BONHEUR
Le soir nous enveloppe, indiciblcment doux, Comme un regard d'amour se promenant sur nous L'Heure jiasse là-haut, penchant un peu son urne. Heure de paix divine et de rêve nocturne. La caresse de l'ombre éclatante du ciel Emplit le cœur de joie et la bouche de miel. La calme Nuit étend son empire tranquille. Le bienfait du silence approche da la ville... Et nous sonunes tous deux sans parole, songeant A la sainte splendeur des points d'or et d'argent. Heureux, loin du Kéel jaloux qui nous réclame. Comme s'il nous pleuvait des étoiles dans l'âme
Les Heures d'Amour
Quel soir harmonieux, chère, quel soir divin, Où j'ai senti cela : hors l'aimer, tout est vain ! Ma gloire, c'est d'avoir mon cœur dans la pensée. Comme la main jolie en la mienne pressée, Et d'écouter les mots que tu dis dans le soir. Et de le regarder de si près sans te voir I Car l'ombre s'épaissit en noyant les visages. Comme au lointain elle a fondu les paysages. Demeurons en silence et regardons les cieiix. C'est en ne parlant pas qu'on s'adore le mieux. Et vois comme là-haut, magnifique en ses voiles, llèvc paisiblement la nuit aux yeux d'étoiles.
Jouez-moi, lui disais-je un soir, de vieux airs tristes. Tristes à faire mal aux c(rurs les moins artistes. — Elle posa ses mains blanches sur le clavier. Et nous pleurâmes... L'heure au fond du sablier Jetait ses grains de sable en petites minutes. Aux sons du piano mimant le chant des llùtes.
Le Désir
Des musettes d'amour aux profondeurs des bois.
Des rustiques pipeaux et des divins hautbois.
Si l"azur, en ce soir chantant d'extase intime.
Se fût ouvert, m'offrant le paradis sublime.
J'aurais dit : Non, Seigrneur, s'il faut monter là-haut
Sans la musicienne et sans le piano !
Tu ne m'as jamais dit : Baise-moi sur les yeux. Lentement, lonpruement, afin de goûter mieux... Tu ne m'as jamais dit cela... Tes deux mains nues. Je les ai quand je veux, d'elles-mêmes venues. Tes lèvres, je les sais prêtes à mon baiser : Elles n'ont pas voulu jamais se refuser. Ni ton front où, parfois, à ton insu, se joue Une mèche dor brun, ni ton front, ni ta joue. (]ar ton cœur jeune et franc répt'te chaque jour Que l'amour ne doit pas dire non à l'amour. Et qu'il est, par bonheur, de légitimes fièvres Qui s'expriment par la caresse de nos lèvres !... Mais si l'être cache transparait dans les yeux. Comme à travers l'eau pure un fond mystérieux :
Les Heures d'Amour
Si ce qu'on aime et cherche est là, dans les prunelles» Qui se concentre, intime, et se révèle en elles. Ah ! laisse-moi, malgré tes paupières de chair, Dont le frêle tissu si mince est presque clair, Laisse-moi, rougissant comme une exquise femme, Poser sur tes deux yeux un baiser sur ton âme !
Ia; Désir