas de crainte au cœur qui les fasse frémir :

Dieu tend sur eux la nuit comme une grand tente

Et les éclaire au feu de sa lune éclatante.

Mais en octobre, quand souffle un premier vent froid, Ils se sentent repris tous d’un commun effroi.

Le ciel est ténébreux. Pas d’astres. De la pluie.

Le cœur du riche est dur et le malheur l’ennuie Ils vont, les pauvres gens, de tous abandonnés, Loqueteux et tremblants, trahis, espionnés,

Las d’errer sans repos, trempés, les jambes lourdes, Affamés, et soufflant dans leurs rudes mains gourdes.

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